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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 22:52

 

J’ai la main sur la poignée de la porte. C’est indiscutable, je la vois de mes propres yeux, même si ma vue semble se troubler sous l’effet d’une étrange torpeur… J’étais pleine d’une énergie presque sauvage il n’y a pas trois minutes, mais je me sens maintenant comme éteinte. Absente. Mon regard reste fixé sur ma main, mais semble n’envoyer aucune information à mon cerveau.

J’ai la main sur la poignée de la porte. L’issue est là. Mon salut. Derrière cette porte. J’ai couru comme si je ne touchais plus terre pour l’atteindre, dans un effort qui m’a semblé inhumain à moi-même. Une force que je ne me connaissais pas m’a permis d’en dégager l’accès, qu’obstruait je ne sais quel meuble. J’entendais son pas derrière moi. Son souffle rauque qui se rapprochait. Sa présence menaçante dans mon dos.

J’ai la main sur la poignée de la porte.

Il m’a manqué un rien. Une seconde. Un souffle. Rien… J’ai la main sur la poignée de la porte et je commence à vraiment comprendre ce que je vois.

Il a fondu sur moi dans un éclair. Un reflet sur la lame. J’ai la main sur la poignée de la porte, mais le reste de mon corps est cloué au sol, inerte. Quand je réalise enfin que la distance entre ma main et mon bras n’est pas normale, l’image de cette poignée, agrémentée d’un si macabre ornement, m’arrache un sourire incongru et je meurs, presque heureuse.

 

 

 

 

 

Ecrit pour Les Impromptus littéraires : incipit « J’ai la main sur la poignée de la porte »

 

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 09:23

 

J’en pouvais plus de ce paysage à la con. Du bleu à perte de vue, que tu sais plus trop à la fin où finit la mer et où commence le ciel, pas un nuage pour t’aider à y voir plus clair, un cagnard à pas foutre un vieux dehors et moi, j’étais là comme un con dans mon calebar à fleurs, à suer comme un bœuf sur ce fichu transat en sirotant des cocktails débiles avec des parapluies dedans pour essayer d’étancher ma soif, alors que j’aurais pu tuer ma mère pour une bière fraîche. Sauf qu’elle était pas tout à fait assez folle pour venir cramer sa vieille peau dans ce prétendu décor paradisiaque, ma mère.

Déjà, j’aime pas l’eau. Je sais pas vraiment nager. Alors les vacances coincé entre trois piscines et la plage et rien d’autre, ça me colle des angoisses rien que d’y penser. Et puis j’aime pas la chaleur, non plus. J’ai la peau qui cloque en moins d’une heure si je me tartine pas suffisamment de crème pour plus pouvoir bouger un cil.

Mais je l’aime elle.

J’ai cru que ça suffirait.

Quand elle m’a fait ses yeux de chat affamé, avec cette une moue aussi sexy que boudeuse dont elle a le secret en disant « s’il te plaît s’il te plaît mon minou-chou, ça me ferait tellement plaisir », j’ai pas pu résister. Et pourtant, je déteste qu’elle m’appelle son minou-chou, mais je l’aime.

Je l’aimais.

Je me suis mis à l’aimer un peu moins quand je l’ai vue s’esclaffer au jeu apéro avec une horde de beaufs déchaînés prêts à s’étriller pour un verre de sangria gratuit. Je l’ai désaimée encore un peu quand elle a couru en hurlant comme une adolescente hystérique jusqu’à la piscine pour faire la « danse du club » au milieu d’une bande d’animateurs braillards. Je crois que j’ai définitivement cessé de l’aimer quand elle s’est ridiculisée, avec un groupe de midinettes grassouillettes qui se prenaient pour des bombes sexuelles, au karaoké sur la plage.

C’est pendant le grand jeu du mangeage de beignet sans les mains sur le ventre de son partenaire que j’ai compris que je ne tiendrai pas jusqu’à la fin de la semaine à ce rythme.

