courts, noirs et sans sucre
« Moi, chuis clown… Ouaip’ ! Comme j’te l’dis… un clown. Un vrai. Avec nez rouge, grandes chaussures, bonjour les petits enfants et gnin gnin gnin… Un clown, quoi. Un rigolo. Et ça fait trente ans que j’fais ça ! J’te cache pas qu’y m’tarde de raccrocher, hein, mais pour le moment chuis clown…
Gamin, je détestais les clowns… La première fois qu’ma mère m’a emmené au cirque, le clown m’a choisi, moi, dans le public, pour son numéro… j’étais tétanisé. Et à la fin ce con m’a aspergé avec sa saloperie de fleur. Tout le monde s’est marré. J’ai jamais eu autant honte de toute ma vie… A partir de ce jour, j’ai détesté les clowns. A chaque fois que ma mère voulais me remmener au cirque, j’essayais d’me faire punir, pis si j’y arrivais pas, j’me planquais sous mon siège dès qu’apparaissaient ces satanés clowns… c’était l’angoisse à chaque fois. Ma mère a jamais voulu comprendre… et ça m’a jamais lâché. De cauchemars en thérapies, j’ai toujours traîné cette putain d’angoisse…
Eh ! Te marre pas ! J’te jure, c’est pas drôle… ressers-m’en un, plutôt.
Une fois, après une soirée… ben… comme celle-ci, tiens, où j’essayais d’noyer l’angoisse, j’ai eu un accident bizarre… J’ai jamais trop bien compris c’qu’y s’était passé vu qu’j’étais cassé comme un coin, mais au final j’ai tué un clown. J’ai pas été inquiété - apparemment ça devait vraiment bien ressembler à un accident, mais j’ai jamais pu chasser le doute. Au fond de moi, je peux pas m’empêcher d’penser que j’l’ai p’t’êt’ bien tué exprès, ce foutu clown… Alors tu t’doutes que ça a pas arrangé mon problème.
Pis un jour… ben j’ai décidé de dev’nir clown. Un peu comme pour expier, tu vois. Et c’était y a trente ans… Trente ans à me faire chier avec des mômes braillards, à me ridiculiser en public tous les jours et à boire pour essayer de pas y penser toutes les nuits. Trente putains d’années… Et tu sais pas l’pire ? Et ben figure-toi que chuis un putain d’bon clown ! »
Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème : "Le plus beau métier du monde".