courts, noirs et sans sucre
J’étais super excitée à l’idée de cette rencontre. J’avais pas dormi de la nuit, ce qui me rendait encore plus nerveuse. Je ne tenais pas en place, j’avais des palpitations et des spasmes à l’œil gauche. Je commençais à avoir mal au ventre quand il est arrivé, mais je crois que j’ai fait bonne figure. Même si j’étais trop bavarde. Je parle toujours trop quand je suis stressée. Et puis j’ai des tics. Les narines qui bougent toutes seules. Mais à part ça, tout se passait bien.
Jusqu’à ce qu’on nous serve nos plats. Je n’aime pas les premiers rendez-vous au restaurant. Il faut à la fois assurer la conversation et manger sans maculer son chemisier. L’angoisse à chaque bouchée. Sans compter le problème de la salade ou du persil qui se coince entre les dents. Du coup, en plus du reste, faut penser à sourire pour rester aimable, mais sans les dents, au cas où… Et puis l’estomac plein, le mal de bide s’aggrave. Mais à part un léger tremblement du genou, je gérais plutôt bien le stress. Lui, en revanche… je ne sais pas. A mesure que le temps passait, il paraissait de plus en plus mal à l’aise. J’ai pensé que je l’ennuyais, alors j’ai essayé de parler moins. Mais il avait l’air de plus en plus gêné. Tendu, lui aussi. Ce qui ne faisait qu’aggraver ma propre tension. Jusqu’à ce qu’il finisse par carrément quitter la table, en bredouillant une vague excuse du bout des lèvres.
Je ne comprends pas ce qui lui a pris.