J’ai volé un pédalo et j’ai pris le large.

Je sais pas quelle distance ça fait, Ibiza-Paris par la mer.



Ecrit pour les Impromptus littéraires.



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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 18:50

 

Ça faisait déjà un moment qu’ils s’entre-léchouillaient, les joues baignées d’un mélange peu ragoûtant de bave, de larmes et de morve, tout à leur désespoir de devoir se dire au revoir, quand tout ce qui peut sonner, siffler, ou retentir sur un quai de gare s’est mis à respectivement sonner, siffler et retentir, leur signifiant qu’il était vraiment temps d’y aller.

A reculons et à regret, elle s’est hissée sur le marchepied, son visage toujours collé par tous les fluides précédemment cités à celui de son amoureux, et j’ai bien cru que l’un finirait par avaler l’autre si le train ne partait pas très vite. Nouvelle sonnerie, ultime coup de sifflet, et ils ont enfin décollé leurs bouches, les yeux emplis de tout le malheur du monde.

La porte a commencé à lentement se refermer, mais l’amoureuse inconsolable n’a pu se résoudre à rendre à l’amoureux tout aussi éploré sa main, qu’elle serrait contre sa poitrine menue et secouée de sanglots déchirants. La porte a fini de se fermer, arrachant à l’amoureux un cri qui fit sangloter de plus belle l’amoureuse. Elle serra un peu plus fort la main aimée contre son cœur et le train démarra.

L’amoureux a commencé par trottiner maladroitement sur le quai, puis il s’est mis à agiter frénétiquement sa main libre quand le train a accéléré et l’amoureuse lui a adressé en retour un signe de la main. Il galopait désormais, rouge, hirsute, le visage déformé par l’effort et la peur, mais personne ne peut suivre longtemps un TGV et il a brutalement disparu, comme happé, englouti, dans une grande gerbe de sang.

L’amoureuse a regardé la main, désormais désolidarisée du bras au bout duquel se trouvait l’amoureux, et ses grands yeux rougis par les larmes ont semblé comme attendris par la vue de ce souvenir qu’elle emportait. Elle a glissé la main dans son sac du même nom et a rejoint sa place, où elle a commencé à dessiner des cœurs dans la buée de sa vitre, avec le doigt de son amoureux.

 

 

 

Ecrit pour les Impromtus littéraires sur le thème "Roman de gare".

 

 

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 16:00
 
Je me sens soudain affreusement mal. Sensation de fatigue insurmontable et le sommeil qui pourtant se refuse à mon être… Il me semble avoir compté quelques milliers de moutons, j’en ai même reconnus qui sont passés plusieurs fois, j’ai fait environ deux-cents fois mes exercices de relaxation, j’ai respiré par le ventre à m’en faire péter le diaphragme, j’ai pris deux somnifères et un lexomil, à moins que ce ne soit le contraire, mais rien n’y fait. Je sens mon corps tout entier appeler le sommeil et souffrir de cette fatigue épouvantable que rien ne soulage. Et puis vient l’angoisse, une angoisse comme seule la nuit peut en générer, quand l’obscurité et le silence semblent vous souffler à l’oreille que c’est sans espoir, que rien n’ira jamais mieux, qu’il vaut mieux céder au malheur et à la désolation, que la lutte est vaine… mais tout ça est trop pour moi, j’étouffe, je suffoque, dans un dernier sursaut je crie et me redresse et… Pfiou. Ce n’était qu’un rêve.
 
Je me rallonge et me rendors aussi sec de ce sommeil de plomb dont je n’ai jamais manqué.
 
 
 
 
 
Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème de l’insomnie.
 
