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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 23:10

 

La dinde était froide, mais le lapin était chaud. Il userait de tous ses charmes pour briser la glace avec cette godiche. Il ne serait pas dit qu’il ne se la farcirait pas avant Noël.

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires : « La dinde était froide ».

 

 

 

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 23:01

 

Je suis transparente.

Je suis l’anti-femme fatale, drapée de mystères et auréolée de ces promesses qui hantent les fantasmes des hommes.

Je suis l’anti-fantasme.

On me perce à jour généralement d’un seul regard. D’une part parce que je ne cache rien, d’autre part parce que je suis de ces femmes qui préfèrent être claires sur la marchandise dès le départ. Tout ce que je suis est visible par tous sans réserve. Et ce qu’on peut penser de moi au premier abord est toujours confirmé au second : je suis cette femme sans surprise qu’on imagine en me voyant. J’ai exactement l’air de ce que je suis. Et je suis exactement ce dont j’ai l’air. Je n’inspire ni curiosité, ni attirance trouble, ni passion, ni… rien.

On m’aime plutôt bien, en général, parce que je suis comme la cafetière ou la barre du métro : je suis toujours exactement là où je dois être au moment où je dois y être. Si je peux servir, tant mieux. Dans le cas contraire, personne ne s’en offusque.

C’est pas tant qu’on peut compter sur moi ou me faire confiance, c’est juste qu’on peut être sûr que je ne ferai preuve d’aucun esprit d’initiative incongru qui me porterait à m’éloigner de mes habitudes. Le paradoxe étant que si je ne suis pas où on m’attend, personne ne s’en rend vraiment compte. Comme un tableau qu’on a enlevé du mur, mais qui n’a pas laissé de trace.

Je suis comme ça. Neutre. La fille dont on n’a rien à dire. Rien à redire non plus, d’ailleurs. C’est le bon côté.

Au bureau je suis l’employée interchangeable. Celle à qui on demande si le week-end a été bon quand je rentre de trois semaines de vacances. Aux mariages, je suis l’invitée qui complète la table des entre-deux-âges et des célibataires qu’on ne cherche pas à caser. Au sport, je ne suis pas derrière le poteau, je suis celle que cache celle qui est derrière le poteau. Dans la queue, je suis celle dont on saute le numéro.

Je ne suis pas l’invisible, je suis l’insipide.

Evidemment, ça présente bien des avantages… J’ai passé mon enfance à voir les punitions pleuvoir sur mes frère et sœur sans jamais être éclaboussée moi-même. Pas un enseignant n’a eu l’idée de m’interroger en classe. Aucune DRH n’a jamais pensé à m’inclure dans un plan social.

Mais trente-cinq ans d’indifférence ont eu raison de mon flegme et de mon optimisme et je voudrais enfin devenir celle qu’on remarque, alors désormais, la nuit, je mens. Je m’invente des personnages, des histoires, des looks, des envies, des goûts et, soir après soir, je joue de nouveaux rôles dans l’espoir de trouver un jour celui qui fera de moi une femme qu’on voit.

J’ai d’abord essayé simplement de traîner dans les bars et de m’y montrer toute autre que celle que je suis, mais même les serveurs ne prenaient pas mes commandes. Je me suis inscrite sur des sites de rencontres, mais aucun de mes rancards n’est venu. A moins qu’ils ne m’aient pas vue, ou… Je ne sais pas. Alors je me suis fait embaucher comme serveuse, mais personne ne me passait commande et j’ai été virée. J’ai essayé bunny dans une boîte branchée, mais j’avais la seule paire de fesses que personne ne pelotait. J’ai fait danseuse topless, entraîneuse dans un bar à putes, callgirl, mais jamais aucun client n’a seulement retenu mon nom. Les plus polis faisaient des tentatives au hasard – Sandy ou Roxy, ça marche souvent – mais aucun n’a retrouvé le bon… et ils ne sont que deux à avoir essayé. Et en plus ils cherchaient une fille à qui je ressemble.

J’ai fini par essayer complètement autre chose. J’ai conduit un taxi, livré des pizzas, déchargé des camions à Rungis, assuré la permanence téléphonique nocturne de SOS Amitié, surveillé un parking, mais toujours sans résultat.

Pire : il commence à m’arriver de m’oublier moi-même. Comme si ces mensonges et ces simagrées avaient eu raison du peu de personnalité qui était mienne.

Je n’étais qu’une ombre, je me suis fondue dans la nuit.

Je voudrais bien en finir, mais j’ai peur qu’ils ne pensent même pas à arrêter le métro si je me jette dessous.

 

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires : « La nuit je mens ».

