Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

courts, noirs et sans sucre

Publicité

la murène

 

Le vol était annoncé à l’heure. Les hommes étaient en place.

On tenait le tuyau d’une pute que j’avais sauvée presque malgré moi d’une surdose de crack ; depuis elle me balançait tout ce qu’elle savait, sans mesurer les risques qu’elle prenait. J’étais partagée entre sa protection à elle et celle de tous ceux qui crèveraient pas grâce à ses infos, mais je crois pas qu’elle se souciait vraiment de sa survie. Et j’avoue qu’à sa place je ne m’en serais pas souciée non plus.

Si notre gars était effectivement là, ce serait une prise de premier ordre. On connaissait sa tronche et on avait tout mis en place pour qu’il soit repéré dès sa sortie de l’avion. On le perdrait pas de vue jusqu’à la douane. Et on le cueillerait immédiatement après. S’il était bien dans l’avion, il ne pourrait pas nous échapper.

En revanche, l’indic n’avait rien pu dire du complice. Notre gars, connu dans le milieu sous le sobriquet de Stan La Murène, était un gros bonnet de la drogue, entre autres trafics, trop bien connu de tous les services de police du monde. Mais le complice… Une ombre. Un fantôme. Certains pensaient que c’était une invention, d’autres que c’était un haut gradé de la maison. La plupart pensaient rien. Moi je croyais pas aux fantômes : indices, preuves et témoignages tendaient à confirmer son existence, alors il existait. L’exécuteur des basses œuvres a priori. Mon informatrice n’avait rien pu m’en dire de plus, sinon qu’il était supposé être avec La Murène dans cet avion. Double objectif de l’opération : arrêter La Murène et, si possible, son complice. Avec un peu de chance il essaierait d’intervenir pendant l’interpellation. A défaut je misais sur mon intuition.

L’avion s’est posé. On avait réussi pour l’occasion à se faire équiper de micros et d’oreillettes et j’ai tout de suite eu la confirmation que La Murène était à bord. Faudrait que je pense à récompenser ma pute, pour un coup pareil. Et à lui demander son nom.

Les premiers voyageurs arrivaient. On n’avait pas pu tout maîtriser et les derniers du vol précédent étaient encore là. J’espérais qu’on n’aurait pas trois autres avions qui déverseraient leurs passagers en même temps. J’ai tout de suite repéré La Murène quand il est arrivé : grand, maigre et le visage émacié, fidèle à sa photo. D’un coup d’œil j’ai eu confirmation par les collègues qu’ils l’avaient repéré aussi. On n’avait tellement pas l’habitude qu’on n’avait pas pensé à se servir des micros.

L’arrestation ne devrait être qu’une formalité, dès lors que personne ne déconnait avant qu’il ait passé le contrôle. Et il n’y avait que de bons éléments, alors je m’inquiétais pas. Chacun savait ce qu’il avait à faire et, moi, je devais repérer ce putain de complice.

La Murène avait l’air seul. Evidemment. Il allait pas se balader bras dessus bras dessous avec le seul membre de sa clique pas encore identifié chez nous. On devient pas un truand de son envergure en étant le dernier des crétins. Le complice serait pas trop près de lui, mais pas trop loin non plus. Pas un gamin. Les gamins, ils deviennent pas bras droits insaisissables, ils font leurs preuves – ou se font trouer la peau – dans la rue.

Le grand type, là-bas ? L’air sombre, carrure imposante, mais sans excès, le regard fixe, la… ah, non. La gamine à couettes qui lui prend la main, ça cadre pas.

La sorcière, derrière ? Maquillage outrancier, air mauvais, longue robe noire sous une longue veste noire, cheveux tout aussi longs et noirs... Non plus. Un petit copain attifé pareil. Un couple gothique.

Ah, le mec à la veste grise. Bon candidat.

La Murène était sur le point de passer du bon côté. Pour nous. Raclements de gorges et reniflements dans l’oreillette. La tension montait d’un cran. Un coup d’œil aux gars pour confirmation. Tendus. C’était une bonne chose. Des bons éléments. Savaient tirer parti d’une bonne montée d’adrénaline.