 
 
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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 00:04

 

Souvent, je me prends pour quelqu’un d’autre. Sans jamais savoir à l’avance qui ce sera. D’ailleurs, je ne décide jamais vraiment à l’avance de me prendre pour quelqu’un. Comme je dis souvent, ce n’est pas moi qui me prends pour l’autre, c’est l’autre qui me prend. Ça m’arrive sans y penser. Parfois, un regard suffit. D’autre fois, c’est le son d’une voix, quelques mots échangés à la caisse du supermarché, un simple geste observé dans le bus… La plupart du temps, je ne peux pas me l’expliquer. Je ne pense pas que leur vie soit meilleure que la mienne, simplement quand ça me prend, je veux que leur vie soit la mienne. Ni meilleure, ni pire, simplement la mienne.

Alors je la prends. Selon les indices que je trouve, je me rends à leur travail, à leur domicile, à leur club de sport… Un jour je suis mère de famille, un autre jeune retraité, adolescente boutonneuse, quadra dynamique… C’est ainsi qu’une fois j’ai passé une épreuve du bac. J’ai aussi tenu un stand à une kermesse d’école. J’ai reçu trois patients en consultation avant l’arrivée de l’assistante médicale. J’ai sauté à l’élastique. J’ai pris un nombre incalculable de trains et d’avions. J’ai failli entrer au conservatoire. J’ai eu des tas de rendez-vous chez des tas de coiffeurs. J’ai pointé dans des dizaines d’entreprises, goûté des milliers de cafés, ouvert des millions de portes donnant sur l’inconnu… Rien de vraiment exceptionnel, rien que je n’aurais pu faire en étant moi-même, mais en me prenant pour un autre, je vais de surprise en surprise… Un jour j’ai même commencé à faire l’amour à une femme inconnue dans un petit appartement obscur, mais quand elle s’est rendu compte que je n’étais pas son époux ça a failli mal tourner. C’est dommage, elle était douce et son mari m’avait fait très bonne impression, j’aurais aimé garder sa vie un peu plus longtemps… Du coup, eux, j’ai gardé leurs alliances. Avec leurs doigts. C’est un de mes plus jolis souvenirs.

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires : « Souvent, je me prends pour… »

 

 

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 10:46

 

C’était la femme que j’avais toujours rêvé de rencontrer.

Elle était belle, elle était cultivée, elle avait un humour décapant, elle respirait la sensualité autant que l’intelligence et elle était célibataire. Et cerise sur le gâteau, elle avait l’air de me trouver à son goût. Je suis tombé amoureux en moins de dix minutes et la nuit qui a suivi n’a fait que confirmer que je venais sans doute de rencontrer la femme de ma vie. Je l’ai quittée au matin le cœur déchiré autant que débordant de bonheur à l’idée de la retrouver le soir même. Alors que nous étions deux inconnus la veille au soir, j’avais déjà l’impression de n’avoir jamais connu qu’elle, comme si nos regards ancrés l’un à l’autre nous avaient dévoilé tout ce que nous n’avions pas eu le temps de nous dire. Cette histoire de fleurs, par exemple. « Ne t’avise jamais de m’offrir des fleurs ! » Ah ! Les femmes… Elle n’avait pas eu à en dire plus pour que je perçoive à l’ombre sur son regard qu’elle associait malgré elle les fleurs à un souvenir déplaisant et qu’elle attendait de moi que je le lui fasse oublier. J’imaginais sans peine un ancien amour malheureux qu’il me faudrait à jamais chasser de son esprit. Un malotru qui ne savait rien du langage des fleurs. Qui ignorait tout de l’association des formes, des couleurs et des parfums qui font d’un simple bouquet à la fois une œuvre d’art et une bouleversante déclaration d’amour. Ce genre de goujats qui offrent des bouquets préparés à l’avance qui auraient aussi bien pu finir sur une tombe ou dans un vase en coquillages de fête des mères. Pire : un malpropre qui faisait livrer des bouquets qu’il n’avait même pas vus et donc évidemment pas composés lui-même. Il y avait là un défi à relever. Ce ne serait certes pas très difficile, mais ma première preuve d’amour serait de la réconcilier d’un seul bouquet avec les fleurs.

