courts, noirs et sans sucre
A toi le bel indifférent dont le chemin s’est gentiment écarté du mien, jusqu’à s’en éloigner trop pour pouvoir me reconnaître si d’aventure tu t’étais retourné,
A toi le torturé magnifique qui m’as tant et si bien tirée vers le fond, plus profond que le fond dont tu cherchais à remonter, que je n’ai jamais réussi à regagner la surface,
A toi le méchant éclatant qui n’as pris le temps que des promesses avant de tourner le dos,
A toi le fou passionné qui partis me décrocher la lune pour finalement t’installer sous d’autres cieux,
A vous tous mes hommes merveilleux qui avez méticuleusement pris soin de me briser le cœur, me fendre l’âme, me piétiner l’amour propre comme le sale,
A vous qui n’avez pas ménagé votre peine pour me rappeler que le prince charmant n’est qu’une lubie de petite fille,
A vous, pour m’avoir toujours repris infiniment plus que vous ne m’aviez donné,
A vous, si incroyablement prompts à oublier et ignorer le carnage de vos méfiances, de vos doutes, de vos lâchetés et de vos névroses,
A vous, vous, vous encore, qui pensez si bien à vous, tellement mieux à vous, que personne mieux que vous ne saurait chanter vos louanges,
A vous enfin qui nourrissez si bien les clichés et le bon sens populaire et n’hésitez jamais à seriner en guise de noble justification à vos négligences qu’il vaut mieux être seule que mal accompagnée,
A vous, toute mon admiration pour votre aplomb, votre virulence et votre inébranlable assurance à chaque coup asséné. Toute ma reconnaissance pour m’avoir si bien ouvert les yeux que j’en viendrais presque à vouloir me les crever. Tout mon amour aux rares souvenirs que vous n’avez pas réussi à souiller.
Mais à toi le doux, l’aimant, le sincère, qui sauras me prouver qu’ils ne sont pas tous pareils,
Toi qui m’aimeras sans compter, sans hésiter, sans réfléchir, comme je t’aimerai,
Toi qui irrigueras mon cœur asséché sans sucer mon sang en retour,
Toi que je rêve encore et toujours,
Toi le bon, toi qui arriveras quand je n’attendrai plus que l’oubli,
Toi… passe ton chemin.
Je t’aimerai bien trop et je te ferai fuir.
Ecrit pour les Impromptus littéraires : « Soyez dithyrambique ! »
Illustration Iruka