courts, noirs et sans sucre
Un jour.
Un jour je raconterai une histoire sans cadavre. Du moins sans cadavre qui ne soit mort de mort naturelle à un âge où il est normal, voire préférable de mourir. Une histoire dans laquelle personne ne subira de sévices ou de tortures, morales ou physiques. Il y aura de l'amour sans folie meurtrière, des rêves sans obsession à caractère pathologique, des rencontres impromptues qui ne seront pas assassines. Je raconterai une histoire dans laquelle une femme pourra offrir son coeur sans craindre de se le faire prélever vivante. Une histoire où aucun organe, vital ou non, ne sera prélevé du corps de son propriétaire sans raison médicale valable. Où les caves ne serviront pas de fosse commune à des tueurs sanguinaires. Je raconterai une histoire où l'homme aimera la femme sans voir en elle sa mère tyrannique et sans finir par lui arracher le larynx de ses propres mains pour la faire taire. Où la femme dévorera l'homme qu'elle aime de ses seuls yeux. Où les cages d'escaliers ne dissimuleront pas d'enfants maltraités. Une histoire où les enfants ne joueront ni avec des allumettes, ni avec des couteaux et ne tueront personne, avec ou sans préméditation. Où une promenade en forêt pourra se terminer avec un bouquet de fleurs ou des champignons dans un panier et non une pendaison inopinée à la branche d'un chêne.
Un jour.
Mais comment voulez-vous que j'y arrive, pour le moment, avec tous ces psy, infirmiers, profileurs, journaleux et autres curieux en tout genre, assoiffés de sang, qui n'ont de cesse de me poser des questions sur ce que j'ai fait, et pourquoi, et comment... Au lieu de m'obliger à ressasser toutes ces horreurs, qu'on me foute la paix et je vous l'écris, cette bluette !