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courts, noirs et sans sucre

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une enquête qui fleure bon

 

Quand le type m’a parlé de son affaire, j’ai d’abord cru à une mauvaise blague de Gégé ou d’un des alcoolos qui font pilier dans son rade. Après, vu qu’il voulait régler un acompte substantiel, je l’ai pris pour un doux dingue et j’ai senti poindre la culpabilité dans l’hypothèse où je ferais fi de son état mental apparemment sujet à caution pour prendre son argent et son affaire farfelue. Et puis quand, face à mon hésitation, il a ajouté un zéro sur le chèque avant de sortir un larfeuille débordant de plus de billets que je n’en avais jamais vus d’un coup en me demandant si je préférais du liquide, je me suis dit qu’on parlait là de sommes qui méritaient bien que je fasse l’effort de supporter une pointe de culpabilité.

-          A l’ordre de Jean-Marc de la Motte, le chèque.

-          Vous n’êtes pas John Mac Dermott ?

-          Si, si… c’est mon nom d’emprunt pour enquêter incognito…

C’était surtout mon nom de frimeur sur ma clinquante plaque dorée à la porte de mon agence de détective privé. Je n’avais pas poussé jusqu’à ouvrir un compte à ce nom.

-          Oh !... Mais vous ne devrez pas me tuer maintenant que je le sais ?

-         

Ouah… je sentais poindre de nouveau la culpabilité. Je l’ai bien observé pendant qu’il signait son chèque, mais non, il ne plaisantait pas.

-          Vous êtes mon client maintenant. Je vous dois le secret professionnel et j’espère en retour pouvoir vous faire confiance, sinon…

-         

J’ai eu l’impression de lui avoir fait un peu peur, alors j’ai ri pour le détendre. J’étais tellement à sec en ce moment que même Gégé tiquait un peu pour allonger mon ardoise, alors je préférais éviter de perdre cette manne. Il a ri aussi en se demandant sans doute bien pourquoi et il est parti, le regard brillant de tout l’espoir qu’il plaçait en moi. Et un espoir avec autant de zéros, j’avais presque sincèrement envie de pas le décevoir.

Je suis donc allé le jour même à l’endroit qu’il m’avait indiqué pour découvrir, je cite, « le sens caché du message » qu’essayait soi-disant chaque jour de lui transmettre par des signes qu’il n’arrivait pas à interpréter une donzelle dont il m’avait donné une photo floue. Mais même floue, la jeune-femme de la photo était manifestement et indiscutablement de la catégorie de ces femmes qui n’ont strictement rien à gagner à être vues avec les yeux de l’amour. Quand je l’ai vue nette et en chair et en os à l’entrée du parc dans lequel elle semblait avoir ses habitudes, j’ai compris la fascination qu’elle pouvait exercer sur mon allumé de client et sur les hommes en général et j’ai détourné le regard le temps de reprendre mes esprits. Ma Lulu aurait pu me crever les yeux, rien que pour ne plus jamais revoir se poser sur une autre femme qu’elle le regard avec lequel je venais de dévorer l’objet de mon enquête.

Mais j’ai beau être homme, je n’en suis pas moins détective pour autant et le professionnalisme a très vite repris le dessus ; j’ai filé la fille le temps de sa balade parmi les parterres de fleurs du parc. J’ai pris des photos et quelques notes sommaires sur son parcours, ses temps de pause et les gens à qui elle parlait.

J’ai recommencé le lendemain, puis le surlendemain, matin et soir, sans découvrir quoi que ce soit me mettant sur la voie de ce que mon client avait bien pu prendre pour un message. Je l’ai donc appelé pour lui faire part de mes conclusions pour le moins modestes, mais en voyant les photos que j’avais prises son visage s’est illuminé :

-          Formidable ! Vous avez les preuves ! Et vous avez tout mis dans l’ordre ?

-          Hein ?

J’ai parfois la répartie cinglante.

-          Oui, son message ! Comment n’avais-je pas pensé… vous êtes extraordinaire !

