courts, noirs et sans sucre
L'épisode précédent, c'est ici, et la première partie, c'est là.
Elle
Les inquiétudes du maire semblaient justifiées. Les gens étaient déjà quasiment en train d’organiser une battue pour retrouver Justin. Et quoi ? Le pendre ? Le lapider ? Je trouvais ça flippant. C’est sûr que je n’avais pas trop l’habitude de la campagne et encore moins de la campagne profonde secouée par un événement de ce type, mais j’étais horrifiée par ce que je voyais et entendais. Je suis vite retournée auprès de la mère du gamin pour lui demander si elle avait une idée d’où il pouvait se trouver. Elle s’est d’abord montrée méfiante et réticente à « donner » son môme, mais quand un type est passé devant sa maison avec une fourche en gueulant qu’il ne pourrait pas leur échapper, sa détermination à protéger son fils contre moi a faibli. Je lui ai assuré que je voulais surtout le mettre à l’abri des autres et elle s’est résolue à me conduire près de lui.
La pauvre femme… Toute une vie dans un bled au milieu de voisins qui ont vu naître son fils et voilà qu’elle finissait par devoir faire confiance à une inconnue susceptible de coffrer son gosse à vie. Elle paraissait totalement perdue. On le serait à moins. Elle m’a emmenée vers une grange en m’expliquant que son gamin y jouait souvent avec la petite et qu’il aimait bien y venir même tout seul. Il y était effectivement.
Je m’attendais à un gosse, c’était en fait un grand gaillard qui affichait bien vingt-cinq ans. En voyant sa mère il s’est jeté dans ses bras en sanglotant. Pas une trace de sang sur lui, pas de griffures sur les mains ou les joues. Ma certitude se confirmait : il n’était pour rien dans la mort de la môme.
Sa mère l’a consolé en lui filant un bonbon et lui a expliqué que j’étais de la police et qu’il fallait qu’il vienne avec moi. Il a paru inquiet et un peu déconcerté, mais d’évidence il ferait n’importe quoi que sa mère lui dirait. Je suis allée chercher la voiture pour pouvoir sortir Justin discrètement et j’ai appelé le maire, qui m’a proposé de le cacher dans son bureau à la mairie en attendant que ça se calme. J’avais l’impression d’être dans un film. Ou un cauchemar. Planquer un innocent au sens le plus large du terme pour lui éviter de finir lynché par une foule en colère armée de pioches, de pelles, de n’importe quoi… c’était complètement surréaliste.
Eux
- Qu’est-ce qu’elle fout la parisienne ?
- Et où qu’elle est la mère à Martin ? Faudrait voir à pas la laisser l’planquer, son rej’ton !
- On a r’tourné toute la maison, personne !
- Quelqu’un a d’mandé à m’sieur l’curé si l’Martin s’était planqué chez lui ?
- On a fouillé l’église, l’y était pas non plus !
Lui
Pourquoi elle veut qu’j’aille à la police môman ? Elle m’a donné un bonbon alors elle doit pas être fâchée mais la police c’est une punition, non ? Pourquoi j’ai une punition ? La dame j’la connais pas et puis pourquoi faut qu’j’aille me cacher ailleurs alors que j’suis très bien caché ici ? Pourquoi môman elle a dit où qu’elle est ma cachette à la dame de la police ? Et pourquoi y crient encore, les gens ? Et où qu’elle est Lili ? Ouah ! J’ai jamais vu une voiture aussi belle ! Et j’vais monter d’dans ! Quand j’vais raconter ça à Lili, elle os’ra pu dire que j’peux pas être le prince !
A suivre…