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courts, noirs et sans sucre

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premier vol

 

J’aime pas les aéroports. Je suis un casanier, moi. Rien que la banlieue, ça me file des crises d’angoisse, alors les voyages… Mais même si je pars pas, j’aime pas les aéroports. J’ai peur de l’avion. C’est con, vu que je l’ai jamais pris et que je le prendrai sûrement jamais, mais c’est comme ça. L’avion, ça me fout la trouille. Ça doit être le côté pas naturel d’un énorme truc lourd qui vole, j’imagine… Rien que de les entendre atterrir et décoller, ça me stresse. Je l’avais dit, au patron, que c’était pas pour moi, ce coup-là, mais soi-disant qu’il lui fallait quelqu’un de confiance et qu’il me le demandait comme un service et mon cul, oui ! Il avait pété une main à Franckie qu’avait essayé de piquer de la dope, Fabio s’était fait serrer le mois dernier et sa Lulu, le patron l’utilisait que quand il avait besoin de son décolleté.

Alors y avait plus que moi et je me retrouvais comme un con à poireauter dans ce hall immense, bondé et bruyant, à essayer de maîtriser le tremblement de mes mains, alors qu’il ne s’agissait que d’un simple échange. Le type arrivait par le vol de 11h45, il devait sortir par le hall B où je l’attendais, poser sa mallette près de la mienne et attendre son vol retour de 13h50. Moi j’avais qu’à repartir avec sa mallette et laisser la mienne. Si tout allait bien, à midi je serais dans le taxi et, à 13 heures, loin de ce foutu aéroport et de ces satanés avions. Le patron aurait pu envoyer n’importe quel môme faire ça, mais soi-disant que c’était des cailloux et qu’on déconne pas avec les cailloux. Moi je vois pas bien la différence entre les diamants, la poudre ou les armes. Une histoire de clientèle sans doute.

J’avais fait en sorte de surtout pas arriver en avance, mais j’avais déjà commencé à m’angoisser dans le taxi. 11h48. L’avion du diamantaire s’était toujours pas posé, mais y en avait déjà eu au moins une centaine d’autres. Je commençais à avoir une jambe qui tremblait. Trois minutes, c’est pas vraiment du retard, pour un avion, mais pour un phobique en crise c’est pas rien. Pour calmer le tremblement, j’ai serré la mallette entre mes jambes.

CLIC-CLIC-CLIC-CLIC

Mauvaise idée. C’est quoi ? La poignée ? Peu importe. Le bruit des avions et le cliquetis, c’était au moins un bruit de trop. J’ai remis la mallette à côté de moi. J’essayais de me concentrer sur quelque chose qui soit sans rapport avec des trucs qui volent, mais rien à faire. J’ai essuyé mes mains sur mon pantalon, sorti une cigarette, rangé ma cigarette, regardé l’heure, vérifié le tableau des arrivées. Toujours rien. J’ai commencé à avoir mal au bide. Ça devait être environ mon deux ou trois-centième échange du genre, tous trafics confondus. J’avais mené à bien des opérations autrement plus difficiles et dangereuses. Mais là il y avait ces putain d’avions et j’avais le ventre en vrac.

11h57. Il y avait des toilettes au bout du hall. Est-ce que j’avais le temps ? Au pire, de toute façon, le type repartirait pas avant son avion, hein. Je sentais naître cette petite goutte de sueur au-dessus de ma lèvre, seul truc qui peut éventuellement me trahir au poker et encore, quand j’ai hypothéqué ma maison et ma femme. Et uniquement parce que je n’ai ni l’une ni l’autre.

Merde… J’avais découpé un mec pour transporter son corps et passer un barrage de flics avec ses morceaux dans mon coffre sans sourciller, mais le bruit d’un avion me tordait le bide. J’avais pas trop le choix. 12h00. J’ai attrapé la mallette, qui m’a glissé des mains. Je les ai de nouveau frottées sur mon pantalon, avant de reprendre la poignée et de foncer aux toilettes.

12h04. Retour en position. La mallette, là.

CLIC-CLIC-CLIC

C’est pas moi cette fois.

CLIC-CLIC-CLIC

Le mec à droite avec son stylo.

CLIC-CLIC-CLIC

Putain s’il a pas arrêté dans deux avions je lui plante son stylo dans le cou !

Bon. 12h05. En position. Mallette en place. Tremblement jambe droite. Mains moites.

12h06. Atterrissage. Allez, c’est presque fini. J’ai chaud, puis froid.

-          Pardon monsieur.

Hein ? Quoi, quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Elle veut quoi, elle ? C’est qui ?

-          Pardon !

Embrouille. Pendant 20 minutes il se passe rien que ces putains d’avions qui vont et viennent et me vrillent la tête et d’un coup l’autre il atterrit et la fille au balai me demande… La fille au balai ? Blouse, balai, charriot… femme de ménage ? Ma jambe tremble. Un avion décolle. Ou atterrit. La fille au balai me regarde l’air agacée. Je m’écarte et je pousse la mallette de son chemin en frottant mes mains sur mon pantalon. Elle passe avec son charriot qui couine et cliquète, mais j’entends surtout encore un avion qui atterrit. Ou qui décolle. Putain j’en peux plus de ces avions !

Allez. C’est fini. La fille au balai est passée. Bruits d’eau. Son balai dans le seau. Je repousse la mallette à sa place. Y en a deux. Bordel. Le gars est arrivé. Deux mallettes. Des milliers d’avions. Ils sont carrément dans ma tête, c’est pas possible autrement. Deux mallettes. La mienne. Le fric. La sienne. Les diamants. Le principe de l’échange discret, c’est de pas marquer dessus ce qu’il y a dedans. La mienne. La sienne. Putain… Et la fille au balai qui revient. Pourquoi elle revient ? Et va y en avoir encore beaucoup de ces putains d’avions ?!!!

-          Pardon.

Le diamantaire s’écarte de son chemin. Deux mallettes. Une fille avec un balai. Et ces avions qui me cassent la tête. Je peux pas revenir sans au moins une mallette. Et si je ramène pas la bonne, vu ce qu’est arrivé à la main de Franckie pour un sachet de came, j’imagine d’ici le sort de mes genoux. Les mallettes empêchent la fille de passer son balai. Je sors mon surin, je la plante, la pousse sur le diamantaire dont je crois voir le visage se tordre et j’attrape les mallettes. Je fonce. Le taxi m’attend.

-          On y va !

Il démarre. J’ai les diamants.

Et le fric.

Et une durée de vie de dix minutes quand le patron l’apprendra.

Les diamants. Le fric. Je vais peut-être prendre l’avion, finalement.



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B
<br /> Toi, t'as pas pris tes cachets : tu montes pas... teu teu teu...<br /> <br /> <br />
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P
<br /> mééééééééé !!! ça va, allez, quoi, j'peux l'prendre, allez, quoi, fais pas ton crevard!<br /> <br /> <br />
S
<br /> c'est du haut vol !<br /> bon ben il va jouer les fils de l'air, quoi...<br /> <br /> <br />
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P
<br /> ben quand faut y aller...<br /> <br /> <br />
P
<br /> Quel suspense. Bien joué.<br /> <br /> <br />
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P
<br /> merci !<br /> tant mieux si ça "fonctionne" à peu près...<br /> <br /> <br />
W
<br /> Il pourrait même prendre deux avions, un avec chaque malette ;o)<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> tout de suite la folie des grandeurs !<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> L'a intéret à le prendre vite fait!<br /> <br /> <br />
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P
<br /> tu m'étonnes...<br /> <br /> <br />