courts, noirs et sans sucre
Bon, évidemment, au départ c’était plutôt une plaisanterie.
Mais.
Si d’aventure il n’avait pas été totalement indifférent à un quelconque charme qu’il aurait éventuellement pu me trouver et s’il avait décidé de saisir l’occasion qu’offrait la plaisanterie pour venir, je m’en serais voulu de ne pas être aussi baisable… non, disons aussi présentable que possible. Alors j’étais rentrée de bonne heure, passée au Monop’ pour remplir un peu le frigo si jamais on dînait – j’avais même pris des légumes, pour faire genre – et zou ! salle de bain : douche, dépoilage au cas où, une touche de parfum, un string propre, le jean neuf qui me fait le cul un peu moins gros et j’étais parée.
Comme j’avais été plutôt rapide au pomponnage – il ne fallait surtout pas que j’aie l’air de m’être pomponnée, alors j’avais pas trop chipoté sur les détails, tout un art – j’avais encore un peu de temps et j’avais consenti un (très) léger effort de rangement. Mais pas trop non plus, pour ne pas avoir l’air d’avoir préparé la soirée et ne pas avoir l’air d’en faire toute une affaire. Pouvoir dire « Ah ah ! T’es venu ? Ben entre… excuse, c’est un peu en désordre, mais je pensais que tu plaisantais !... Non, non, au contraire, ça me fait plaisir !... Oh, t’en fais pas, je dois bien avoir de quoi nous faire quelques pâtes avec des petits légumes sautés… Tu aimes la courgette ?... Et puis tu tombes bien, je viens justement de faire des cookies. »
Ah oui : j’avais fait des cookies, aussi. On m’a toujours dit : « un homme, tu l’attrapes par la queue, mais c’est par le ventre que tu le retiens »… alors comme je ne suis pas forcément très sûre de mon sex-appeal, je fais toujours à manger quand un homme qui me plaît viens chez moi.
Bon, il n’est pas venu.
Mais faut voir le bon côté des choses : j’ai une montagne de cookies pour me consoler.
Et des courgettes pour…
Non.
Rien.