courts, noirs et sans sucre
Il faisait rouge.
Ni jour, ni nuit. Entre chien et loup. Rouge.
Depuis des heures, des jours, voire peut-être des semaines, je n’aurais pas su le dire. Un pâle soleil parvenait à donner par moment une impression de chaleur. Parfois les nuages couraient sur la lune enflammée et une fois il a même un peu plu. Il restait donc de temps à autre un soupçon de normalité dans cet environnement singulier. Mais la nuit ne tombait pas plus que le jour ne se levait. Le temps semblait coincé entre deux feux, celui d’un soleil rose rasant l’horizon et celui d’une lune rousse plantée haut dans le ciel.
Je suivais cette route depuis ce qui me paraissait une éternité. Je n’avais toujours croisé personne. Le silence oppressant qui m’entourait rendait le bruit de mon pas sur l’asphalte et des battements de mon cœur assourdissant. Je ne m’étais pas aperçu tout de suite de ce qui manquait vraiment, mais j’avais fini par réaliser que je n’avais plus entendu le moindre bourdonnement d’insecte, chant d’oiseau ou grognement animal depuis… oui, depuis quand ? Depuis quoi ? Que signifiait ceci ? Et combien de temps allais-je tenir encore avant de devenir fou ?
Cette semi-obscurité, cette vague clarté, ce demi-jour était une injure à l’ordre naturel des choses et mon corps tout comme mon esprit semblait en suspens. Je ne savais déjà plus combien de temps s’était écoulé depuis la dernière fois que j’avais dormi, mais j’avais néanmoins le sentiment de rêver plus que je ne vivais vraiment. J’étais probablement déjà fou. La mort viendrait bien me délivrer tôt ou tard de cet enfer.
Ecrit pour les Impromptus littéraires : « Inspirez-vous de ce vers d’Alfred de Vigny qui devra figurer dans le texte (le vers, pas Alfred) : les nuages couraient sur la lune enflammée »