courts, noirs et sans sucre
Un mois déjà. Un mois seulement, devrais-je dire… Tout allait si bien. Ma bonne humeur a tout changé ! Ambiance bien plus agréable au bureau, sorties en nombre, vie sociale ressuscitée… Quel pied ! Et puis hier… je ne sais pas. Une rechute. Un peu de fatigue, sans doute, mais mes idées noires ont fondu de nouveau sur moi d’un coup, en bloc, sans que j’aie pu comprendre d’où elles venaient et sans que j’aie eu le temps de réagir.
Je me suis de nouveau sentie si seule, si lasse, si… malheureuse.
J’avais tellement peur que mes vieilles déprimes me retombent dessus ! Je me suis fait une beauté et j’ai filé. J’ai ramassé le premier type pas trop vilain qu’a eu l’air de me trouver à son goût. Plutôt, je l’ai laissé me ramasser. M’offrir un verre. Me conter fleurette. Me parler de sa femme qu’il va quitter. De ses enfants qu’il aime par-dessus tout. De ses nobles sentiments à l’égard des femmes en général, moi en particulier. De son appartement à deux pas d’ici.
J’avais dans l’idée de trouver de la compagnie pour ne pas laisser la déprime gagner du terrain et reprendre le dessus. J’avais évidemment pensé qu’une compagnie masculine serait la bienvenue. J’avais bien sûr caressé l’idée d’une nuit d’amour, même si d’amour, je le savais, il n’y en aurait guère. Mais je n’avais pas pensé à ça. Vraiment pas. Et encore une fois je ne comprends pas comment les choses se sont enchaînées. Il était agréable, charmeur, mais pas plus que nécessaire, tendre sans avoir l’air de se forcer juste pour me dessaper… D’ailleurs je n’ai ôté mes vêtements qu’après-coup. Lui n’a pas eu un geste déplacé. Alors que s’est-il passé exactement ? Sans doute encore une fois une réaction consciente à un déclencheur inconscient. Ou l’inverse. Je n’en sais rien. Mais comme la première fois, tout a été tellement facile !
Lui non plus n’a pas eu peur. Il n’a pas dû comprendre ce que je comptais faire. A juste titre d’ailleurs puisque moi-même j’aurais été bien incapable de l’expliquer. Alors il m’a juste regardée approcher avec un étonnement amusé. Il devait penser à un genre de jeu. Un jeu. Un peu cruel, alors, pour le moins. Je crois que je lui souriais moi aussi en retour. Et même si son regard s’est voilé, il semblait toujours sourire quand j’ai enfoncé le couteau dans sa gorge.
Ça a fait un drôle de bruit. Sa bouche s’est tordue en un rictus bizarre. En le regardant, comme ça, avec cet air qu’il avait d’hésiter entre rire et pleurer, il m’a fait penser à Ludo.
Je n’y avais pourtant plus pensé depuis longtemps… Une petite histoire sympathique, légère, sans importance. Pas de grandes déclarations, pas de promesses, juste un peu de bon temps, rien qui n’ait eu vocation à durer. Je ne sais pas pourquoi il s’est mis à m’ignorer, après. Ce n’est pas moi qui avais décidé de lui refuser mon cul, c’est lui qui n’en voulait plus. Je ne lui ai même pas reproché. Alors je ne sais pas pourquoi il est devenu si distant et arrogant. Ce n’était pas indispensable qu’il s’efforce d’être blessant.
Mais j’avais mieux à faire que m’apitoyer sur mon sort dans l’immédiat. Empreintes, aspirateur, douche, … J’ai dû changer de chemisier : du sang avait giclé sur le mien. J’ai cherché dans l’armoire… sa femme devait être très différente de moi vu le style et la taille de ses fringues. Alors j’ai pris un polo qui devait être à lui et fourré mon chemisier dans mon sac. Un dernier coup d’œil avant de filer… Les verres ! On avait bu. Laver les verres. Le mien en tout cas. Autre chose que j’aurais oublié ? Non. Plus rien a priori. Je n’avais plus qu’à rentrer discrètement en espérant ne croiser personne.
