Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

courts, noirs et sans sucre

Publicité

Inspecteur F. Oste [2]

Ce texte est la suite de celui-ci : Inspecteur F. Oste



Un an. Un an jour pour jour.

 

Ils s’étaient donc trompés… En arrêtant l’illuminé qu’ils avaient trouvé dans la maison de l’inspecteur Frank Oste, couvert du sang de ses filles et sa femme massacrées et la bouche encore pleine de son effroyable festin, personne n’avait douté qu’ils tenaient bel et bien le tueur aux vingt-sept victimes. Trente avec la famille de Frank. Ils découvraient donc aujourd’hui avec horreur qu’ils s’étaient trompés. Ils avaient pu établir avec certitude que les trente meurtres avaient bien été commis par une seule et même personne, en revanche il est vrai qu’aucune preuve scientifique n’avait pu confirmer que l’allumé qu’ils avaient arrêté chez Oste en était bien l’auteur. Sa présence sur les lieux, le sang qu’il avait ingéré, son profil psychologique et jusqu’à ses aveux, aussi tordus furent-ils, tout concordait. Le seul doute qui subsistait résidait dans l’impossibilité d’établir une concordance parfaite entre sa mâchoire et l’empreinte laissée par les morsures sur les seins des victimes. Mais pour autant elle ne le disculpait pas… Dans leur hâte d’en finir sans doute, ils s’étaient tous convaincus sans mal qu’ils tenaient bel et bien leur tueur.

 

Frank n’attendit pas que le commissaire lui fasse ses recommandations d’usage, « N’en fais pas une affaire personnelle, Frank »… C’était une affaire personnelle. Tout le monde ici le savait. Un an. Un an jour pour jour. Il avait déjà quitté la salle de réunion pour appeler l’hôpital où était interné leur mauvais coupable, qui connaissait forcément le bon. Il revint très vite :

 

«  Il est mort. Ce matin.

-      Lise, Frank, vous reprenez l’enquête. Les autres, ressortez tous les dossiers de l’affaire. Priorité absolue. Pas un mot à la presse.

-      Que personne ne parle de cette histoire de seins ! C’est notre seule chance d’éviter les imitateurs.

-      Frank…

-      Ouais, ouais, t’en fais pas…

-      Sûr ?

-      Sûr. Lise y veillera, hein, partenaire ?

-      Pas de problème. »

 

Frank n’était pas moins bon bourré que sobre, mais ça mangeait pas de pain de rassurer le patron.

 

Il filèrent directement, Lise et lui, à l’hôpital où leur seul témoin potentiel avait été tué, histoire de pas laisser saloper les indices qui pourraient leur donner une première piste. C’était le problème avec les hôpitaux. Autant en prison les matons commençaient à savoir soigner les scènes de crime, autant à l’hosto c’était chaque fois le même topo : infirmiers, médecins, agents de sécurité, parfois même des malades… ça grouillait de gens qu’avaient rien à faire là et qui vous foutaient un merdier épouvantable dans les indices.

 

Bon. Là, pour le coup, les indices étaient intacts. A part une flaque de vomi identifiée comme ayant été déposée par l’infirmier qui avait découvert le corps à l’entrée de la chambre, rien n’avait été dérangé. Et pour cause : personne n’avait osé approcher de l’endroit. Il n’y avait aucun doute que le type était clamsé, les médecins ne s’étaient donc pas sentis obligés d’essayer de le sauver, et la curiosité morbide s’arrête souvent là où commence l’horreur. Il fallut un moment à Frank pour comprendre. Tout ce sang. Et l’odeur du sang, métallique, âcre, tenace. Le corps était allongé sur le lit, comme endormi, mais quelque chose clochait.

 

Quand il comprit Frank faillit vomir à son tour. Le buste n’était pas dans le bon sens. A moins que ce ne soit le reste… Frank dut s’approcher. Il n’en croyait pas ses yeux. Au bruit de dégoût que fit Lise il comprit qu’elle venait elle aussi de percevoir l’horreur de la scène. Le corps était découpé. La tête était posée sur l’oreiller, séparée des épaules par une coupure nette. Le buste était retourné. Les bras en revanche semblaient être du bon coté. Par rapport à la tête du moins. Les dix doigts avaient été sectionnés et reposés apparemment au hasard. Le bassin était tourné de telle façon qu’il n’allait ni avec la tête, ni avec… quoi que ce soit. Les jambes avaient été découpées en trois tronçons chacune. Un des pieds n’avait pas été désolidarisé de la jambe. Par manque de temps ?