-          Hin hin… Allons, je n’ai fait que mon métier…

Je n’avais pas la moindre idée de ce dont il me parlait, mais puisqu’il semblait convaincu que si, je n’ai pas voulu le contredire. Le client est roi. Du coup il s’est senti en droit de me poser la question fatale :

-          Et alors ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

-         

Ma répartie cinglante met parfois un peu de temps à trouver le moyen de s’exprimer et encore une fois il a merveilleusement interprété mon hésitation :

-          Il vous faut plus d’argent ? Oui, bien sûr, suis-je bête ! Comme si le langage des fleurs était à la portée du premier couillon venu…

-         

-          Oh ! Pardon, excusez-moi, je ne voulais pas dire… enfin…

Je n’ai rien dit, autant parce que j’aimais assez qu’il se confonde en excuses pendant qu’il sortait ses billets que parce que j’étais abasourdi par l’information qu’il m’avait donnée : ainsi donc il pensait qu’elle lui adressait un message codé par les fleurs qu’elle regardait ? J’hésitais entre le trouver drôle ou pathétique. Il n’en restait pas moins un vrai mystère derrière cette histoire, outre celui des méandres de l’esprit tortueux de mon client : qu’est-ce qui pouvait bien pousser la belle à effectuer tous les jours, matin et soir, ce même parcours, dans le même sens, à heure fixe ?

J’ai empoché la rallonge que me tendait l’allumé et j’ai décidé d’aller au bout de cette affaire. J’ai photographié non plus la fille, mais les fleurs supposées être le message envoyé à mon farfelu. J’ai ensuite montré ma récolte à ma Lulu qui, gratuitement, m’a dit tout ce qu’elle savait de ce que ça pouvait vouloir dire. Et elle en savait des choses… Avec la carrière florissante qu’elle avait eue au bordel, elle en avait eu plus souvent qu’à son tour, des bouquets lourds de sens !

Mais c’est sans surprise que le parcours de la promeneuse s’est révélé semé de mots doux… les fleurs qui disent la haine, le dégoût ou le mépris sont somme toute assez peu fréquentes semble-t-il. C’est ainsi qu’elle aurait pu dire à mon client au romantisme débridé qu’elle aspirait à son amour quand elle s’attardait devant les glycines. Qu’elle était inquiète en passant devant les crocus, mais remplie d’espoir à la vue des jonquilles. Elle aurait ensuite sorti le grand jeu de la séduction en utilisant savamment les marguerites avant de déclarer ouvertement sa flamme avec une tulipe. J’ai fait revenir mon client pour lui faire part de cette interprétation possible, mais surtout pour lui annoncer ce que j’avais malheureusement appris de la bouche même de la belle : le seul amour qui lui faisait respecter chaque jour ce même rituel était l’amour des fleurs. Elle était botaniste.

 

 

 

 

Très largement inspiré et totalement illustré par Joe Krapov.

  

 

 

 

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M
<br /> Elle n'aime pas les œillets? Faut dire que si elle n e chante pas, ils ne doivent pas avoir beaucoup d'intérêt...<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> et si elle fait chanter ??<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Je suis ravi de participer avec Mini-Poune à une illustration colorée de ces pages où je viens chercher en retour ma dose d'humour... noir !<br /> <br /> P.S. Bien souvent, à Rennes, le langage des fleurs c'est "Chérie je t'aime, chérie je Thabor" !<br /> http://www.youtube.com/watch?v=zNbrEPWnYCg<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> tout le plaisir est pour moi ! et puis c'est pas si noir, là : personne n'est mort, pas même une fleur!<br /> <br /> <br /> (mini-poune a adoré la chanson !!!)<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> pfff, fastoche de résoudre ce genre d'énigme quand on s'appelle "De La Motte".<br /> (d'ailleurs, il est de la famille de Jack ? )<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> ouais ben t'as qu'à faire détective privé si c'est si facile, hein...<br /> <br /> <br /> (jack? hm... lequel ?)<br /> <br /> <br /> <br />