***
- Oui allô ?
- Marie ?
- Oui.
- Bonjour, c’est Nathan.
- Nathan ?
- Nathan, oui…
- Et qu’est-ce que tu me veux ?
- Ah… mon appel n’a pas l’air de t’enchanter.
- Il aurait pu m’enchanter il y a deux ans, quand je croyais qu’on était amoureux et que j’attendais que tu me rappelles pour me dire quand tu allais revenir, mais là…
- On ne peut pas oublier le passé ?
- Oublier le passé ? Tu veux savoir comment je l’ai vécu, ce passé ? Tu veux que je te raconte ?
- Allez… je sais, j’ai été nul… Mais j’ai changé.
- Ben voyons !
- Tu sais, ça n’a pas été facile pour moi non plus…
- Ecoute, si tu m’appelles pour m’expliquer comme il a été pénible pour toi de cesser de me donner signe de vie brutalement, sans la moindre raison et aucune explication, autant te dire tout de suite que je n’en ai rien à secouer.
- Mais non, c’est pas ça…
- C’est quoi alors ?
- Ben on était bons amis, quand même…
- On l’était, oui.
- Tu ne penses pas qu’on pourrait le redevenir ?
- Non.
- Non ?
- Non !
- Tu en es…
- Sûre, oui. Maintenant fous-moi la paix s’il te plaît.
Pas croyable ! Nathan.
Deux ans pour que j’ose me laisser approcher de nouveau par un homme après lui, et voilà qu’il se permettait de me parler de notre amitié ! Bon sang… J’étais pourtant de bonne humeur, là, depuis… ben depuis l’autre, là. Machin. Celui qu’avait un peu le sourire de Ludo. Alors pourquoi avait-il fallu que ce petit con de Nathan me fasse l’affront de s’inviter comme ça dans mon nouveau bien-être ?
Nathan. Encore une brillante réussite amoureuse, celui-là, tiens ! Ah ça, pour être ami, on était ami, sûr… plutôt deux fois qu’une ! On passait le plus clair de notre temps ensemble et je crois que je n’ai jamais autant ri qu’avec lui. Une belle amitié, sans ambiguïté. Jusqu’à ce que je découvre qu’elle était on ne peut plus ambiguë, le jour où il m’a dit qu’il était amoureux de moi depuis la première fois qu’il m’avait vue. Passée ma première réaction de surprise, je me suis dit qu’après tout, puisque mes histoires d’amour étaient foireuses, peut-être que la transformation d’une amitié en relation plus intime pourrait donner de meilleurs résultats… Erreur ! Une fois que je me suis vraiment mise à y croire, cet affreux petit connard capricieux a pris la tangente et a tout bonnement cessé de répondre à mes appels et messages divers. Deux ans pour m’en remettre. Ou du moins me donner l’illusion de m’en être remise, parce que vu dans quel état son appel me mettait…
Quel gâchis ! J’allais si bien… Et en quelques minutes à peine je me retrouvais plongée une fois encore dans les affres de mes échecs passés, de mes craintes à venir, de mes blessures mal cicatrisées… Je ne trouverais donc jamais la paix ?
Il me fallait un verre. En sortant, je suis tombée sur l’ex de la voisine. Une copine. Il est plutôt bel homme, mais la loyauté avec les copines interdit de fricoter avec. Je ne sais pas ce qui est pire entre piquer le mec d’une copine ou se taper son ex. Quoi qu’il en soit, on a discuté cinq minutes poliment et de fil en aiguille… Les choses sont allées très vite cette fois. Il était bien comme le disait ma copine. Un putain de coureur. Alors à peine arrivée chez lui j’ai très vite fait ce qu’il semblait naturel et évident de faire.
Même le nettoyage est allé vite : je n’avais pas eu le temps de toucher à grand-chose… Mais je m’en voulais un peu quand même. Bien qu’il n’y ait pas de raison de chercher de mon coté, il y avait néanmoins possibilité de remonter indirectement jusqu’à moi. Erreur. Grossière erreur. A ne jamais, jamais reproduire.
***
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