courts, noirs et sans sucre
A la sortie du précédent volet de la trilogie « Underworld USA » de l’inénarrable et inégalable James Ellroy, il y a de ça bientôt dix ans, j’étais allée à une séance de dédicace dans une librairie près de chez moi, « voir en vrai » le bonhomme. Il y avait bien sûr du monde et la queue, ce qui m’avait laissé tout le temps nécessaire pour remarquer et me faire remarquer par le joli libraire.
Quelques années et une autre dédicace de James Ellroy plus tard, mes tentatives (trop ?) discrètes d’approche avec le libraire s’étant avérées totalement infructueuses et le nombre de mots échangés avec lui étant resté inférieur au nombre de mots échangés avec James Ellroy (c’est dire…) j’ai décidé de me consacrer à la littérature noire, plutôt que de perdre encore du temps à tenter de séduire un quelconque représentant de la gent masculine.
Depuis cette sage décision, James Ellroy n’avait plus sorti un livre, jusqu’à hier. On ne peut donc pas dire qu’il m’ait beaucoup aidée, pendant cette longue période, à ne pas me disperser et à rester éloignée autant que possible de tout mâle à potentiel de séduction non totalement nul, mais je ne lui en veux pas. J’en veux pour preuve que, malgré la crise, le froid, l’adversité et toutes ces choses qui vont bien après « malgré », j’ai fait dès que j’ai pu l’acquisition du nouvel ouvrage tant attendu. Un bon gros pavé de 800 pages.
Je ne l’ai pas encore fini. Pour tout dire, je n’ai lu qu’une petite vingtaine de pages. Je voulais commencer ma lecture ce matin dans le métro, mais une copine a fait le trajet avec moi et on a papoté. J’ai été tentée de l’assommer pour pouvoir plonger dans ma lecture, mais le seul bottin que j’avais sous la main pour mener à bien l’opération « mettons fin à cette conversation » était mon précieux James Ellroy et je n’aurais quand même pas voulu risquer de le salir (on n’est jamais à l’abri d’un saignement intempestif).
Ce n’est donc que ce soir, sur mon trajet de retour, que j’ai pu ENFIN me délecter des quelques premières pages du livre. Par chance, nous avons dû « patienter pour régulation du trafic » à Motte-Piquet : j’y ai gagné au moins deux pages. Mais le ton est donné très vite : dès la quatrième page, on dénombre déjà 7 morts. Mais il aurait pu n’y en avoir aucun ou une centaine, ça n’aurait rien changé. Ce type raconterait comment j’ai carrément pas assuré avec le joli libraire que son écriture serait tout aussi jubilatoire et impressionnante. Bon : ce serait peut-être un peu moins accrocheur, je vous l’accorde. Sauf qu’au lieu de bêtement changer de librairie, sous sa plume j’aurais probablement été pute ou actrice ratée (ou les deux), prête à tout pour un peu d’héro ou un rôle dans une série B, et j’aurais réussi à me faire sauter dans la remise de la librairie par des copains du libraire (pendant que lui aurait regardé en s’astiquant), en échange d’une promesse de mise en relation avec un dealer sympa ou un réalisateur méconnu, mais prometteur. Les choses auraient mal tourné au moment ou j’aurais refusé de sucer le prétendu réalisateur arrivé dans l’intervalle et j’aurais fini éventrée sur une pile de romans Arlequin qu’on aurait retrouvée quelques jours plus tard dans une benne à ordures. Mon meurtrier n’aurait, lui, jamais été retrouvé.
C’est pour ça que je préfère lire James Ellroy plutôt que de draguer des hommes.