Le complice serait en arrière, mais pas trop. Deux têtes tournaient pas mal d’un de mes gars à l’autre. Deux têtes semblaient nous avoir repérés. Merde. Deux complices ? Veste grise et… une vieille ? Pas de doute : elle regardait mes gars. La Murène. Mes gars. Veste grise aussi. A moins que… la pendule. Une pendule derrière un des collègues. Merde. Veste grise a l’air plus discret. Et la vieille trop vieille.

Les gars attendraient mon signal pour arrêter La Murène. Jusqu’à un certain point. Ils interviendraient avec ou sans mon accord avant qu’il ne quitte le seul endroit de l’aéroport qui ne grouillait pas de monde, à savoir ici-même : juste après la douane et juste avant la zone des bagages. Hors de question de l’appréhender dans la foule. Il avait embarqué à Tijuana où il avait à peu près toute la police à sa botte via ses fournisseurs locaux, alors il pourrait très bien être armé. On l’arrêterait donc très vite après son passage en douane. Mais je voulais avoir une chance de repérer le complice. Et de lui laisser à lui aussi le temps de passer le contrôle.

La vieille continuait de reluquer dans tous les sens. Veste grise semblait… se faire chier. Merde. Veste grise ? La vieille ? Y a un âge limite pour le crime ?

La Murène tendait son passeport. Les deux autres étaient pas loin derrière. Un collègue a changé de position, Veste grise l’a regardé. Pas la vieille, qui regarde La Murène. Merde. La Murène récupère son passeport. La vieille porte son regard sur un de mes gars. Veste grise paraît nerveux. Dans l’oreillette : « On y va ? » Dans ma tête : « Non ! »

Le dispositif se met en branle. Veste grise est au contrôle. La vieille y arrive aussi. Les gars s’approchent de La Murène. Qui comprend que quelque chose cloche et se retourne vers… merde, vers qui ? Premier plan, la vieille, second plan Veste grise. Qui range son passeport.

La vieille attend le sien. La Murène sort une arme.

Coups de feu.

Panique.

Veste grise se couche.

La vieille met la main sous son manteau.

Je tire.

Cohue.

Un flic abattu.

La Murène maîtrisé.

Veste grise introuvable.

La vieille morte sur le coup.

Pas armée.

Merde.

Une balle perdue.




Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
<br /> Nan mais c'est que mon inscription à ta newsletter a foiré alors, quand je suis passée (par hasard, la porte était ouverte et je suis curieuse hein) ben j'ai honteusement remarqué tout mon retard!<br /> Alors voila... (mais cette fois mon inscription a pas foiré!)<br /> <br /> <br />
Répondre
P
<br /> et qui osera dire encore que la curiosité est un vilain défaut ? ben pas moi, hein !<br /> <br /> <br />
M
<br /> et dix de retrouvées! Bon ok, ça craint, je sors...<br /> <br /> <br />
Répondre
P
<br /> oh ben non, reste !<br /> (d'autant que quand t'es de passage, toi, tu fais pas semblant, hein ! Merci pour cette graaaaaande visite!)<br /> <br /> <br />
A
<br /> Naah, mais aussi, 'faut toujours qu'ils se fassent remarquer les viocs... c'est comme l'autre jour et bla et bla et bla et ben tu crois qu'avec sa canne y r'cule ? eh ben nan et bla bla bla bla<br /> <br /> <br />
Répondre
P
<br /> 'tends... bouge pas... là.<br /> CHTONK CHTONK.<br /> <br /> <br />
J
<br /> Du coup, je regrette encore moins de ne pas avoir pris l'avion jusqu'à présent et jusqu'à jamais !<br /> <br /> <br />
Répondre
P
<br /> <br /> nooon ???? jamais ? pour de vrai ?<br /> oh la la! moi j'aime pas ça, mais qu'est-ce que ça m'a permis de voir comme endroits merveilleux!!<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Dommage (collatéral). De quoi avoir des regrets en effet, vu les cours du plomb.<br /> Bien joué Miss Poune!<br /> <br /> <br />
Répondre
P
<br /> oh ben en même temps ça fait toujours un bon entrainement, hein...<br /> merci.<br /> <br /> <br />