courts, noirs et sans sucre
Un jour, elle a demandé qui était son père. Fallait bien que ça arrive. Je m’en doutais, j’étais préparée, je savais parfaitement quoi lui dire.
Ce que j’avais moins prévu, c’est sa réaction. Je suis encore incapable aujourd’hui de dire ce qui s’est passé exactement entre la fin de mon laïus bien rodé et le début des emmerdements, mais ce qui est certain c’est que ça a dépassé de loin tout ce à quoi je m’attendais.
Il y a eu cette espèce de trou noir, puis tout ce boucan et, enfin, j’ai repris connaissance. Cernée par des flics encagoulés et armés, qui me criaient d’un coté « pas un geste », de l’autre « mains sur la tête », ajoutant ainsi à mon trouble. A mes cotés, le corps déchiqueté du géniteur. Dans ma main une hache pleine de sang. J’ai reperdu connaissance illico.
Du fond de la cellule où je croupis désormais, je cherche à comprendre comment j’ai bien pu merder à ce point. Ce que j’aurais dû dire ou, au contraire, ne pas dire pour éviter ça. Qu’importe que je n’aie pas porté le moindre coup, je ne peux être que coupable. C’est moi qui l’ai faite. Alors je ne l’ai pas dénoncée. Bien sûr que je ne l’ai pas dénoncée ! Ma propre fille…
Je revois encore et toujours son joli petit visage rond de blondinette coquine pendant mes nuits sans sommeil.
Mais mes pires insomnies sont celles au cours desquelles je me demande si elle a tué encore après ça.
Variation autour du thème de la semaine des Impromptus littéraires.