courts, noirs et sans sucre
Au début, avec Lucien, on n'était pas complètement mécontent quand le patron nous a comme qui dirait mis sur la touche. Pas qu'on n'aime pas le boulot, faut pas croire, mais c'est vrai que ces derniers temps on n'avait pas bien le vent en poupe et quand y nous a demandé comme ça si ça nous ferait rien de nous faire oublier un peu, on s'est dit que des vacances nous feraient pas de mal.
Le Lucien il a sa vieille Maman qu'a plus sa tête ni ses dents, mais qu'a toujours une jolie bicoque à la campagne, alors on y est allé se mettre au vert un moment. Quand on y a dit au patron où c'est qu'il pourrait nous trouver, il nous a répondu comme ça qu'il espérait que le temps, lui, au moins, on réussirait à le tuer. Les gars se sont marrés comme des baleines, mais avec Lucien on n'en menait pas large parce que sous ses airs de rigolard, le patron il peut se montrer intraitable avec son personnel et faut bien dire ce qui est, nos derniers coups, avec Lucien, on les avait foirés.
Alors on est donc parti chez la mère à Lucien pour se ressourcer, comme qui dirait.
J'ai vite senti que ça allait pas être tout à fait comme on avait prévu. Déjà, toute folle et édentée qu'elle était, la mère à Lucien, elle en était pas moins fermement décidée à nous rendre chaque instant passé dans sa turne parfaitement insupportable. Elle parlait en permanence. Jour et nuit. Comme elle savait pas trop bien qui on était, on lui a fait croire qu'on était des infirmiers de la maison de retraite et qu'on serait obligé de l'emmener si elle se taisait pas, mais ça a pas marché.
Les choses se sont encore corsées quand la nièce à Lucien s'est pointée avec son gnard haut comme trois pommes, mais bruyant comme un car de hooligans après une défaite. On a eu beau lui montrer plein de farces amusantes à faire à la vieille, il préférait nous faire des farces à nous.
Quand on s'est retrouvé nez à nez à la cave, Lucien sur le point de découper le moutard à la scie à métaux et moi en train d'étrangler la vieille avec ses bas de contention, on s'est dit qu'on était prêt à reprendre le boulot. Une semaine déjà que le patron nous avait donné personne à dessouder. On tenait plus. Fallait qu'on rentre.
Ce texte clôture (enfin!) ma semaine sans cadavre (quoi, qui a triché ?), mais peut-être pas les aventures de Lucien et son comparse qui avaient eu une première vie ici ici et une deuxième là.