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courts, noirs et sans sucre

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chienne de vie [fin]

 

La première partie, c’est par ici, la deuxième, par là.

 


 

 

Et puis un jour j’me suis aperçu qu’elle commençait à perdre la boule.

 

Au début c’était rigolo. Elle savait plus où elle habitait, mais les gens du quartier la connaissaient et elle allait jamais bien loin, alors on m’la ramenait. Elle se fagotait n’importe comment, elle enfilait des fois jusqu’à 5 culottes les unes sur les autres, elle oubliait d’faire cuire la viande avant d’la manger, elle mélangeait les noms d’tout l’monde… J’étais obligé d’faire un peu gaffe à c’qu’elle me filait à béqueter, mais à part ça c’était pas bien méchant.

C’est devenu moins drôle quand elle a commencé à pisser n’importe où. Là c’était même carrément pénible. Elle faisait déjà presque plus le ménage depuis quelques temps, alors la maison devenait un vrai capharnaüm puant. J’avais même plus l’cœur à la cogner. Pour tout dire j’étais même chagrin d’la voir comme ça, elle qu’avait été tellement coquette dans l’temps. Sans compter qu’du coup c’est moi qui devais torchonner. Pas une vie, j’vous jure.

Et puis après elle a commencé à avoir peur de moi, j’sais pas pourquoi. Elle me reconnaissait même plus et elle hurlait chaque fois que j’l’approchais. Un enfer. Un jour qu’on était à l’étage tous les deux elle a eu peur comme ça et elle est tombée dans les escaliers. J’l’avais même pas poussée, mais les gens ont commencé à m’regarder en coin de c’t’air bizarre qu’ont les soupçonneux et les curieux.

Elle s’est jamais vraiment relevée d’cette chute. Ils ont voulu m’la garder à l’hôpital, que j’ai refusé tout net. C’est l’travail d’un homme de s’occuper d’sa bonne femme, merde alors. Je lui ai installé un lit avec des barreaux pour pas qu’elle tombe pis des chaînes pour pas qu’elle s’enfuie, on sait jamais. Chaque jour c’était des heures de hurlements quand j’voulais la faire manger, lui torcher l’cul ou lui changer sa chemise de nuit. Pis j’ai su que ni elle ni moi on pourrait être encore heureux un jour comme ça, alors j’l’ai détachée pis j’y ai mis l’oreiller sur l’visage. Elle était morte le lendemain matin et c’te fois personne m’a r’gardé d’travers.

Les gens sont bizarres.

On y a fait un chouette enterrement, les gens l’aimaient plutôt bien, pis comme elle avait fait l’ménage chez presque tous les riches de la ville y avait du beau linge et des belles fleurs. Le cureton a même causé des mômes comme si qu’ils étaient pas la honte de la famille et il a eu un mot gentil pour moi, que j’l’avais pourtant quasi jamais vu avant. Tout l’monde était gentil avec moi, d’ailleurs. C’est ça qu’y a d’bien avec les morts, ils vous rendent toujours plus sympathique que vous n’êtes. En plus j’avais fait faire un beau truc en marbre avec gravé dessus « à mon amour Edna » et ça, avec les rombières, ça a eu du succès.

J’sais pas pourquoi, mais là, à me r’trouver avec plus rien à faire maint’nant que j’avais plus à m’occuper d’Edna et avec tous ces gens bienveillants qui d’un seul coup me voulaient du bien, j’ai senti qu’ma vie allait vraiment devenir un cauchemar.

Pas un jour sans qu’un voisin débarque avec une bouteille pour boire le coup au moindre prétexte. Pas un jour sans qu’un travailleur social ou un témoin d’Jehovah vienne squatter mon salon à l’heure de la sieste ou pire, à l’heure de « questions pour un champion ». Pas un jour, j’vous dis. Jusqu’au dimanche où c’est l’curé qui venait m’gonfler à m’causer d’Edna. Du coup j’ai fini par y dire qu’elle était juive. Rien qu’à repenser à sa tronche j’en ris encore.

Mais ce genre de p’tits plaisirs se faisait de plus en plus rares.

Alors j’ai fini par me décider. Je voulais plus avoir affaire au monde. J’ai fait quelques provisions, j’ai bouclé la baraque du sous-sol au grenier, fermé les volets et débranché l’téléphone. Qu’on vienne plus m’emmerder. Qu’on m’laisse crever en paix.

En paix, putain.

Les enquiquineurs de tous poils qu’essayaient quand même de v’nir, j’leur balançais des trucs de la f’nêtre de ma chambre qui donne juste au-dessus de l’entrée. Au début, j’les bombardais avec des p’tits trucs – des verres, des bouquins, des trucs comme ça – mais au fur et à mesure j’ai dû me montrer plus dissuasif et je suis passé à des projectiles de plus en plus gros, jusqu’à balancer la télé et le micro-ondes. Si j’avais pu, j’aurais jeté l’frigo, mais là c’était plus d’mon âge. Quand j’ai plus rien eu à jeter, j’me suis mis à garder mon caca et à bombarder les gens dans la rue avec. Pis un jour y en a qu’on réussi à entrer que j’sais même pas comment qu’ils ont fait et y m’ont emmené de force dans un mouroir où que j’végète depuis comme tous les vieux machins qu’on pose là dans des fauteuils roulants devant la télé. Pour les faire chier je fais exprès d’faire sous moi tout l’temps, je bave autant que j’peux et j’m’en fous partout en mangeant. Eux y m’grondent comme si j’avais 4 ans pis y m’changent en râlant 20 fois par jour ou pas loin. J’me marre, mais pas autant que j’me fais chier.

En plus on dirait qu’la vie sera une chienne jusqu’au bout. Déjà deux ans qu’j’suis coincé là et j’suis toujours bien vivant.

 

 

 

Fin.


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C
<br /> Il a eu une belle vie ceçui-ci, bien remplie...<br /> <br /> <br />
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P
<br /> oui, hein ? ça fait rêver...<br /> <br /> <br />
M
<br /> Alors là, là je dis bravo, tu me plait de plus en plus toi tu sais? Bon ben même si la vie elle est une chienne, Milène te souhaite un fabuleux Noël et un destin grandiose!<br /> <br /> <br />
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P
<br /> arrête tu m'gênes!!!<br /> un grand merci et j'espère que tu as eu une belle messe de minuit... et surtout plein de bon manger et de beaux cadeaux !!<br /> <br /> <br />
C
<br /> y crèv'ra jamais, moi j'te l'dis!...<br /> <br /> (faire du "haut en couleur" avec ce genre-là, c'est pas donné à tout le monde Miss Poune. ÜüÜ)<br /> <br /> <br />
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P
<br /> y aura bien une infirmière zélée qui se trompera dans ses pilules un jour...<br /> (merci m'sieur)<br /> <br /> <br />