courts, noirs et sans sucre
Je fais partie de ces femmes que l’amour fait maigrir et que la déprime fait grossir. Mais le genre d’amour qui fait fondre comme neige au soleil – ou comme graisse au barbecue – n’est pas cet amour pépère fait de bonne entente, d’intérêts communs, de projets réalistes, de disputes gentilles et de soirées télé. Ben non. L’amour coupe-faim, c’est l’amour passion d’adolescente attardée, qui chaque jour ramollit les jambes sous l’effet combiné de l’espoir et de l’angoisse de ce que sera le lendemain. Autant dire que c’est exactement ce genre d’amour qui mène inévitablement à la bonne grosse déprime. Laquelle déprime, donc, fait grossir.
Vous me direz qu’au final, on s’y retrouve… si seulement ! Mais on maigrit beaucoup moins d’amour qu’on ne grossit de déprime, sans quoi tout cela ne serait qu’une histoire de yoyo ordinaire comme toutes les femmes en connaissent en passant des choucroutes d’hiver aux salades d’été et vice-versa. Et, cela va sans dire, les déprimes post-histoire d’amour sont toujours infiniment plus longues que les histoires d’amour en question. A se demander d’ailleurs si, finalement, les histoires d’amour ne sont pas que de courtes pauses dans la déprime. Mais là n’est pas le propos.
Pour ne parler que de ce que je connais et, donc, de mon expérience personnelle, la déprime pèse exactement deux fois plus lourd que l’amour. Vous me direz que c’est normal, vu que l’amour se doit d’être léger, sauf que ce ne sont pas les amours légères qui vous plombent le plus sûrement le moral, mais bien au contraire ces amours lourdes de promesses intenables et d’attentes illusoires. Il n’y a donc aucune logique dans cette affaire, mais bien malgré tout une mécanique implacable et cruelle.
Que faire alors pour ne pas cumuler le chagrin d’un amour finissant et l’angoisse d’un cul grossissant ?
Les plus radicaux vous diront de troquer votre régime pizzas / frites contre une alimentation légumes vapeur / œufs durs, mais eux n’ont jamais vécu la vraie déprime post-échec sentimental. Aucune courgette, même grillée à l’huile d’olive, n’aura jamais sur un chagrin d’amour l’effet d’une portion de frites grasses. Non, vraiment, la courgette, dans ce contexte, je vous conseillerais plutôt de vous la mettre exactement où vous pensez et ce ne serait même pas pour vous être désagréable : c’est bien le seul endroit où elle pourrait vous être d’un quelconque réconfort.
Quant au sacro-saint sport que les prêcheurs de saines paroles ne manqueront pas de vous recommander, il ajoute la fatigue à la déprime et donne la dalle.
« Alors quoi ? me direz-vous… Suis-je donc condamnée à m’enticher de types qui ne sont pas pour moi, à fondre d’amour déraisonnable puis à enfler plus que proportionnellement de désamour et ça, aussi longtemps que je serai femme ? »
Oui.
(Evidemment, il ne vous aura pas échappé que dans ce texte, seules quelques amours sont mortes et encore : je ne les évoque qu’à peine… alors oui, bien sûr, j’avais bien pensé suggérer aux dépressives amoureuses (ou l’inverse) de soigner le mal à la racine et de s’attaquer non plus aux conséquences (à coup de courgettes et de course à pieds), mais aux causes (à coup de pieds dans les couilles du prochain prétendant, pour commencer), mais… bof. Je ne pleure plus vraiment un amour, mais plutôt ma silhouette perdue, alors… je ne sais pas. Ou c’est la chaleur peut-être….)