courts, noirs et sans sucre
Elle m’a fait attendre le mariage pour pouvoir enfin lui faire l’amour.
Je n’étais pas puceau et je ne parierais pas qu’elle était vierge, mais « avec toi je sens que c’est spécial » qu’elle disait. Elle voulait « laisser le temps au désir » et « s’offrir à moi toute entière », sous-entendu sa main et son cul le même jour. Je ne sais pas pourquoi j’ai marché dans son trip romantico-mystique, mais j’ai marché. La rondeur de ses seins, peut-être. Les promesses de son déhanché. L’éclat… troublant, pour ne pas dire lubrique de son regard, quand elle me garantissait entre deux caresses d’adolescents que je ne regretterais pas d’avoir attendu. Tout ça à la fois, sans doute. N’empêche que j’ai attendu. Je me demande même pour finir si je ne l’ai pas épousée que pour la sauter, dans le fond… Parce qu’on s’entendait bien, c’est sûr, mais c’est quand même par la queue qu’elle me tenait.
Et à chaque fois qu’elle me congédiait alors que j’avais la bite prête à exploser et que j’étais obligé d’aller me finir à la main dans une sanisette ou sous un porche sombre, je ne pensais qu’à ce jour où je pourrais enfin la prendre dans tous les sens jusqu’à ce qu’elle soit au bord de mourir de plaisir sous mes assauts si longtemps contenus et frustrés.
On a fini par fixer la date du mariage. Elle s’est occupée d’à peu près tout, mais c’est moi qui ai réservé la chambre de notre nuit de noce. Hors de question d’avoir celle coincée entre les beaux-parents et le petit frère. Hors de question d’avoir un lit qui couine, un parquet qui grince ou quoi que ce soit qui puisse d’une quelconque manière déranger notre première nuit d’amour.
J’ai arrêté de me branler 15 jours avant le grand jour. J’ai même pas tripoté la strip-teaseuse à mon enterrement de vie de garçon. De son côté, elle a eu un enterrement de vie de jeune-fille assez sage… je le tiens de ma cousine qu’était invitée et qui s’est fait chier comme un rat mort. La seule « fantaisie » de la soirée, c’est quand les copines de ma femme lui ont offert un sex toy. Le soi-disant fameux « magic rabbit ». Je sais pas ce qu’il a de fameux ou de magique. Il paraît que ma promise a rougi comme une pucelle en ouvrant le paquet. Finalement, elle l’était peut-être vraiment, pucelle… Et moi, je commençais presque à me sentir redevenir puceau quand enfin le jour de la partie de jambes en l’air de ma vie est arrivé. Le jour de mon mariage, je veux dire.
On n’a pas fait ça à l’église, malgré les lubies de ma douce, et c’est tant mieux parce que j’ai beau ne pas être très croyant, ça m’aurait gêné de passer une heure dans la maison de Dieu avec un barreau du diable. Je crois que j’ai pas débandé de la journée. Une trique d’enfer qui me mènerait droit au paradis. Et quand est arrivée l’heure… mon heure… j’en aurais joui rien que d’y penser ! Comme ça faisait des mois qu’on soignait les préliminaires, je me suis pas senti obligé de me montrer délicat et j’ai fait voler sans ménagement les multiples couches de soie, de dentelle, de froufrous et de je-ne-sais-quoi dont on fait les mariées. Elle riait et m’embrassait goulument en virant mes fringues pendant que je me débattais avec son improbable lingerie et enfin, enfin ! elle était là, nue, offerte et à moi pour la nuit. Pour la vie, même. J’allais me récompenser de ces longs mois d’abstinence forcée.
D’après mes expériences passées et compte-tenu de ma connaissance de l’anatomie masculine acquise sous les douches dans les vestiaires des salles de sport, je crois pouvoir affirmer que je ne suis pas un mauvais coup et que je suis relativement bien monté. Disons que sans être exceptionnel je pense tout à fait bien me défendre au lit. Et, dois-je le rappeler, je m’étais tout particulièrement préparé pour cette première nuit avec mon épouse.
Loin de lui éjaculer dessus avant même d’avoir fini de la déshabiller, j’ai réussi à me contenir pour laisser le plaisir la gagner elle aussi et nous mener ensemble à l’orgasme. En manque, mais pas vache, quoi. Et savez-vous ce qu’elle a fait, quand je sentais qu’enfin nous approchions tous deux de la jouissance ultime ? Cette salope m’a viré et s’est précipitée sur son sac pour y prendre son putain de magic rabbit et se finir toute seule. J’ai tenté de reprendre mes droits, de montrer que l’homme est supérieur à la machine, mais rien à faire : une vraie tigresse, j’en ai encore des cicatrices sur le torse. J’ai donc regardé la femme qui m’avait fait attendre des mois pour la sauter prendre son pied avec un morceau de plastic rose et bruyant. J’ai maudit ses copines comme vous n’imaginez pas. Mais je ne me suis pas démonté. Je suis un tenace. Chaque jour depuis le jour de ce premier affront je me suis mesuré à ce putain de lapin magique et chaque jour jusqu’à aujourd’hui il a eu le dessus.
Je pense que c’est une femme qui a inventé cette saloperie. Ça ne serait pas venu à l’idée d’un homme de penser un truc pareil. Un truc contre lequel on peut pas lutter, parce que la nature nous a pas faits pour…
Quand j’ai compris ça, j’ai compris ce qui me restait à faire. Je suis électricien, mais puisque je ne pourrais jamais faire des étincelles avec ma bite(1), j’ai bricolé l’engin et ce soir, ma chère et tendre s’est pris, à la place d’un coup de queue, un coup de jus qui l’a vraiment envoyée au septième ciel.
Pour SD, même si j’ai pris des libertés avec l’idée de départ…
(1) clin d’œil appuyé à l’une des meilleures répliques du cinéma français :