courts, noirs et sans sucre
Ma fille voulait goûter des sushis.
Je crois que les (super)héroïnes d’une de ses séries télé en mangent, ceci expliquant sans doute cela, parce que je ne peux pas croire qu’une enfant de sept ans puisse spontanément avoir envie de poisson cru sans motivation d’ordre futile.
Quoi qu’il en soit, comme je ne recule devant aucune occasion de plaire à ma fille, je l’ai emmenée manger des sushis. Elle n’a voulu que des trucs roses – makis et sushis au saumon, donc – mais par prudence autant que parce que je ne suis pas, moi-même, grand amateur de choses froides et crues, je nous ai commandé également quelques brochettes et un bol de riz.
Quand les trucs sont arrivés, elle m’a immédiatement laissé entrevoir qui allait se taper les sushis en la regardant manger les brochettes :
- Quoi ?! C’est froid ??
Elle a bien voulu goûter quand même, mais je la sentais déjà moins motivée que quand il ne s’agissait que d’images dans un dessin animé… Et elle a vite émis une réserve :
- J’aime pas le riz froid, alors je mange que le jambon.
- C’est du saumon.
- Ah bon ?
Je voyais s’éloigner encore mes brochettes… j’attendais la grimace sur le saumon, mais rien ne vint, alors, confiante, j’ai demandé :
- Tu aimes ? C’est bon, hein ?
- Non, ça a pas d’goût. T’as qu’à les manger, moi je mange les brochettes et le riz chaud.
Et voilà comment je me suis retrouvée à ingurgiter une dizaine de boules de riz froides garnies de poisson cru, le tout n’étant effectivement pas très goûteux, il faut bien le reconnaître… C’est d’ailleurs sûrement pour ça qu’ils les servent avec du wasabi (« c’est quoi la pâte à modeler verte ? ») et du gingembre frais (« ça aussi c’est du jambon ? ») : les gens croient que c’est ça qui couvre le goût (en te faisant pleurer ta mère au passage) alors qu’en fait, il n’y a pas grand-chose à couvrir.
La dernière fois que ma fille avait voulu faire une expérience culinaire, elle avait demandé un crabe. Pas du crabe : un crabe. La bête entière. J’ai dû être ferme pour qu’elle ne m’oblige pas à l’acheter vivant et, même mort, j’ai eu du mal à en extraire de quoi se réjouir les papilles… Avant ça, elle voulait manger du rat… Alors oui, les sushis, c’est un moindre mal, bien sûr… Mais j’appréhende quand même un peu sa prochaine lubie.