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courts, noirs et sans sucre

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oscar [4]

 

L’épisode précédent est ici, la première partie .

 

 


 

 

A mesure que je creusais le dossier de la môme disparue, je me confortais dans l’idée que rien n’avait été négligé et que le dernier espoir, c’était pas moi, mais bien plutôt le hasard. Celui qui ferait tomber une affichette, avec la photo de la petite barrée du sinistre « disparue », sous les yeux d’un quidam à qui ça évoquerait un souvenir utile. Ou, plus probablement, le hasard qui amènerait un chien à déterrer un morceau de son squelette.

Je savais bien que c’était à ça que j’arriverais… mais le savoir a priori c’est une chose, c’en est une autre de s’y résoudre quand le visage de la gosse décore le mur du bureau et que l’espoir des parents s’est abattu sur toi comme une fiente sur une tête de statue. Y a des trucs qui sont plus forts que toi, tu peux pas lutter, et j’avais pas pu m’empêcher d’y croire un peu aussi.

Comme un fait exprès, le dossier Rompion donnait rien non plus. Pourtant la comptable avait rudement bien bossé, j’étais impressionné. Non seulement elle avait épluché l’intégralité des documents sur lesquels figurait ne serait-ce qu’un chiffre, mais en plus elle avait tout classé et dessiné un genre de trame chronologique, avec dans l’ordre et selon un code couleurs un peu compliqué, mais du meilleur effet, tous les faits et gestes du fils, ses déplacements et les « faits marquants », comme un contrat signé à tel endroit avec telle personne ou une facture manquante pour tel hôtel tel jour. Elle avait relevé des bizarreries, mais pas de magouilles évidentes. A l’appui de ces éléments j’avais pu commencer à fureter du côté de la société et j’avais rencontré le fils sous un prétexte quelconque.

Il m’avait de suite été fort sympathique. Là où le père semblait s’être carré un balai pour adapter son maintien à son rang, lui était tout le contraire, simple, détendu, rigolard… pour tout dire je lui trouvais même l’air un peu con. Sympathique, mais con. Il me faisait déjà pas l’impression de pouvoir assumer des fonctions importantes dans une société – va pour celle de papa – mais alors l’imaginer profiter de la fonction en question pour arnaquer son monde… J’avais cru au départ que l’idée de Rompion que son fils soit manipulé était juste une réaction d’amour propre de père, mais maintenant ça me paraissait plus plausible. Malgré tout, le dossier était quand même bien maigre – en éléments utiles tout au moins – et après quelques temps encore à essayer de dégoter quelque chose j’ai fini par être obligé de faire savoir que j’arrivais à rien. Rompion est repassé trois jours plus tard m’apporter un dossier presque plus épais que le premier, avec « des bricoles pour compléter », mais j’ai pas pu m’y intéresser de suite parce que les gars de la gendarmerie m’avaient comme qui dirait réquisitionné pour une nouvelle affaire de disparition.Cette fois, ils avaient pas perdu de temps pour me demander un coup de main : la gamine disparue avait quatorze ans, alors jusqu’à preuve du contraire l’hypothèse de la fugue était assez sérieuse pour que le ban et l’arrière-ban soient pas mobilisés trop rapidement. Mais la présumée fugueuse était la nièce d’un gendarme et tous les proches juraient leurs grands dieux qu’elle aurait sûrement pas fugué, impossible, pas elle. Evidemment. Mais qui connait plus mal une adolescente de nos jours que ses propres parents ?

 

En revanche, la meilleure copine mâcheuse de chewing-gum et détentrice des secrets m’avait confié qu’il était effectivement im-po-ssible qu’elle ait fugué, parce qu’elle avait enfin son premier rendez-vous – son premier rendez-vous, vous vous rendez compte ? – avec Antoine – Antoine son big love, voyez ? – alors la fugue ? Pas possible. Sauf si Antoine était parti avec elle. Et Antoine n’était pas parti avec elle. J’éliminais donc à mon tour l’hypothèse d’une disparition volontaire.

 

Pendant mes quinze ans de criminelle, j’avais toujours soigneusement évité de mêler le travail à ma vie privée. Le travail était suffisamment immiscé en moi, la mort m’imprégnait jusqu’à l’os, alors j’avais pas besoin d’accabler plus encore ma pétillante Gisèle. Il nous arrivait évidemment d’évoquer des dossiers en cours quand elle ou un de ses collègues intervenait dessus en tant qu’avocat, en revanche mes confrontations directes avec la mort, que ce soit face aux cadavres ou à travers le regard des survivants, je n’en parlais jamais. C’était mon jardin secret, si on veut, par opposition à celui pas secret du tout et luxuriant de Gisèle.

