courts, noirs et sans sucre
Il arrive parfois des choses amusantes…
Je lisais tranquillement dans le métro quand le jeune en face de moi m’interpelle et me montre dans la voiture suivante, à travers la vitre, un autre jeune type qui semblait vouloir attirer mon attention. Je lève donc la tête, regarde le type et le vois en train de m’adresser ce geste délicat qui consiste à agiter sa langue entre ses deux doigts écartés. Je ne suis pas du genre à piquer un fard pour si peu et je retourne à ma lecture. Au moins trois personnes ont clairement vu la scène. Aucune ne semble trouver particulièrement anormal qu’un inconnu fasse montre d’une telle obscénité envers une femme en public.
Station suivante, l’auteur du geste poétique passe la tête à la porte de la voiture dans laquelle je me trouve, attire mon attention et me dit, avant que les portes ne se referment, qu’il s’excuse, qu’il m’avait prise pour une autre fille. Ce à quoi je réponds qu’en effet, c’est beaucoup plus élégant avec une autre fille. Fermeture des portes, fin de l’histoire, sauf que sur le chemin qui le ramène à sa lecture, mon regard croise celui, amusé, de mon voisin de banquette. Amusé. Pas gêné, pas choqué, amusé.
Il faut être un homme, non, pour trouver amusant qu’un type se permette pareille indécence vis-à-vis d’une femme ? Messieurs, rassurez-moi : il en est parmi vous qui auraient trouvé déplacée, pour le moins, l’attitude de ce type, n’est-ce pas ? Je sais que oui, je vous connais, vous… Mais les autres ? Ce mec, là, assis à coté de moi, que la scène a amusé ? Peut-être étais-je un peu fatiguée. Peut-être ma lecture du moment m’a-t-elle rendue un brin sensible à la question des femmes et la façon dont elles sont parfois perçues ou traitées. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas apprécié que ce type trouve amusant ce qui venait de se passer.
Je lui ai rendu son sourire et j’ai profité de cette chaleureuse connivence pour lui attraper amicalement les couilles et les broyer avec toute la cordialité que la douceur du moment autorisait.