Je suis fleuriste.

J’ai passé ma journée à soigneusement sélectionner chacune des fleurs que j’allais lui offrir. Les couleurs devaient être douces, mais pas fades. Le parfum envoûtant, mais pas entêtant. Je ne parle même pas des fausses notes à éviter en faisant des associations malheureuses qui pourraient lui envoyer un message complètement dénaturé… J’aimais cette femme, je la voulais mienne et ce bouquet lui dirait non seulement ça, mais aussi que j’étais l’homme qu’elle attendait. Quand est enfin arrivée l’heure de la rejoindre chez elle, j’avais réalisé ce qui était probablement le plus beau bouquet de ma carrière. Il n’était pas seulement pour elle, il était elle. Elle et moi. Il aurait mérité d’être encadré, s’il n’avait pas eu vocation à seulement révéler la puissance de notre amour avant de s’effacer pour laisser place à la majesté de nos sentiments.

J’ai sonné, fier et heureux de ce que j’allais accomplir, mais quand elle a ouvert la porte et que j’ai tendu mon bouquet sous son nez, elle a hurlé avant de se mettre à tousser, haleter, hoqueter, rougir, cracher et se rouler par terre. Elle est morte étonnamment vite d’une crise d’asthme allergique.

Je suis perplexe. Je ne sais pas du tout quel message faire passer dans le bouquet que je poserai sur sa tombe.

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème "Dites-le avec des fleurs".

 

 

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 01:29

 

-          Le crayon de Dieu lui-même n’est pas sans gomme !

-          Hein ?

-          Le crayon de…

-          Non, j’ai entendu, mais pourquoi tu parles de gomme ?

-          C’est pas vraiment la gomme, le propos, c’est plutôt Dieu et…

-          T’es croyant ?

-          Euh… pas vraiment, non, mais…

-          Pourquoi tu me parles de Dieu alors ?

-          Non, je ne parle pas… enfin… c’est une citation d’un poète et…

-          T’aimes la poésie ?

-          Oui… un peu, mais ce n’est pas vraiment le problème, c’est juste…

-          T’as un problème ?

-          Non ! Si… je… enfin c’était une citation pour dire que si même Dieu peut avoir besoin de corriger…

-          J’croyais qu’tu croyais pas en Dieu ?

-          Non, mais c’est une façon de dire que l’erreur est humaine et…

-          Divine.

-          Pardon ?

-          Divine. Pas humaine, si c’est Dieu qui se trompe.

-          Bien sûr. Oui. Mais disons que dans l’hypothèse où on admettrait l’existence de Dieu et le fait qu’il puisse avoir besoin d’une gomme, alors…

-          Connerie ! Il aurait eu une gomme et il aurait pas effacé c’t’enculé de Johnny la Trique ?

-          Hin hin… comment dire… en fait, c’est plutôt une image, vous voyez ? Une façon de dire que tout le monde a le droit de faire des erreurs et devrait pouvoir les réparer.

-          Et au lieu de dire ça tu m’embrouilles avec ton bon Dieu et sa bon dieu de gomme ?

-          C’était… c’est que la situation m’a remémoré cette citation très à propos de ce poète et…

-          Et franchement, tu crois pas que c’était plutôt le moment de devenir croyant, au lieu de poète ?

-          Je… si, peut-être. Mais au fond ma pensée a été entendue, non ?

-          Quelle pensée ? J’croyais qu’c’était d’la poésie ?

-          Il n’empêche que nous avons cette discussion très intéressante parce que cette citation vous a interpelée ! Reconnaissez que si je vous avais simplement suppliée de me laisser le temps de réparer mes erreurs…

-          C’est la gomme.

-          Pardon ?

-          C’est à cause de la gomme. J’ai cru que tu savais.

-          Que je savais quoi ?

-          Si je te le dis, je serai obligée de te tuer.

-          Ah.

