courts, noirs et sans sucre
L’endroit était encore plus glauque que j’avais imaginé. Ça puait la charogne, je voyais que dalle et j’avais l’impression de marcher sur une épaisse couche de merde. J’avais dû faire taire la gosse. Ses cris et ses pleurnicheries, en plus du bruit du périph’ que les murs étouffaient à peine, ça m’empêchait d’entendre si y avait quelqu’un. J’étais tendue comme un string et j’avais peur de faire une attaque si mon contact arrivait à me foutre la trouille.
La môme gémissait et je l’entendais encore, malgré le bâillon que j’avais improvisé avec son gilet. Elle tremblait. De peur ou de froid, j’en savais rien et je m’en foutais. Moi aussi j’étais fébrile et je voulais plus l’entendre geindre dans mon dos, ça me collait des sueurs froides.
Je me suis retournée pour lui coller une baffe et c’est là que je l’ai vu. Il avait bien la gueule du salopard que j’imaginais. Il regardait que la môme et, même moi, ce regard me glaçait. Machinalement, j’ai attrapé la main de la petite et je l’ai fait reculer derrière moi. Je le sentais plus si bien, le plan. En plus, la gamine s’était tue et, bizarrement, c’était plus stressant que ses gémissements. Je commençais à regretter un peu de m’être embarquée là-dedans et je reculais légèrement, presque sans m’en rendre compte, pour m’éloigner du type. C’est à ce moment-là qu’il a sorti la dope. J’ai été prise illico d’une crise de tremblements. Je me suis rappelé à quel point j’étais en manque. Et puis il a sorti le fric.
J’ai pas regardé la môme quand je l’ai poussée vers lui. Il m’a jeté le sac de poudre et les biftons, j’ai ramassé le tout et je me suis cassée. J’ai foncé dehors, je me suis planquée sous le pont du périph’ et je me suis fait un shoot. D’un coup j’ai oublié le regard de la gosse et les paluches grasses du vicelard. J’ai compté le fric et y avait tout.
J’allais lui payer, son loyer, à l’autre salope. J’espère que ça la consolerait de pas avoir été foutue de la surveiller correctement, sa gosse.