courts, noirs et sans sucre
Il avait la peau bleue. De la tête aux pieds. Au soleil, il tirait un peu sur le violet, mais en temps normal c’était un bleu-gris qui donnait une impression de froid. Paradoxalement, c’était plutôt un chaud lapin. Pas tellement par choix, d’ailleurs, mais parce qu’il attirait beaucoup les filles en quête d’expériences, plus que d’amour, qui voulaient surtout savoir si sa bite était bleue aussi. Elle l’était.
Moi, je cherchais l’amour. J’avais passé l’âge des expériences et je voulais un homme à aimer, qui m’aimerait en retour suffisamment pour envisager de mêler sa vie à la mienne. Et je l’ai rencontré.
Au début, c’est vrai que ça me gênait un peu, ce bleu. C’est idiot, parce que s’il avait été noir je ne me serais pas posé de questions, mais bleu, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que j’aurais forcément l’impression de sucer un schtroumpf. Et puis il est finalement apparu de façon évidente qu’il aurait aussi bien pu être vert à pois, ça n’aurait rien changé : je l’aimais. Et je n’ai pas du tout eu l’impression de sucer un schtroumpf, qui en aucun cas n’aurait pu être si bien monté.
Je vis donc aujourd’hui avec un homme qui porte ses bleus à l’âme à l’extérieur. Au lieu de voir la vie en rose, je dream in blue, mais ça n’entame en rien mon bonheur. Seul petit regret : on ne saura jamais de quelle couleur auraient été les enfants que nous sommes trop vieux pour avoir ensemble.
Ce qui est amusant, c’est que l’affection qui le rend archi-bleu s’appelle l’argyrose.