 

 

 

 

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 22:34

 

Variation (de bon goût) autour du thème des Impromptus littéraires : le secret.

 


 

 

-          Ne me le dis pas !

-          Ben à qui veux-tu que je le dise, sinon ?

-          A qui tu veux, mais pas à moi !

-          Mais enfin, t’es mon amie !

-          Je vois pas le rapport.

-          Je pensais que ça t’intéressait…

-          Ah mais ça m’intéresse !

-          Et ben alors ! Laisse-moi te le dire !

-          NON !

-          Mais pourquoi ?

-          Parce que je le répèterai.

-          Pfff ! N’importe quoi !

-          Non, tu peux me croire…

-          Enfin, tu sais bien le mal que ça me ferait !

-          Oui.

-          Alors pourquoi tu le répèterais ? T’es pas méchante…

-          Non, je suis sotte.

-          Hein ?

-          Tout le monde le dit : j’ai pas de cervelle.

-          Je suis pas tout le monde… et puis il est pas question de cervelle, mais de confiance !

-          Oui, ben fais-moi confiance : si tu me le dis, je le répèterai.

-          Mais c’est nul !

-          Oui. Mais je le ferai même pas exprès ! C’est plus fort que moi… il suffit que je sache que je dois pas dire un truc pour n’avoir plus que ça à la bouche.

-          Même pas vrai ! Tu sais que je suis ici et tu l’as dit à personne !

-          Mais c’est pas un secret !

-          Ben évidemment que si !

-          Sans déconner ?

-          Bien sûr !

-          Ah non, mais merde, Anne, pourquoi tu me l’as dit ?

 

Conversation entre Anne Frank et une amie – extrait – juillet 1944

 

 

 

 

 

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 22:59

 

Celui-là, elle l’avait pas vraiment voulu. Mais l’autre ivrogne avait essayé de la foutre dehors parce qu’elle avait grossi, alors elle avait finalement gardé le gosse et menacé d’exiger une pension. Il s’était contenté de lui faire la gueule comme un steak haché en cognant dessus, mais n’avait plus parlé de la virer. La rouste n’avait pas décroché le gnard et elle était allée au bout de la grossesse, en vomissant trippes et boyaux quasiment à chaque cuite.

Le jour de la naissance, elle s’était laissé surprendre. Vu qu’elle en avait déjà pondu quatre, elle avait cru qu’elle se rendrait bien compte, mais faut croire qu’elle avait oublié parce qu’il avait déjà presque la tête dehors quand elle avait compris qu’il arrivait. Elle avait à peine eu le temps de descendre au local à poubelles qu’il était déjà là. Manque de pot, son alcoolo était rentré alors que le chiard hurlait encore et il avait pas voulu le laisser à la benne, à cause du grand qu’allait bientôt leur faire perdre la carte famille nombreuse.

Résultat, elle s’était retrouvée avec encore un marmot pendu à ses seins, mais depuis qu’elle s’était endormie pendant qu’il lui bouffait le téton et que  sa cigarette lui avait brûlé la joue, il hurlait sans cesse. De faim le plus souvent. De trouille quand elle voulait lui redonner le sein. Alors quitte à l’entendre brailler, elle avait décidé de préserver ses nibards. Mais les cris étaient insupportables. Elle picolait pour tenir, mais le vacarme sur la gueule de bois la rendait folle et elle se demandait combien de temps ça prendrait avant qu’il meure de faim.

Sûrement trop, avec un mal de crâne pareil.

Elle pourrait l’étouffer et faire passer ça pour un accident. Ou ne rien dire et se garder les allocs.

L’autre soûlard y verrait rien. Depuis qu’il l’avait recollée en cloque, il voulait plus la sauter, alors il rentrait même plus se décharger et ne faisait que des passages tellement rapides qu’elle était obligée de vérifier si elle avait un nouveau cocard pour être sûre qu’il était bien passé. Et encore : tout juste s’il la cognait encore. Quant aux autres… y avait belle lurette qu’y avait plus personne d’autre dans sa vie, alors le temps que quelqu’un s’inquiète de ce gosse, il lui aurait peut-être rapporté assez d’argent pour qu’elle puisse quitter ce bouge. Et son soiffard de mari.

Un tout petit corps comme ça serait pas dur à cacher et ferait pas un secret très lourd à porter. Ça pourrait marcher.

Après tout, personne n’avait jamais rien su, pour le précédent.

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème du secret.

 

 

 

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 14:00

 

Les mains disent beaucoup de choses sur un homme. Bien avant qu’il me touche je savais que la caresse serait douce. Les ongles fraîchement manucurés disaient le poids du portefeuille.  Les doigts longs et fins promettaient sur mon corps un pianotage délicieux.