-          Du coup j’peux te l’dire, hein ? Ha ha ! Tu vas voir, en plus c’est amusant : dans le milieu, on appelle mon collègue l’Effaceur et moi, comme j’suis une fille, ben figure-toi qu’on m’appelle la Gomme. C’est marrant, non ?

 

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires avec l’incipit « Le crayon de Dieu lui-même n’est pas sans gomme » (Aimé Césaire)

 

 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 21:27

 

En primaire, j’étais amoureuse d’une petite frappe qui ne me bécotait en cachette au fond de la cour que pour pouvoir raconter à ses copains qu’il avait fait l’amour avec une fille. Avec plein de filles, pour être exacte, vu que je me suis rendu compte à la boum des dix ans de ma copine qu’il faisait ça avec toutes les autres filles qui craquaient pour ses yeux pâles.

A l’entrée au collège, je suis presque instantanément tombée amoureuse d’un joli garçon à gueule d’ange. Je le dévorais des yeux du matin au soir, j’écrivais son nom dans des cœurs sur tous mes cahiers et il n’y en avait que pour lui dans mon journal intime. Il n’a su mon nom que quelques années plus tard, quand il a commencé à sortir avec ma copine.

A ce moment-là je venais d’entrer au lycée et de tomber amoureuse d’un beau ténébreux dont je ne savais rien, mais dont le mystère me fascinait. J’avais failli m’évanouir le jour où il était venu me voir et m’avait appelée par mon prénom. J’ai vécu en orbite quelques mois, alors qu’il me faisait une cour un brin désuète, mais soutenue et charmante. J’ai voulu mourir quand j’ai su que sa copine suivait des cours par correspondance parce qu’elle était enceinte de son bébé.

On ne mesure pas toujours l’étendue de tout ce que l’école nous a permis de réaliser, mais moi je sais une chose : c’est sur les bancs de l’école que j’ai appris la déception et l’échec amoureux et je n’ai cessé de les mettre en pratique depuis. Quinze ans d’analyse plus tard, j’ai enfin clairement identifié les douleurs d’enfance qui ont fait mes névroses d’adulte. Je vais beaucoup mieux maintenant. A chaque nouvelle rencontre, je repense avec tendresse à ces premières amours calamiteuses et, après des années de folie meurtrière que je croyais gratuite, c’est une véritable libération de savoir enfin pourquoi j’émascule les hommes dès le premier rendez-vous.

 

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème « souvenir de potache ».

 

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 01:02

 

