courts, noirs et sans sucre
J’en pouvais plus de ce paysage à la con. Du bleu à perte de vue, que tu sais plus trop à la fin où finit la mer et où commence le ciel, pas un nuage pour t’aider à y voir plus clair, un cagnard à pas foutre un vieux dehors et moi, j’étais là comme un con dans mon calebar à fleurs, à suer comme un bœuf sur ce fichu transat en sirotant des cocktails débiles avec des parapluies dedans pour essayer d’étancher ma soif, alors que j’aurais pu tuer ma mère pour une bière fraîche. Sauf qu’elle était pas tout à fait assez folle pour venir cramer sa vieille peau dans ce prétendu décor paradisiaque, ma mère.
Déjà, j’aime pas l’eau. Je sais pas vraiment nager. Alors les vacances coincé entre trois piscines et la plage et rien d’autre, ça me colle des angoisses rien que d’y penser. Et puis j’aime pas la chaleur, non plus. J’ai la peau qui cloque en moins d’une heure si je me tartine pas suffisamment de crème pour plus pouvoir bouger un cil.
Mais je l’aime elle.
J’ai cru que ça suffirait.
Quand elle m’a fait ses yeux de chat affamé, avec cette une moue aussi sexy que boudeuse dont elle a le secret en disant « s’il te plaît s’il te plaît mon minou-chou, ça me ferait tellement plaisir », j’ai pas pu résister. Et pourtant, je déteste qu’elle m’appelle son minou-chou, mais je l’aime.
Je l’aimais.
Je me suis mis à l’aimer un peu moins quand je l’ai vue s’esclaffer au jeu apéro avec une horde de beaufs déchaînés prêts à s’étriller pour un verre de sangria gratuit. Je l’ai désaimée encore un peu quand elle a couru en hurlant comme une adolescente hystérique jusqu’à la piscine pour faire la « danse du club » au milieu d’une bande d’animateurs braillards. Je crois que j’ai définitivement cessé de l’aimer quand elle s’est ridiculisée, avec un groupe de midinettes grassouillettes qui se prenaient pour des bombes sexuelles, au karaoké sur la plage.
C’est pendant le grand jeu du mangeage de beignet sans les mains sur le ventre de son partenaire que j’ai compris que je ne tiendrai pas jusqu’à la fin de la semaine à ce rythme.
J’ai volé un pédalo et j’ai pris le large.
Je sais pas quelle distance ça fait, Ibiza-Paris par la mer.
Ecrit pour les Impromptus littéraires.