courts, noirs et sans sucre
J’ai revu un ancien amoureux.
Je dis bien « amoureux » et pas « amant », parce que c’était un amour de vacances du temps où j’avais les seins qui poussent. Quand on s’était vus pour la dernière fois, je devais avoir mes vrais seins d’adulte, mais tout juste. On n’est pas là pour parler de mes seins, alors je ne vous dirai pas combien de gosses ils ont allaités depuis et dans quel état ils sont aujourd’hui pour vous donner une idée du temps écoulé, mais croyez-moi sur parole : ça remonte à loin. Et donc je l’ai revu.
Il fait partie de ces gens dont on peut dire qu’ils n’ont pas changé, mais pas parce qu’on n’a rien à en dire. Des gens qu’on a aimés un jour pour un tas de bonnes raisons et qu’on aime toujours quand on les revoit pour les mêmes bonnes raisons. Des gens qu’on n’a pas honte d’avoir aimés. Ça peut paraître idiot, mais ça fait du bien de pouvoir de temps en temps revoir des gens sans se demander ce qu’on a bien pu leur trouver…
Je l’ai revu en famille – sa famille : une épouse charmante qui pourrait être une bonne copine, deux très beaux enfants gentils comme tout – et nous avons passé une excellente soirée, même pas faite de vieux souvenirs ressassés… non : une vraie bonne soirée à papoter, rire, manger et boire. J’en suis revenue ivre et contente.
C’est peut-être un peu hâtif de juger sur une seule soirée, mais il semblait régner chez eux une belle harmonie qui fait plaisir à voir. C’est toujours agréable quand des gens qu’on a aimés et que, donc, voir plus haut, on aime toujours, semblent être manifestement heureux. Je me suis couchée repue et guillerette.
Au réveil… bon. Bien sûr, avec ce qu’on avait picolé, j’avais la gaieté moins fanfaronne. Normal. Et puis bon… je sais pas. Tout ce bonheur… Il aurait pu avoir au moins un gamin moche, non ? Ou sa femme aurait pu être grosse. Disons au moins plus grosse que moi… En plus il pleuvait et… je sais pas. J’ai regardé dehors, ce foutu chantier quasiment dans le jardin – voir article précédent pour ceux qui auraient raté l’épisode du chantier – et toute cette terre, ces grues, ce bruit, et puis ce satané bonheur, là… je sais pas. La gueule de bois, peut-être ? Je suis allée me coller la tête dans une bétonnière et… bon. J’espère qu’une jolie famille heureuse viendra s’ébattre derrière ce mur dans lequel on m’a coulée.