courts, noirs et sans sucre
On est entre nous, alors j’en profite pour soulever cette question futile, mais parfois primordiale pour qui se la pose : quand on est une fille célibataire de type endurcie malgré elle, qu’on n’arrive à rien dans les relations dites « normales » avec les hommes, qu’on n’est pas prête à vendre son corps ni même à le prêter à un inconnu au hasard d’une rencontre sans lendemain, que reste-t-il pour prendre son pied ?
Oui, parce que bon, il n’est nul besoin d’être une grosse chaudasse pour aimer le sexe et avoir à l’occasion envie d’un petit orgasme, c’est humain… alors ? Hein ?
Au contraire des hommes, les femmes n’ont pas la branlette aisée. Et je ne parle pas d’un quelconque contexte socioculturel, héritage judéo-chrétien ou autre considération psychologique, non, loin de moi l’idée d’intellectualiser mon propos, je parle simplement de physique. Vous aurez tous noté que le sexe de l’homme dépasse, à une distance raisonnable de ses mains, simplifiant ainsi l’acte ci-avant mentionné de branlette. La femme quant à elle prend plutôt son pied de l’intérieur et la nature ne l’a pas équipée des attributs nécessaires pour y parvenir aisément seule. D’une part en raison de l’accessibilité réduite de la zone à mains nues, d’autre part parce qu’il suffit de regarder une bite et ses doigts pour identifier, normalement, un problème de taille. Si ce problème ne vous apparaît pas de façon évidente, mesdames, optez pour des partenaires majeurs et, si c’est déjà le cas, je suis vraiment, vraiment, sincèrement désolée.
Nous voici donc devant l’évidence : la fille célibataire précédemment évoquée doit s’équiper, du moins est-ce préférable si elle souhaite éviter les tendinites et surtout, surtout le risque de se retrouver aux urgences avec une cucurbitacée (qui manquera pour la salade du lendemain) coincée à l’endroit même où ses doigts trop courts et trop fins n’ont su lui donner l’orgasme recherché. Là, deux possibilités s’offrent à elle : courir les sex-shops à la recherche de l’ustensile adéquat ou feuilleter son catalogue de vente par correspondance, pages « beauté et forme ». Et là… là… un monde nouveau s’offre à elle. Un monde plein de promesses et coloré jusque dans les noms des articles : « magic rabbit », « the boss », « sexy bunny », « dinky digger », le « flexible avec œuf vibrant » ( ??!!!), « stranger », « sprinter », « patchy paul », « cry baby », « G-spot multi-speed », « el love », « gigi rose » et le mystérieux « cone »… Oui, oui : pages « beauté et forme », plus ou moins entre les gaines et les épilateurs à poils de nez. Le sexe se cache parfois dans des lieux insoupçonnés.
Ainsi donc le choix du nouveau meilleur ami de notre célibataire (ou chaudasse, après tout…) s’avère presque plus délicat que le choix d’une nouvelle paire de chaussures. Pour couper court à des tergiversations forcément sans fin puisque pour ce genre d’achat, du moins la première fois, on ne demande pas l’avis d’une amie, on optera donc généralement pour la sobriété et le sérieux du « masseur rechargeable ».
S’ensuit l’attente de la livraison, que l’on choisira en relais-colis, plus rapide. Et quand l’objet tant attendu est enfin arrivé, on se prend à redouter que le paquet n’ait la forme de son contenu et l’on s’imagine rougissante chez le buraliste (« ah ah ! Comme ça vous gagnerez p’t’être au tirage aujourd’hui ! ») ou chez le pompiste (« et ben ça, ça va vous faire un sacré plein ! ») et on se demande si on avait vraiment, vraiment besoin de ça et si le concombre, après tout… Mais bon : on n’a pas opté pour l’offre « essayez avant de payer » alors on prend son courage à deux mains et on va chercher son gode dignement à la boutique cadeaux en face de l’école.
Le paquet est rectangulaire, mais énorme et on a soudain une inquiétude… a-t-on eu les yeux plus gros que le ventre ? De retour à la maison, on ouvre, les mains un peu tremblantes, partagée entre l’excitation et l’angoisse, mais l’objet est finalement à peu près conforme à ce qu’on attendait. Un coup d’œil rapide au mode d’emploi, même si on se dit que bon, là, ça va, on a une petite idée, et on va pouvoir l’essayer, on en a l’eau à la bouche, le petit goût de la transgression d’un pseudo-tabou ajoute à l’envie et là, on tombe sur la ligne qui fâche : « Chargez 12 heures avant la première utilisation ».
La prochaine fois, ce sera un « magic rabbit » à piles.