courts, noirs et sans sucre
Je ne sais plus à quel moment je me suis imposé ce rythme délirant. Je ne suis même pas sûre qu’il y ait eu un moment précis ; ça s’est comme imposé naturellement. Il y a eu les débuts un peu hésitants, l’enthousiasme des premiers retours encourageants, l’euphorie de l’inspiration débordante d’avoir été si peu sollicitée auparavant et puis… et puis… quoi ? Les affres de la création ? Mon cul ! Je ne suis pas assez prétentieuse pour m’attribuer ce genre de névrose et, pour tout dire, j’en ai bien assez par ailleurs pour ne pas m’encombrer de clichés d’artiste torturé, vu qu’en plus je ne suis ni artiste, ni torturée.
Non, simplement, ce qui devait arriver est arrivé et je n’ai plus réussi à trouver une idée par jour à exploiter. Du coup ce qui n’était qu’un loisir amusant a tourné à l’obsession. Il fallait que j’écrive un truc par jour. N’importe quoi, mais un par jour.
Ça n’arrondissait même pas mes fins de mois. La seule chose que ça arrondissait, c’était les cernes noirs sous mes yeux. Et mes formes déjà généreuses, aussi. Parce que pour tenir la moitié de la nuit en me triturant les méninges pour essayer d’en sortir… un truc, j’avais besoin de toute l’énergie et la stimulation que procurent le chocolat et la glace « caramel-speculos ». Et les oursons guimauve. Et… bref.
Ma vue a décliné de tant de temps passé devant mon écran. Mes yeux sont rouges. Mes amis ne sont maintenant plus que des pseudos et des avatars dont je ne sais même pas s’ils existent pour de vrai. Mes sorties se réduisent à des quêtes d’idées exploitables pour alimenter mon blog. Au début je me contentais de me balader et d’observer. Mais il ne se passait pas tous les jours quelque chose d’intéressant, alors j’ai commencé à fréquenter des endroits… inédits. Pour moi. Boîtes de nuit branchouilles, bars gays, relais routiers, soupe populaire, salons de thé, kop de Boulogne, sex-shops… J’y ai trouvé quelques idées marrantes, ça m’a permis de publier encore quelques articles, mais cette source s’est tarie également. Du coup, je me suis mise à vivre des expériences nouvelles et extrêmes. J’ai pris diverses drogues, j’ai joué dans un clip des jeunes UMP (dans cet ordre, oui : sans la drogue, je me serais rendu compte que c’était pas des jeunes), j’ai fait du sexe avec des inconnus, j’ai écouté un disque de Céline Dion, j’ai provoqué une rixe entre juifs sépharades et pompistes périgourdins, j’ai mangé des huîtres et tué un chat (ou le contraire), j’ai couché pour réussir (ou le contr… ah non), j’ai caché un clandestin dans ma cave, j’ai pris le métro nue à une heure de pointe, j’ai sucé un pr… bref. Tout ça m’a beaucoup appris sur moi, m’a beaucoup fatiguée aussi, mais n’a finalement qu’assez peu servi mon écriture.
Alors ce soir, je vous le dis tout net : demain, c’est relâche.