 

Mais il y a tant de choses que les mains ne disent pas. Si elles m’avaient dit à quelle vitesse elles pouvaient m’attacher pieds et poings au radiateur et avec quelle force elles pouvaient serrer mon cou, c’est sûr que je ne l’aurais pas fait monter, ce client-là.

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème des mains avec l’incipit : « Les mains disent beaucoup de choses sur un homme ».

 

 

 

 

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 01:23

 

Le battement régulier des femmes qui pilent le mil, suivi de près par les cris des enfants qui voient venir le toubab et enfin les salutations des vieillards sous l’arbre à palabres. C’est le son du voyage.

Mais les enfants tardent à venir. Le village semble désert. Seul un vieil homme aux yeux tristes détourne le regard quand il me voit arriver et s’en va quand je fais mine de m’approcher. Je suis le bruit du pilon, mais la femme qui l’abat rageusement ne pile pas du tout du mil. Le temps que je comprenne que ce qui gicle du mortier dans lequel craquent des os et d’où dépasse un petit bras est du sang, il est trop tard.

La machette qu’elle m’a lancée m’a déjà déchiré les entrailles.

 

 

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème du voyage.

 

 

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 21:34

 

J’habite ma ville autant que ma ville m’habite et ce sont mille lieux fantastiques que je voudrais vous en faire découvrir… La Seine et ses algériens noyés, le Louvre et ses protestants massacrés, l’ancienne place de grève et ses guillotinés, la rue Montmartre et son leader socialiste assassiné, le Père Lachaise et ses communards fusillés, le pont de l’Alma et sa princesse encastrée, le métro Charonne et ses manifestants étouffés ou encore, dans un registre un peu différent, mais irrésistible pour les âmes romantiques comme la mienne, les catacombes, ossuaire magnifique autant que mystérieux…

Ces richesses du passé me font entrevoir toutes les promesses du présent et je ne peux admirer Notre-Dame sans imaginer un bedeau pendu, la nuque brisée, à la corde du Bourdon. Je ne peux traverser la place de la Bastille sans penser à une horde de concertistes mettant à sac l’opéra à coups de violoncelle et de tuba. La tour Saint-Jacques me fait rêver d’un grand suicide collectif et d’un amas humain à un compost tel. Le palais de l’Elysée me donne des envies de lancer de nains. A Pigalle, je devine l’itinéraire sanglant d’un tueur nostalgique. Place de la Concorde, l’obélisque est une invitation au supplice du pal géant. Je vous laisse imaginer ce que m’inspire la grande roue du jardin des Tuileries et à Filles du calvaire, tout est dit.

J’habite la plus belle ville du monde et je m’en réjouis chaque jour… Néanmoins, parmi toutes les merveilles qu’elle recèle, le lieu que je préfère reste encore ma cave.

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème : « Faites-nous découvrir un lieu réel ou imaginaire que vous aimez particulièrement, si possible dans la région où vous vivez ».

 

 

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 22:52

 

J’ai toujours détesté le jazz. Le tchic-tchi-boum des balayettes sur les tambours me fait l’effet d’une craie crissant sur le tableau noir. Et ce qui me fait plus encore détester le jazz, c’est la façon dont ceux qui aiment te prennent de haut en t’expliquant que si t’aimes pas, c’est que tu connais pas… comme les aficionados du manger-bio qui t’expliquent que si t’aimes pas la courgette, c’est que t’en as jamais mangé une bonne. Moi je serais tentée de dire que si j’ai jamais réussi à bouffer une seule putain de bonne courgette de toute ma vie, ça m’autorise quand même à ne pas aimer ça, mais passons. Il existe néanmoins une grande différence entre le jazz et la courgette : noyée dans un plat de nouilles ou gratinée avec des kilos de bon fromage, la courgette, ça passe, tandis que le jazz, non.

Alors j’aurais dû décliner cette invitation, mais il est des yeux et des sourires auxquels je ne sais rien refuser. Je suis donc allée pour la première fois de ma vie dans une boîte de jazz, pleine d’espoirs de me faire sauter et de réticences à infliger pareil traitement à mes oreilles. A peine entrée, le tchic-tchi-boum caractéristique m’a fait grincer des dents et j’ai failli faire demi-tour sur le champ, mais j’ai pensé aux beaux yeux de mon rancard et j’ai tenu bon. Mon irritation auditive avait rapidement fait son effet sur tout mon organisme : j’avais le souffle court et les battements de mon cœur s’étaient sensiblement accélérés. Il avait intérêt à être un sacré bon coup.

