courts, noirs et sans sucre
Oh non ! non, non !... pas encore ! C’est pas vrai… Oh quelle horreur ! Mais ça ne s’arrêtera donc jamais ! Mais qu’a-t-elle donc contre ces femmes ? Oh la la… Comment peut-on faire une chose pareille ? Comment y mettre fin ?
J’ai tout essayé… L’enfermement n’a servi à rien. Elle a toujours réussi à s’échapper, évidemment. Les drogues ont eu un effet catastrophique, sa rage n’en a été que plus terrible et elle s’est livrée aux pires horreurs quand j’espérais la contenir. La thérapie a été un fiasco, elle se fermait comme une huître et disparaissait pour ainsi dire dès qu’un médecin approchait. J’ai voulu la dénoncer, en désespoir de cause, mais elle me l’a fait payer très cher… J’ai eu beau essayer d’expliquer, les médecins n’en ont pas démordu : « tentative de suicide ». Du coup c’est moi qui suis une thérapie. Et dès que j’essaie de parler d’elle je la sens menaçante, pressante, mon crâne semble bouillir et prêt à exploser… La dernière fois que j’ai tenté de demander de l’aide, elle a réussi à me faire perdre connaissance. « Malaise vagal » qu’ils ont dit. Mon cul. Cette garce me contrôle complètement. Je suis incapable de la maîtriser. Je ne peux rien faire. Les journaux l’ont surnommée « la bête du sud-ouest parisien »… Je ne sais pas où elle puise la force pour faire ça. Moi j’en serais incapable. Evidemment que j’en serais incapable, je suis pas ce genre de monstre… mais même sans ça, physiquement, je n’aurais pas la force. D’ailleurs les flics cherchent un homme. J’essaie de leur laisser des indices sans qu’elle s’en aperçoive, mais du coup ils s’en aperçoivent pas non plus. Je ne sais plus quoi faire. J’en peux plus. Je devrais la tuer, mais même ça elle arrive à m’en empêcher. Il faut que j’arrive à la prendre par surprise. Demain j’essaierai encore. J’essaierai de me jeter sous le métro.
Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème : "La bête".