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courts, noirs et sans sucre

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la vie de personne [5]


Episode précédent


 


 


La maison de ma mère était devenue un genre de cloaque puant et répugnant. Elle, elle dormait vautrée sur une chaise, la tête sur la table dans une flaque d’alcool et de vomi mélangés quand on est arrivé. Parfois vaudrait mieux pas savoir de quel ventre on est sorti. Là, le sien débordait d’un chemisier sale aux boutons défaits, sur une jupe qui avait sans doute été rose avant qu’elle la souille. J’avais d’un coup affreusement honte qu’il voie d’où je venais. J’étais écœurée par l’atmosphère nauséabonde qui régnait ici et je luttais pour ne pas pleurer devant lui. Quelle idée à la con j’avais eue ! Encore une… Mais lui paraissait s’en foutre. Il est retourné à la voiture, est revenu avec un sac et m’a demandé où il pouvait s’installer. Je lui ai indiqué mon ancienne chambre. Qui puait le renfermé et qui n’avait pas dû voir un balai ou un chiffon à poussière depuis des lustres, mais au moins il n’y avait ni excréments, ni vomissures, ni autres réjouissances du genre. Je lui ai promis de rendre l’endroit vivable rapidement. Il a vaguement grommelé une réponse que j’ai pas comprise. J’ai installé ses copains dans la chambre de ma mère. Je ne l’avais jamais vue y aller depuis qu’elle avait commencé à boire. Elle restait entre le salon et la cuisine, au plus près de ses réserves d’alcool. Apparemment elle n’allait même plus jusqu’aux toilettes. Je comprenais pas comment elle pouvait être encore vivante.

J’ai passé des heures à laver comme je pouvais, à aérer et à faire au mieux pour rendre l’endroit supportable. Après j’ai porté ma mère jusqu’à la salle de bain, je l’ai mise dans la baignoire et j’ai ouvert l’eau. Elle a eu un genre de cri à peine humain et m’a regardée de ses yeux vitreux. Je crois qu’elle me remettait pas. Je lui ai dit qui j’étais. Et que j’allais rester quelques temps avec des amis. Elle a rien dit. Elle m’a laissée la laver. J’ai pas trouvé d’habits propres à lui mettre, alors je lui ai mis ce qui traînait de moins sale et j’ai fait la plus grosse lessive de ma vie. Quand j’ai eu fini, elle avait déjà méchamment recommencé à picoler.

 

Pendant les deux premières semaines, il m’a demandé de lui faire visiter le coin, les patelins alentours, histoire de « repérer ». Les deux semaines suivantes ils partaient tous les trois, sans moi, toute la journée. Moi je restais à la maison, à essayer de communiquer avec ma mère et à guetter ses faits et gestes pour limiter les dégâts. J’étais sur le cul de la voir tous les jours partir acheter des clopes et sa bibine à l’épicerie du coin. Je comprenais pas comment elle faisait pour tenir debout, d’une part, et pas avoir honte de se montrer dans c’t’état, d’autre part. Moi j’en étais malade. Ça m’a sevrée d’un coup. La seule odeur de l’alcool me donnait la nausée. C’en était fini de mes abus passés. Une bonne chose.

Lui, il paraissait indifférent à tout ça. Il semblait même ne pas se rendre compte. Tous les soirs il rentrait, m’embrassait, m’emmenait dans la chambre comme s’il y avait une urgence à me faire l’amour, mais rien ne semblait l’atteindre.

Et puis y a eu le jour où il a dit « C’est pour demain poupée ». J’ai pas demandé de quoi il parlait. Ma mère a vaguement marmonné un truc avant de repiquer du nez et les autres se sont marrés en trinquant au lendemain. L’humeur était joyeuse et détendue, je me suis prise à croire en des jours meilleurs, qui commenceraient le lendemain.

Ils sont partis comme tous les jours. Je ne les ai pas vus revenir. A leur place, c’est les flics qu’ont débarqué. Ma mère. Ma propre mère dont j’avais torché la merde et le vomi avait appelé les flics. Elle leur a dit qu’ils étaient partis mais que je savais où ils étaient. Elle a demandé quand est-ce qu’elle aurait la récompense. J’ai immédiatement espéré que ça lui paierait la bouteille de trop qui la ferait crever.

 

Ils m’ont emmenée. Ma mère était pas la seule à avoir bavassé apparemment, d’autres témoins semblaient m’avoir identifiée comme « complice ». Je savais même pas de quoi j’étais supposée être complice. Et de toute façon j’aurais rien dit. Ils voulaient que je balance des contacts, des planques… Mais je l’aimais. Je voulais le retrouver après. Il devait savoir qu’à moi, il pouvait faire confiance, même après un coup. Je n’ai rien dit. Ni sous la menace, ni sous les coups. Je n’ai pas cédé au chantage, pas plus qu’à la peur. J’ai tenu bon. Ils m’ont enfermée trois ans. Trois putains d’années à me frotter à ce qui se fait de pire en matière de criminalité féminine. Trois ans à me battre pour le moindre mégot, le moindre bout de pain, le moindre moment de tranquillité. Trois ans à ne dormir que d’un œil pour pas risquer de me faire dépouiller ou bastonner pendant la nuit. Trois ans d’enfer. Mais dès que j’avais un moment apaisé, une minute à moi, je fermais les yeux et je le voyais, lui, ses yeux dans les miens. Son image m’aidait à tenir.

Au bout de trois ans, j’étais devenue une vraie dure et j’avais un carnet d’adresses impressionnant de voleuses, tueuses, et autres criminelles plus ou moins coupables, mais toutes broyées et ravagées par leur séjour à l’ombre.

Je suis sortie pleine d’espoir, mais il n’était pas là. Je me suis sentie idiote de m’être attendue à le voir devant la porte d’une prison, à m’attendre alors qu’il était recherché. Evidemment qu’il n’était pas venu. C’était à moi de le rejoindre.

Je suis retournée chez ma mère, pour lui cracher à la gueule et voir s’il avait laissé pour moi un message ou un indice pour m’aider à le retrouver.

 

Cette vieille carne était toujours pas crevée. A peu près dans le même état que trois ans plus tôt. J’ai foutu un coup de pied dans sa chaise et elle s’est répandue de tout son long par terre. Pas sûre qu’elle se soit rendu compte de sa chute. Elle a entrouvert les yeux et en me voyant s’est mise à hurler : « Crevure ! salope ! pourquoi tu leur as rien dit ? j’ai pas eu cette putain de récompense à cause de toi, petite garce ! »… Alors je lui ai recollé un coup de pied et j’ai retourné la maison pour voir s’il avait laissé quelque chose. Rien. J’ai demandé à ma mère s’il avait dit où il allait… « Ma pauv’ fille ! Qu’est-ce tu crois ? Il est jamais r’venu ! Il t’a vite oubliée ! ». J’lui ai remis un coup de pied et j’me suis cassée.

 

 

suite et fin.

 

 

 

 

 

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H
C'est glauque, pathétique..et c'est du lourd... du comme j'aime lire..J'adore quand tu me fous des coups de poing dans le ventre, quand tu me remue l'émotion et que tu me secoue avec cette violence quasi intérieure...
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