J’ai plissé les yeux pour tenter de le retrouver malgré la pénombre et la fumée – qui irait imaginer une boîte de jazz sans fumée ? Le tabac y est proscrit comme ailleurs, mais ils mettent de la fumée quand même – et j’essayais de m’accoutumer tant bien que mal à l’environnement sonore, quand un type s’est mis à taper de façon apparemment totalement aléatoire et incongrue sur un clavier. Pas un de mes muscles n’a résisté à cette nouvelle agression et je me suis tendue comme un string de la tête aux pieds, sans compter que mes nerfs étaient toujours tiraillés par le putain de tchic-tchi-boum de la batterie. Je sentais que j’allais devoir renoncer et je commençais à me dire que la courgette présentait un autre avantage sur le jazz en cas de plan cul foireux, quand mon regard a été attiré par le type au tchic-tchi-boum. J’ai eu du mal à faire le point, alors je me suis approchée un peu et il n’y avait aucun doute : mon rancard était batteur. Bien ma veine.

J’allais tourner les talons sans regret quand il m’a vue et m’a fait un de ces grands sourires auxquels je ne sais pas dire non. Alors je me suis bouché les oreilles avec des kleenex et j’ai attendu stoïquement qu’ils en finissent. J’ai pas mal picolé aussi, parce que les kleenex, ça vaut pas les boules Quies, et fallait bien tenir quand même.

Du coup, j’étais passablement éméchée quand il est venu me rejoindre avec ses potes à la fin de leur… numéro, au point que j’ai pas pensé à enlever mes kleenex. On a (encore) bu un coup et je commençais à me détendre, quand le type qui tapait sur son piano a proposé de faire un bœuf. J’étais pas sûre d’avoir bien entendu avec mes bouchons, je voyais pas trop de quoi il s’agissait et j’ai cru qu’il proposait une partouze. J’hésitais un peu et ils ont pris mon silence pour un accord. Ils sont retournés à leurs instruments et quand j’ai compris leur intention, j’ai bondi sur la scène, attrapé les baguettes de mon batteur et crevé ses jolis yeux.

Je déteste le jazz.

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires : « un bar de jazz ».

 

 

 

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 23:20

 

Si je ne rentrais pas dans le lard de ce type, pour voir ? Après tout, son compliment était peut-être sincère, qui sait ? Je ne suis plus tout à fait de première fraîcheur, mais ce n’est pas un gamin non plus et je lui plais peut-être vraiment. Si ça se trouve… Il n’est pas canon canon, mais c’est pas un thon non plus et bon, soyons honnêtes, à mon âge, hein, il n’est peut-être plus temps de faire tellement la difficile, mais… oui, bon : vu où se trouve déjà ma main, là… soit je passe pour une grosse chaudasse et après, faut assumer, soit… oui, bon, allez : pas de raison qu’il soit si différent des autres, hein, autant aller au bout et lui broyer les noix pour lui passer le goût de la flagornerie.

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires, avec pour consigne de commencer par « Si je ne rentrais pas ».

 

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 22:12

 

Le corps de l’écrivain avait été retrouvé dans la position exacte où il se trouvait la majeure partie du temps : assis dans son fauteuil de bureau. C’est son bras, pendant mollement le long de son corps, qui a incité sa femme de ménage à entrer. Elle le pensait endormi et le découvrit mort, un trou sanguinolent à la tempe, la pâleur de son teint ne laissant que peu de doutes quant à son état. Celui qui était unanimement reconnu par la critique, par ses pairs, mais aussi et surtout par le public comme le plus grand romancier de tous les temps s’était donné la mort en pleine gloire.

Rapidement informée, la presse ne manqua pas de se perdre en conjectures, mais comment expliquer ce geste ? Certes le succès peut monter à la tête, mais l’écrivain était un homme raisonnable et posé, quadragénaire épanoui, marié et heureux en ménage, riche, mais dans les limites du raisonnable – il ne vendait jamais que des livres, ce n’était pas une rock star – et surtout, la veille encore il exposait à son agent sa nouvelle idée et préparait, avant de se remettre au travail, un voyage avec son épouse.

Non, vraiment, personne n’arrivait à comprendre comment celui que l’on nommait « Le Maître du Noir » et qui savait faire frémir et blêmir avec élégance et un talent inimitable avait pu en arriver là. Il fallut attendre que le corps soit enfin déplacé pour en avoir l’explication. Sous sa main qui tenait encore le pistolet se trouvait, taché de sang, un journal sur lequel il avait noté : « il ne me reste rien à imaginer ». Entouré, souligné et marqué de trois gros points d’exclamation, ce titre : « Une femme mise en examen pour huit infanticides. »

 

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème : « Le corps de l’écrivain ».

 

 

 

 

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