Mais là… J’avais beau respecter toujours cette même règle, on était à la campagne et tous les gens du coin dégoisaient à qui mieux mieux sur cette affaire alors forcément, avec les habitudes prises à la boutique et mon bureau dans la pièce attenante, ça l’éclaboussait sans ménagement, cette histoire, ma Gisèle. A la maison, les plantes qui longeaient le chemin par lequel je rentrais le soir avec mon voile mortuaire en cours de reconstitution semblaient avoir chopé un genre de maladie qui les desséchait petit à petit. A la boutique, la porte de communication avec mon bureau avait dû être condamnée. Une histoire de gain de place… mais bien sûr il valait mieux condamner cette porte plutôt que tout ce qui vivait devant.

Je m’enlisais dans cette histoire d’enlèvement. Maintenant j’étais sûr que c’en était un. Plus le temps passait, plus l’enquête officielle piétinait, plus les moyens qui lui étaient alloués diminuaient, plus je m’enlisais. Et plus je m’enlisais, plus Gisèle avait du mal à sublimer ses plantations. Tant et si bien qu’elle a fini par prendre une apprentie, une gamine du coin qui s’appelait Fleur, ça s’invente pas. Elle n’a toujours pas eu le moindre reproche à la bouche, ma Gisèle, puis même pas au fond de ses grands yeux, mais à la place j’ai vu clairement s’y installer de la tristesse. Et quand elle m’a dit pour Fleur, elle a eu un sourire qui m’a broyé le cœur et l’âme en disant qu’elle vieillissait et qu’il lui fallait un peu d’aide maintenant. Alors qu’on savait bien tous les deux qu’il aurait suffi que j’éloigne d’elle ma carcasse et son aura mortifère.

J’ai essayé de sortir un peu le nez de cette sale affaire et de conjurer le sort en m’occupant de Rompion, mais de ce côté-là aussi c’était laborieux. Moins tragique, mais laborieux. La comptable avait encore fait un boulot formidable et, histoire de me changer les idées et de montrer que je bossais, je suis allé voir Rompion au siège de sa société avec la liste de tout ce que la comptable avait indiqué comme « pièces manquantes » - essentiellement des factures et justificatifs divers. On m’a fait patienter un moment avant de pouvoir voir Rompion, alors j’ai potassé ma liste et là… ça m’a sauté aux yeux. J’ai cru d’abord qu’une sorte de lassitude, de désespoir peut-être, m’amenait à voir des coïncidences là où ça m’arrangeait, mais je n’ai pas pu m’en tenir à cette hypothèse et je suis reparti au bureau faire les vérifications nécessaires, sans attendre de voir Rompion. J’ai croisé le fils dans les couloirs en partant, qui s’est gentiment enquis de ma santé et celle de ma femme avant de demander, poliment et sous couvert de compassion, mais surtout avec curiosité, s’il y avait du nouveau dans l’affaire de la gosse disparue.

Quand il a su que non, il m’a conduit un peu à l’écart, a eu l’air gêné et m’a finalement confié qu’il y avait un garçon qu’il avait vu plus d’une fois avec la petite et qui aurait peut-être des choses à nous dire. Devant mon étonnement quant à ce témoignage tardif, il a laissé entendre que le garçon était tout jeune, sûrement pas impliqué et plus sûrement encore bouleversé et qu’il avait pas trop envie de le perturber plus encore. Avec ses yeux un peu tombants, son sourire doux et sa bonhomie inaltérable, il était forcément crédible, Rompion-fils. Alors j’ai pris note du nom du garçon – un gosse qu’on avait déjà croisé dans l’enquête – et j’ai regagné le bureau pour faire mes recoupements entre la chronologie de la comptable et mon dossier d’enquête.

J’en revenais pas. Je ne comprenais pas comment ça avait pu m’échapper jusque là. Les « bizarreries » relevées par la comptable s’étalaient assez régulièrement sur sa chronologie, mais elles étaient nettement plus concentrées sur deux périodes, pendant lesquelles le fils était en déplacement et les gamines avaient disparu. Evidemment que c’était sûrement qu’une coïncidence. Mais avec quinze ans de Criminelle, les coïncidences, t’apprends à t’en méfier. Encore plus quand t’as rien d’autre à quoi te raccrocher,

 

 

 

A suivre…

 

 

 

 

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M
<br /> Tu m'as là, j'attends la suite, j'attends!<br /> <br /> <br />
Répondre
P
<br /> <br /> Mééééé ! ayééé ! j'ai tout fini !<br /> <br /> <br /> <br />