Ils me sont tombés dessus sans que j’aie le temps de comprendre d’où ils sortaient. C’est allé très vite. Ils m’ont cognée juste assez pour me terroriser et m’ont traînée sous un porche. Après, c’est un peu flou, j’étais sonnée… Je me souviens avoir vraiment retrouvé mes esprits en frissonnant de froid. Le sol était humide et l’obscurité complète. J’ai attendu que mes yeux s’accoutument, mais je ne voyais toujours rien. J’ai tendu l’oreille en quête de bruits, j’espérais entendre des voix ou des pas, mais rien non plus. Je crois que c’est là que j’ai commencé à paniquer vraiment. A prendre conscience qu’en plus des coups, j’avais été enlevée et que j’étais maintenant enfermée dans un endroit suffisamment isolé pour n’y percevoir ni son ni lumière. Je n’avais déjà plus aucune idée du temps qui avait pu s’écouler depuis qu’ils m’avaient tabassée dans la rue. Je ne savais pas si j’avais perdu connaissance et si oui, combien de temps. Je me suis forcée à respirer lentement pour essayer de me calmer un peu et c’est là que j’ai remarqué l’odeur. Humidité, moisissure… mais il y avait autre chose, que je n’arrivais pas à identifier. J’étais à peu près redevenue maîtresse de mes nerfs, alors j’ai commencé à explorer ma prison à tâtons. Je suis vite arrivée à un mur. J’ai senti… des rats, sans doute, qui s’écartaient de moi dans un bruissement. J’ai suivi le mur pour faire le tour de la pièce, à la recherche d’une porte ou d’un tuyau pour taper dessus et peut-être me faire entendre, mais juste après le premier coin j’ai senti du tissu sous mes mains. Puis des cheveux et un visage et je n’ai pas pu retenir un cri avant de littéralement bondir en arrière pour m’éloigner de ma découverte macabre. J’ai trébuché et je me suis cogné la tête au mur derrière moi et… j’ai peut-être bien perdu connaissance, je ne sais pas trop. C’était comme si j’étais dans un caisson hermétique et si je n’avais pas eu si froid j’aurais été privée de toutes mes sensations, alors j’étais un peu comme à demi inconsciente en permanence. En tout cas, j’ai l’impression d’être restée immobile une éternité après avoir trouvé le corps. J’entendais les rats aller et venir furtivement… et j’ai hurlé, pendant ce qui m’a à nouveau semblé être une éternité. J’ai hurlé jusqu’à l’épuisement. La tête me tournait, j’avais la voix complètement éraillée et je n’ai arrêté que quand plus un son ne sortait de ma bouche. Alors j’ai pleuré. Et puis je crois… je crois que j’ai dormi. Que je suis tombée de sommeil, plus exactement. J’ai été réveillée par une sensation étrange sur mes jambes accompagnée d’une odeur âcre et j’ai compris que je m’étais pissé dessus. Je me suis remise à pleurer. Combien de temps faut-il au désespoir pour vous donner l’énergie d’œuvrer pour votre salut ? Un frisson m’a secouée et je me suis aperçue que j’avais les doigts complètement engourdis par le froid. J’ai eu le réflexe de les presser contre mon urine encore tiède pour les réchauffer un peu. Tout cela était pire que mon pire cauchemar. Je sentais la panique me gagner une nouvelle fois et je me suis efforcée de me calmer en m’adossant au mur, les yeux fermés pour me concentrer sur ma respiration. Je me suis obligée ensuite à bouger pour ne pas mourir de froid. Je ne savais toujours pas depuis combien de temps j’étais là. J’étais effrayée, transie, j’avais soif et tôt ou tard j’aurais faim. Les ténèbres et le silence donnaient une illusion d’infini, mais l’odeur et le mur glacé dans mon dos me rappelaient que j’étais captive. J’ai essayé de réfléchir. Au temps qu’il faudrait à mes collègues ou ma famille pour s’inquiéter de mon absence. Au temps qu’il leur faudrait ensuite pour alerter la police. Au temps que ça leur prendrait de me retrouver. Au temps qu’il me restait à vivre dans ces conditions. On pouvait survivre un moment sans manger, mais pas sans boire. Et ce froid me tuerait peut-être avant. Je me suis demandé depuis combien de temps le… la personne était… là. Depuis combien de temps on la recherchait. Peut-être qu’elle, on la retrouverait bientôt et moi avec. C’est peut-être d’elle que viendrait mon salut. Mais je ne pouvais pas me contenter d’attendre. J’ai repris mon exploration de la pièce en suivant le mur, dans l’autre sens cette fois. J’ai fini par tomber sur une surface qui me paraissait métallique. Sans doute la porte. J’ai tapé dessus comme une forcenée, mais le faible son que mes coups émettaient était mat et sourd et pas un seul tremblement ne l’a secouée. J’avais les pieds et les poings endoloris pour poursuivre mes recherches. Et je n’ai rien trouvé d’autre avant de retomber sur le corps, dont je me suis de nouveau vite éloignée. Avant de revenir près de lui. J’avais froid. Lui non. L’idée me révulsait, mais je devais le faire… J’ai enlevé la veste et le pull qu’il portait et je les ai enfilés. Je me suis tout de suite sentie mieux. Coupable et horrifiée, mais moins frigorifiée. La pièce était petite. Le plafond était trop haut pour que je puisse l’atteindre sur la pointe des pieds, mais je pouvais le toucher en sautant. Tout ça ne me menait à rien, mais cette inspection me donnait l’impression d’agir. J’essayais de deviner si la pièce était hermétique ou non, si l’air viendrait à manquer ou pas… j’ai supposé que la présence des rats indiquait que non. Je l’ai espéré très fort, avant d’espérer le contraire pour mourir plus vite et quitter cet enfer. J’ai pleuré et perdu connaissance encore une fois. J’ai été réveillée par une douleur aigue, que j’ai identifiée comme étant une morsure de rat quand j’ai senti la bestiole se carapater. Je ne saurais dire combien de fois j’ai ainsi sursauté, pleuré, crié, avant de sombrer à nouveau dans un état d’inconscience plus ou moins profond. Jusqu’à ce qu’une évidence s’impose à moi. Je devais impérativement me nourrir. Je pense que j’ai retourné la question pendant des heures. Je crois même être tombée plusieurs fois dans les pommes rien qu’en y pensant. Et j’ai essayé vainement, environ un millier de fois, d’attraper un de ces foutus rats, mais j’étais pour ainsi dire aveugle, affaiblie et engourdie et eux… non. Impossible d’en choper un, tandis que je pissais le sang tellement ils s’en donnaient à cœur joie en me mordant avant de filer. Ma chasse inutile m’épuisait et j’étais à bout de forces. L’odeur de ma propre pisse et de mon sang mêlée à ce qui devait être l’odeur de la mort m’entêtait et me rendait folle. J’aurais donné le peu d’énergie qui me restait rien que pour savoir depuis combien de temps j’étais là. Combien de temps il me restait. Combien de temps avant que quelqu’un vienne. Mais je l’ai employée à ramper vers le corps et à planter mes dents dans ce qui devait être une cuisse humaine. Je me faisais l’effet d’une bête enragée, alors que je n’étais qu’une créature désespérée. J’ai croqué et arraché la chair sans réfléchir et je me suis évanouie. D’horreur et de dégoût probablement.

