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courts, noirs et sans sucre

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confession d'une esthéticienne

 

Les clientes des instituts de beauté se répartissent en deux grandes catégories : les belles qui n’ont aucun besoin d’être arrangées et viennent essentiellement se faire du bien chez nous, et les moches qui espèrent vraiment qu’on peut quelque chose pour elles. Mais on ne peut rien. Et j’en sais quelque chose : je suis moche. Pas d’une laideur singulière qui se remarque suffisamment pour attirer l’attention sur moi, non. Une laideur ordinaire, de celles qui n’invitent pas le regard à s’attarder, mais qui ne se remarquent vraiment que si on prend le temps de regarder. Autant dire une laideur inutile. Les yeux juste un peu trop petits et un peu trop écartés. Le sourcil clairsemé et en bataille. Une petite bosse sur un nez à peine de travers. Une lèvre supérieure légèrement asymétrique et une lèvre inférieure un peu trop charnue. Le menton pas tout-à-fait dans l’axe. Des pommettes un poil trop saillantes. Bref : je suis moche. Trop pour qu’on ne se le dise pas en me regardant, mais pas assez pour qu’on me remarque. Et je l’ai toujours été. Je l’étais déjà à l’époque bénie des boutons sur la tronche et des premières amours. J’avais beau être une élève brillante, l’esprit n’a jamais rendu aussi populaire que la beauté et c’est pour cette raison que malgré l’indignation du corps enseignant j’avais choisi de devenir esthéticienne. Je croyais comme toutes les moches qui entrent à l’institut que des mains expertes et des lotions bien choisies pourraient avoir raison de ma laideur. Comme quoi une scolarité exemplaire ne rend pas nécessairement plus maligne que la moyenne. Sauf que moi, au moins, j’avais assez vite compris que l’ingratitude de mes traits ne s’effacerait pas miraculeusement d’un coup de crème, contrairement à la plupart des moches inintelligentes qui persistent à venir se ruiner en soins inutiles.

 

J’étais rapidement devenue l’esthéticienne la plus prisée du salon. Les moches assumaient plus volontiers leur laideur et leurs complexes avec moi qu’avec une bombe et les belles se trouvaient confortées dans leur supériorité plastique. Mais surtout, toutes appréciaient ma façon de les faire parler. « Et c’est toujours tellement agréable de discuter avec vous ! »… Sauf qu’on ne discutait pas : je les aiguillais un peu au départ puis je les écoutais me déballer à peu près toute leur vie. Une esthéticienne, c’est un peu comme un chien ou une plante : il ne viendrait à l’idée de personne de s’intéresser à sa vie, on en sait déjà tout ce qu’on a besoin de savoir. Alors j’écoutais.

J’observais, je massais, je pommadais et j’écoutais. C’est dingue tout ce que les gens peuvent raconter à une inconnue même pas tenue au secret professionnel ! Evidemment, je n’avais pas grand-chose à tirer de ce genre d’écervelées prêtes à s’épancher sans retenue auprès de leur esthéticienne, mais quelques-unes sortaient du lot. C’était généralement des femmes difficiles à fidéliser, venues pour la plupart une première fois sur une impulsion un jour de déprime et qu’il n’était pas aisé de faire revenir. Mais j’étais douée. Pour le baratin autant que pour l’écoute et les massages. Et ce genre de bonnes clientes, j’étais prête à payer jusqu’à trois séances de ma poche pour m’assurer de les revoir au salon. C’est parmi celles-là que j’ai choisi la mienne.

Une jeune-femme de mon âge, célibataire et autonome, mais pas asociale, gentille, un boulot sympa, le même genre de stature que moi, mais jolie. Elle, j’ai ramé pour la faire revenir. La première fois qu’elle était venue se faire faire un soin, c’était parce qu’on lui en avait fait cadeau. Tout dans son attitude disait qu’elle ne se ferait pas avoir deux fois, mais elle m’avait tout de suite plu et j’ai déployé des trésors d’ingéniosité pour qu’elle revienne. Pour tout dire, elle est la seule à qui j’ai parlé de moi. Au début, je parlais même plus qu’elle et ce que je lui racontais était tellement pathétique que je suis persuadée que c’est par pitié qu’elle revenait. Une chic fille. Mais il a fallu au moins deux mois pour qu’elle commence un peu à prendre goût à mes soins et un mois de plus pour qu’elle se décide enfin à me raconter sa vie. Quand j’ai su qu’elle était bien celle que je cherchais, j’ai dû encore presque me battre pour la convaincre de me laisser lui faire des masques ! On ne pourra pas dire que je ne me serai pas donné du mal… et j’ai bien cru que je ne m’en sortirais jamais : il m’a encore fallu l’apitoyer pour qu’elle finisse par accepter l’idée des soins à domicile, mais c’est enfin ce soir mon premier rendez-vous chez elle. Ma vie va changer.

Sur les douze séances au cours desquelles elle m’a laissée lui appliquer un masque, j’ai réussi à faire huit moulages en plâtre de qualité, dont j’ai tiré autant de beaux masques en latex d’une ressemblance et d’un réalisme troublants. Ce soir je les emporterai chez elle et je lui ferai un dernier masque, dans lequel je ne pratiquerai cette fois aucun orifice pour lui permettre de respirer.

Et dès demain son visage et sa vie seront les miens.

 

 

 

 

Sur une provocation de marotte que je remercie au passage !

 

 

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O
<br /> Ha ha ha ha ha !<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Et pour le maillot, elle a prévu quelque chose ?<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> ah... l'approche de l'été te travaille, toi aussi ?<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> c'est d'aller voir des gens déguisés en Mickey ou Picsou qui t'a rendue comme ça ?<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> c'est toutes ces troooooop belles princesses, ça m'a donné des envies de toute beauté.<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Tout de même, mais désormais cela va sans dire,ton texte est très bon, vénimeux, aujourd'hui, mais j'aime ! C'est bien le ton qu'il fallait !<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> merci !!!<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Si tu peux étouffer mes fautes, aussi...merci !<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> ;o))   <br /> <br /> <br /> <br />