Dans le métro, il y a du bruit. Toujours. Même quand vous êtes seul à bord. Un métro est un véhicule bruyant et le fait qu’il circule enfermé dans des tunnels étroits n’arrange en rien la nuisance qu’il génère.
Qui plus est, un métro n’est à peu près jamais vide et les gens qui s’y trouvent peuvent parler, jouer de la musique, rire, toutes choses qui, pour ne pas être vaines, se doivent d’être réalisées à un niveau sonore suffisant pour, sinon couvrir, du moins concurrencer celui du métro.
Soit.
Je ne prends pas le métro pour y trouver le calme et la paix intérieure, mais pour me rendre d’un point A à un point B, ce en quoi j’obtiens quotidiennement pleine et entière satisfaction.
Mais parmi les petites choses sans importance qui m’agacent au point de pouvoir me rendre occasionnellement folle, pour peu que je sois mal lunée, il y a le surplus inutile de bruit.
Evidemment, s’il provient, ce surplus, d’un gond qui grince ou d’un siège qui couine à chaque mouvement du métro, je prends sur moi. Mais quand le ou les responsables de la nuisance excédentaire se trouvent être des usagers irrespectueux de leurs contemporains, j’ai du mal à me contenir.
Ce matin, les emmerdeurs du jour étaient deux jeunes crétins qui semblaient égarés entre l’adolescence et l’âge adulte : look à la Justin Bieber, acné résiduelle, coupe de cheveux pitoyable (mais impayable) et contraste frappant avec la pilosité du menton, qui indiquait clairement un âge bien plus avancé que celui qu’ils semblaient hésiter à quitter.
Ils étaient en tout état de cause largement assez vieux pour savoir que les bases de la politesse métropolitaine résident dans le respect du calme (très) relatif auquel tout usager est en droit d’aspirer pendant son trajet.
Or, étant tous deux pourvus d’un casque dans lequel ils écoutaient, probablement trop fort, une quelconque musique dite « de jeunes » qui, d’évidence, ne suffisait pas à occuper pleinement leur esprit, ils devisaient tranquillement en hurlant, pour pouvoir s’entendre malgré tout. Et en faisant semblant de ne pas remarquer les regards noirs que leur lançaient les autres voyageurs.
Je vous passe les commentaires désobligeants quant à la teneur de leur conversation, je ne suis pas là non plus pour les accabler plus que nécessaire, et il n’aura échappé à personne que pareil comportement ne peut être l’œuvre de quiconque doté d’un cerveau normal. On imagine donc aisément que ça ne volait pas très haut. Disons juste pour l’anecdote qu’il était question, je cite, des « grosses loches de l’autre teupu », sujet qui, vous en conviendrez, ne méritait sans doute pas d’être hurlé dans le métro à l’heure de pointe.
Sentant que mon irritation était sur le point d’atteindre son seuil critique alors que je n’en étais qu’au début de mon trajet, j’ai dû intervenir avant que ma colère ne se manifeste d’une façon déplacée.
Je me suis postée face à celui des deux débiles qui éructait le plus violemment contre la fameuse « teupu » et ses, donc, « grosses loches », et je me suis adressée à lui sans hurler, pour tenter, dans un premier temps, de l’amener à comprendre tout seul que pour avoir une conversation normale avec une personne, il convenait de débarrasser ses oreilles du bruit qu’y déversait un casque. Il lui a fallu un moment, mais il a fini par me faire l’insigne honneur de découvrir une de ses oreilles. J’ai continué à m’adresser à lui sans hausser le ton, si bien qu’il s’est résolu à enlever l’autre oreille, non sans me servir avec élégance un cinglant « Qu’est-ce tu m’veux, la vieille ? ».
Petit con. Je ne suis même pas sûre que j’étais assez vieille pour être sa mère. Du coup, j’ai eu envie de lui donner une autre petite leçon, histoire de parfaire l’éducation qui lui faisait cruellement défaut.
- Dis-moi, petit… La « teupu », elle a jamais voulu te les montrer, ses « grosses loches », c’est ça ?
- Vas-y qu’est-ce tu m’fais la vieille ? D’où tu m’parles de ça ? Ça t’regarde pas !
- Ah ben si. Ça regarde même tout le monde, maintenant que vous en avez parlé assez fort pour qu’on vous entende d’un bout à l’autre du wagon… Alors, ses seins, tu les as vus ou non ?
- Vas-y, lâche-moi !
- Teu teu teu…
Il se trouve que je suis moi-même relativement bien pourvue en grosses loches. L’occasion était trop belle. J’ai tiré sur mon pull jusqu’à avoir quasiment les seins dehors, j’ai attrapé le gosse par la nuque et je lui ai collé le nez directement entre mes deux grosses loches à moi, avant de resserrer l’étreinte d’une pression de mes bras.
- Alors, la « teupu », elle en a d’aussi grosses ? Tu les as vues d’assez près pour juger ? Tu veux qu’on continue d’en parler ?
- Hmmpfff…
Je l’ai gardé coincé dans mes seins assez longtemps pour qu’il perde connaissance. Je l’ai laissé s’écraser par terre comme une merde, avant de retourner mon décolleté vers son copain.
- Et toi, tu veux en voir de près, des grosses loches de teupu, ou on peut poursuivre notre voyage tranquillement ?
- Non, ça va, merci madame…
Il a ramassé son copain et l’a traîné sur le quai à la station suivante sans demander son reste. Moi, j’ai remballé mes seins. Une forte poitrine n'est pas indispensable dans la vie d’une femme, mais quoi qu’on dise, ça peut quand même être bien utile parfois.
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c'est pas moi qui le dis...