 

Je me suis réveillée sur un brancard. A intervalle régulier, des lumières au néon au-dessus de ma tête. De temps en temps, un visage bienveillant se penchait vers moi. Je me suis sentie submergée de bonheur. Le bonheur inouï d’être simplement en vie. Et libre. J’avais l’impression de flotter dans les airs. Dans un nuage de coton, plus exactement.

J’en suis vite descendue quand j’ai appris que la personne enfermée avec moi n’était morte qu’une heure ou deux avant que la police ne nous retrouve.

J’ai voulu mourir quand j’ai su que la cause de sa mort était l’hémorragie consécutive à la morsure que je lui avais infligée.

La honte et le désir absolu de ne pas survivre à cette monstruosité m’ont terrassée quand ils m’ont dit qu’il ne s’était pas écoulé quarante-huit heures entre mon enlèvement et leur arrivée.

 

 

 

 

 

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 00:24

 

Evidemment, j’ai affolé les détecteurs de métaux à l’entrée. Mais j’avais une invitation en bonne et due forme et un déguisement plus vrai que nature, alors ils m’ont laissée entrer. J’ai fait sensation avec mon costume de Freddy Krueger, même si la moitié des gens me prenait pour Edward aux mains d’argent. Les gens l’aiment bien, Edward aux mains d’argent. Un vrai gentil. Alors que Freddy… Quoi qu’il en soit, mes griffes aiguisées et moi-même avons pu nous mêler tranquillement à la foule des Dark Vador, Catwoman, drag queens et autres geishas, jusqu’à ce que l’alcool ait copieusement imbibé tout ce beau monde. Alors j’ai commencé à me servir de mes griffes. Le temps que les gens comprennent que ça ne faisait pas partie du spectacle, j’ai fait un vrai carnage.

L’an prochain, je me déguise en faucheuse.

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème « Bal masqué ».

 

 

 

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