courts, noirs et sans sucre
On m'a dit cent fois sinon plus : « tu verras, ça t'arrivera quand tu ne t'y attendras plus » mais tout de même, si je m'étais attendu...
Il y a bien longtemps que je ne l'espérais plus, le fameux prince de moi féru, longtemps que je ne jouais plus les ingénues, à attendre celui qui ne viendrait plus, et en effet, il n'est pas venu. Je n'aurais pas cru, mais c'est d'un poème qu'il m'a émue. Il m'a bien eue. Derrière sa prose farfelue et ses histoires un peu crues, des vers tout nus d'amour contenu qu'avec émoi j'ai lus. Et relus.
Alors non, il n'est pas venu, mon prince. Sans doute déjà déchu. Ou par mes résistances rompu. A moins qu'il ne se soit perdu. Mais j'ai un bel inconnu – il est toujours « bel », l'inconnu, avantage de son statut – qui à me plaire s'évertue, me prêtant des beautés indues et des charmes méconnus. De quelques mots sans retenue mes réticences il a vaincu et voilà, qui l'eut cru, qu'en amour j'ai chu pour un charmeur impromptu qui a su tirer le fil ténu de mon illusoire vertu.
C'est un peu saugrenu, cette drôle d'histoire non vécue, et y croire serait incongru, elle n'existe que pour être lue, mais que je sois pendue, ou changée en statue, si elle ne mérite pas d'être entendue.