courts, noirs et sans sucre
Variation (de bon goût) autour du thème des Impromptus littéraires : le secret.
- Ne me le dis pas !
- Ben à qui veux-tu que je le dise, sinon ?
- A qui tu veux, mais pas à moi !
- Mais enfin, t’es mon amie !
- Je vois pas le rapport.
- Je pensais que ça t’intéressait…
- Ah mais ça m’intéresse !
- Et ben alors ! Laisse-moi te le dire !
- NON !
- Mais pourquoi ?
- Parce que je le répèterai.
- Pfff ! N’importe quoi !
- Non, tu peux me croire…
- Enfin, tu sais bien le mal que ça me ferait !
- Oui.
- Alors pourquoi tu le répèterais ? T’es pas méchante…
- Non, je suis sotte.
- Hein ?
- Tout le monde le dit : j’ai pas de cervelle.
- Je suis pas tout le monde… et puis il est pas question de cervelle, mais de confiance !
- Oui, ben fais-moi confiance : si tu me le dis, je le répèterai.
- Mais c’est nul !
- Oui. Mais je le ferai même pas exprès ! C’est plus fort que moi… il suffit que je sache que je dois pas dire un truc pour n’avoir plus que ça à la bouche.
- Même pas vrai ! Tu sais que je suis ici et tu l’as dit à personne !
- Mais c’est pas un secret !
- Ben évidemment que si !
- Sans déconner ?
- Bien sûr !
- Ah non, mais merde, Anne, pourquoi tu me l’as dit ?
Conversation entre Anne Frank et une amie – extrait – juillet 1944