 

Manque de temps ? Ce taré avait soigneusement disposé les membres qu’il avait proprement découpés pour leur livrer un cadavre abominable et leur donner une idée de ce dont il était capable. Non, il n’avait pas manqué de temps. Certainement pas. Il avait même pris une année entière pour le préparer, ce massacre-là. Et sans doute avait-il bénéficié d’une complicité à l’intérieur. L’endroit était quand même sérieusement surveillé et il aurait fallu un paquet de négligences très improbables pour laisser à ce point le champ libre à un tueur agissant seul. L’ensemble du personnel allait devoir passer un sale moment. Pas marrant mais impossible d’y couper, ils seraient tous considérés comme suspects jusqu’à preuve du contraire. La présomption d’innocence c’est bon pour les tribunaux, par pour la traque d’un meurtrier en série sanguinaire et arrogant.

 

Les équipes chargées de mener les interrogatoires allaient arriver. Les gars du labo étaient déjà là. Frank et Lise avaient récupéré les bandes de surveillance vidéo et allaient les confier à des collègues pour le fastidieux visionnage. Il leur fallait une piste. De toute urgence. Ce détraqué s’était terré un an mais il avait soigné son retour. En moins de vingt-quatre heures il avait massacré une famille entière et démembré un malade sous haute surveillance. Frank et Lise se rendirent sur la scène de crime où la famille avait été assassinée pour essentiellement confirmer ce qu’ils savaient déjà : c’était bien leur homme qui reprenait du service. Ils laissèrent les équipes de la police scientifique finir de recueillir tout ce qui pourrait éventuellement se révéler être un indice et regagnèrent le bureau, où le commissaire les attendait. Il leur fit signe de le suivre d’un air mystérieux, angoisse et gêne mêlées, pas son genre habituellement. Il les fit entrer dans son bureau. Le divisionnaire était là aussi. Pas bon signe, ça. C’est Lise qui rompit le silence gêné et gênant qui régnait en demandant ce qui se passait. Le commissaire poussa vers eux un paquet posé sur son bureau. Il y avait écrit dessus le nom de Frank. Il prit un mouchoir pour l’ouvrir sans risquer d’y laisser ses empreintes. A l’intérieur, sur une photo prise un soir de Noël où on voyait Isabelle et les filles rire aux éclats, écrit en lettres de sang : « Joyeux anniversaire Frank ».

 

Finalement, Frank n’honora pas la mémoire de sa famille sobrement. Il but ce soir-là jusqu’à en perdre connaissance sous le porche d’un immeuble qui n’était pas le sien. Il savait que Lise le retrouverait, où qu’il soit. Il savait qu’elle l’aiderait à se rendre présentable. Il savait qu’elle ne dirait rien, ni à lui ni à qui que ce soit d’autre. Il savait qu’à compter du lendemain matin, il reprendrait du service à temps plein et n’aurait de répit que quand l’immonde détraqué qui l’avait choisi pour cible serait enfermé sans espoir de jamais revoir la lumière du jour. A moins qu’il ne lui donne une occasion de le tuer avant.

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
S
Mais c'est que c'est de mieux en mieux ! A mi-chemin entre Dexter et Se7en : j'adore!!!
Répondre
P
<br /> <br /> Ouèèèèè!!! Un gentil commentaire de Sacha N. !!! Ah ben ça alors ça m'fait plaisir...<br /> Merci gamin ! <br /> <br /> <br /> <br />
C
Blurp...<br /> <br /> C'est quand la suite ?
Répondre
P
<br /> <br /> Ouh la... si suite il y a ;o)<br /> <br /> <br /> <br />
T
"Joyeux anniversaire, Franck"<br /> <br /> ... wwOOoké, je sors.
Répondre
F
<br /> <br /> Ah ben nan, tiens, pendant qu't'es là, vais m'défouler un peu, reste...<br /> <br /> <br /> <br />