Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

courts, noirs et sans sucre

Publicité

seconde chance


J’aurais jamais cru que la prison lui ferait ça.

Jamais.

Je le voyais mal tourner, je savais de quoi étaient capables les gens avec qui il fricotait, j’avais peur. Pour lui, pour nous… J’ai tout tenté pour qu’il arrête avant d’avoir commis l’irréparable. Tout. Je n’ai jamais compris pourquoi il mettait ainsi sa vie entière, notre vie entière en péril. Je n’ai jamais su trouver ni les mots ni l’attitude pour le faire changer, le faire revenir, lui redonner le goût de la vie qu’on menait avant qu’il se mette à faire n’importe quoi avec ces… gens. Je n’ai pas su l’aider. Alors j’ai pensé que d’autres que moi pourraient y arriver. Il n’écoutait rien, personne, jamais… alors je l’ai dénoncé.

J’ai agi par amour. C’était un de ces actes insensés que l’amour fou vous fait faire. Je préférais qu’il passe quelques temps loin de moi et loin de la mauvaise pente sur laquelle il était dangereusement engagé plutôt que de le laisser aller trop loin et tout détruire.

La prison sert à ça, non ? On doit bien y apprendre le mal qu’on a fait et comment saisir la seconde chance qu’on a à la sortie ?

Je suis allée le voir aussi souvent que possible. C’était loin, c’était pénible, j’ai perdu mon boulot et j’ai squatté dans des cloaques infâmes pour rester au plus près de lui, pour qu’il sache que j’étais avec lui, pas contre lui.

Sa condamnation de départ était pas trop lourde, mais… je sais pas, il a déconné et ça a duré, duré, duré… j’ai vite vu le bout de mes maigres économies. Je me suis retrouvée sans le sou, loin de chez moi, sans boulot, et le temps que je perdais à quémander mes droits de visite, à attendre, à passer une grille, une deuxième, à me faire fouiller en entrant, en sortant… tout ça me bouffait la vie. En plus, il avait besoin d’un tas de choses, lui…  je me sentais bien obligée de lui apporter ce qu’il me demandait, c’était quand même moi qui l’avait envoyé là. Et puis je l’aimais tellement… je voulais tout faire pour lui faciliter les choses autant que je le pouvais. Mais les cartouches de cigarettes, les cartes de téléphone,… tout ça avait un coût que je ne pouvais plus assumer. Je lui ai dit et il m’a donné le nom d’un type à contacter qui me trouverait du boulot.

Moi, un type dont le nom est « Bulldog », ça me disait rien qui vaille mais j’étais à bout, j’avais besoin d’argent et j’arrivais à rien toute seule.

Alors je l’ai contacté.

J’ai vite compris le genre de boulot qu’il avait à offrir et j’ai refusé tout net, plutôt crever. Sauf que je savais… je pouvais le loger, je pouvais le balancer, alors il m’a harcelée, menacée, intimidée… je tenais bon mais c’est mon homme qui a fini par me faire céder. A ma visite suivante, il m’a demandé d’accepter, pour lui, pour nous, comme lui purgeait sa peine pour moi il me demandait de faire cet… effort.

Alors je l’ai fait.

Et je ne m’en suis pas tirée mieux que la plupart des autres. J’ai cru crever sur ce trottoir qui puait la pisse et la gerbe. J’y passais mes nuits à me faire sauter par des loques entre deux poubelles au fond de l’impasse. Entre le fric que me piquait Bulldog et ce que je dépensais pour fournir le nécessaire à mon homme, j’avais plus les moyens de me payer de quoi tenir.

Cent fois j’ai voulu mourir.

Cent fois j’ai tenu bon.

Pour lui.

Et puis il est sorti. Il ne me l’a même pas dit. Je n’ai pas pu aller le chercher. C’est lui qui m’a trouvée sur ce bout de trottoir.

 

Je ne sens plus rien. J’ai bien conscience du sang sur mon visage et des coups qu’il m’assène encore avec rage, mais je ne sens plus rien. Je vais bientôt mourir. Je vais enfin mourir. Au moment  de rendre mon dernier souffle, je me demande juste si je l’aime encore.

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Me reste un gout amer au fond de la bouche ...
Répondre
P
<br /> le goût su sang, peut-être...<br /> <br /> <br />
H
ouch....j'ai mal au bide. Mais pour la justesse, t'as tout bon !
Répondre
P
<br /> <br /> ah ben non, je voulais pas te faire mal, moi...<br /> merci merci en tout cas!<br /> <br /> <br /> <br />
C
C'est sûrement la meilleure question à se poser à la fin, qu'elle parte en paix. <br /> Bien mené et quelle conclusion !
Répondre
P
<br /> elle aurait peut-être juste dû se la poser un peu plus tôt...<br /> Aaaaah les femmes amoureuses !<br /> <br /> <br />
C
Put... quand je pense que c'est les vacances, qu'y a des gens qui s'dorent la pilule et qui passent à côté de ça... ouais quand je lis ce que je lis chez mes blogueurs préférés, j'me dis que le feu sacré ne craint pas le soleil!! Admiration...
Répondre
P
<br /> ouah l'autre eh ! comme tu y vas !<br /> pfiouuuuu...<br /> <br /> ben merci, hein !<br /> <br /> <br />
M
Outch...(Ce n'est que mon avis mais) C'est peut-être le meilleur texte que j'ai lu de toi. En tous cas il m'a fait beaucoup d'effet. Beaucoup de justesse et de sincérité.
Répondre
P
<br /> Outch... C'est peut-être le meilleur commentaire que j'ai lu de toi... hé hé...<br /> merci beaucoup, ça me fait ben plaisir, dis !<br /> <br /> <br />