Brèves de métro

Mardi 20 mars 2012 2 20 /03 /Mars /2012 12:53

 

Dans le métro, il y a du bruit. Toujours. Même quand vous êtes seul à bord. Un métro est un véhicule bruyant et le fait qu’il circule enfermé dans des tunnels étroits n’arrange en rien la nuisance qu’il génère.

Qui plus est, un métro n’est à peu près jamais vide et les gens qui s’y trouvent peuvent parler, jouer de la musique, rire, toutes choses qui, pour ne pas être vaines, se doivent d’être réalisées à un niveau sonore suffisant pour, sinon couvrir, du moins concurrencer celui du métro.

Soit.

Je ne prends pas le métro pour y trouver le calme et la paix intérieure, mais pour me rendre d’un point A à un point B, ce en quoi j’obtiens quotidiennement pleine et entière satisfaction.

Mais parmi les petites choses sans importance qui m’agacent au point de pouvoir me rendre occasionnellement folle, pour peu que je sois mal lunée, il y a le surplus inutile de bruit.

Evidemment, s’il provient, ce surplus, d’un gond qui grince ou d’un siège qui couine à chaque mouvement du métro, je prends sur moi. Mais quand le ou les responsables de la nuisance excédentaire se trouvent être des usagers irrespectueux de leurs contemporains, j’ai du mal à me contenir.

 

Ce matin, les emmerdeurs du jour étaient deux jeunes crétins qui semblaient égarés entre l’adolescence et l’âge adulte : look à la Justin Bieber, acné résiduelle, coupe de cheveux pitoyable (mais impayable) et contraste frappant avec la pilosité du menton, qui indiquait clairement un âge bien plus avancé que celui qu’ils semblaient hésiter à quitter.

Ils étaient en tout état de cause largement assez vieux pour savoir que les bases de la politesse métropolitaine résident dans le respect du calme (très) relatif auquel tout usager est en droit d’aspirer pendant son trajet.

Or, étant tous deux pourvus d’un casque dans lequel ils écoutaient, probablement trop fort, une quelconque musique dite « de jeunes » qui, d’évidence, ne suffisait pas à occuper pleinement leur esprit, ils devisaient tranquillement en hurlant, pour pouvoir s’entendre malgré tout. Et en faisant semblant de ne pas remarquer les regards noirs que leur lançaient les autres voyageurs.

Je vous passe les commentaires désobligeants quant à la teneur de leur conversation, je ne suis pas là non plus pour les accabler plus que nécessaire, et il n’aura échappé à personne que pareil comportement ne peut être l’œuvre de quiconque doté d’un cerveau normal. On imagine donc aisément que ça ne volait pas très haut. Disons juste pour l’anecdote qu’il était question, je cite, des « grosses loches de l’autre teupu », sujet qui, vous en conviendrez, ne méritait sans doute pas d’être hurlé dans le métro à l’heure de pointe.

Sentant que mon irritation était sur le point d’atteindre son seuil critique alors que je n’en étais qu’au début de mon trajet, j’ai dû intervenir avant que ma colère ne se manifeste d’une façon déplacée.

Je me suis postée face à celui des deux débiles qui éructait le plus violemment contre la fameuse « teupu » et ses, donc, « grosses loches », et je me suis adressée à lui sans hurler, pour tenter, dans un premier temps, de l’amener à comprendre tout seul que pour avoir une conversation normale avec une personne, il convenait de débarrasser ses oreilles du bruit qu’y déversait un casque. Il lui a fallu un moment, mais il a fini par me faire l’insigne honneur de découvrir une de ses oreilles. J’ai continué à m’adresser à lui sans hausser le ton, si bien qu’il s’est résolu à enlever l’autre oreille, non sans me servir avec élégance un cinglant « Qu’est-ce tu m’veux, la vieille ? ».

Petit con. Je ne suis même pas sûre que j’étais assez vieille pour être sa mère. Du coup, j’ai eu envie de lui donner une autre petite leçon, histoire de parfaire l’éducation qui lui faisait cruellement défaut.

-    Dis-moi, petit… La « teupu », elle a jamais voulu te les montrer, ses « grosses loches », c’est ça ?

-    Vas-y qu’est-ce tu m’fais la vieille ? D’où tu m’parles de ça ? Ça t’regarde pas !

-    Ah ben si. Ça regarde même tout le monde, maintenant que vous en avez parlé assez fort pour qu’on vous entende d’un bout à l’autre du wagon… Alors, ses seins, tu les as vus ou non ?

-    Vas-y, lâche-moi !

-    Teu teu teu…

Il se trouve que je suis moi-même relativement bien pourvue en grosses loches. L’occasion était trop belle. J’ai tiré sur mon pull jusqu’à avoir quasiment les seins dehors, j’ai attrapé le gosse par la nuque et je lui ai collé le nez directement entre mes deux grosses loches à moi, avant de resserrer l’étreinte d’une pression de mes bras.

-    Alors, la « teupu », elle en a d’aussi grosses ? Tu les as vues d’assez près pour juger ? Tu veux qu’on continue d’en parler ?

-    Hmmpfff…

Je l’ai gardé coincé dans mes seins assez longtemps pour qu’il perde connaissance. Je l’ai laissé s’écraser par terre comme une merde, avant de retourner mon décolleté vers son copain.

-    Et toi, tu veux en voir de près, des grosses loches de teupu, ou on peut poursuivre notre voyage tranquillement ?

-    Non, ça va, merci madame…

Il a ramassé son copain et l’a traîné sur le quai à la station suivante sans demander son reste. Moi, j’ai remballé mes seins. Une forte poitrine n'est pas indispensable dans la vie d’une femme, mais quoi qu’on dise, ça peut quand même être bien utile parfois.

 

 

 

 

 

Par poupoune - Publié dans : Brèves de métro - Communauté : L'Essaim d'Esprits
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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 01:01

 

C’était un de ces matins où t’as autant envie de te lever que d’aller te pendre. Sauf que pour aller te pendre, faut te lever, du coup tu te lèves et finalement tu te pends pas…

C’était un matin où faut aller bosser, quoi. Agrémenté d’un sérieux manque de sommeil et d’une humeur de chien, quoique je doute qu’un chien dispose d’une palette d’humeurs plus riche que manger/sortir = content, pas manger/pas sortir = pas content, mais là n’est pas le propos. C’était un matin comme ça…

Comme tous les matins, je suis allée prendre le métro sans vraiment y penser, j’ai sorti mon livre et je me suis fermée au monde pour m’ouvrir à la littérature (et ça, c’est juste pour me la raconter un peu, parce que le bouquin du jour n’était pas à proprement parler de la grande littérature, sans doute même pas de la petite, et je ne me suis fermée à rien du tout parce que le peu d’intérêt de ma lecture m’interdisait de m’y consacrer avec une concentration suffisante pour réellement faire abstraction de la foule massée autour de moi – sachant qu’elle était autour de moi, la foule, parce que je me considère comme le centre de ma vie et qu’ayant pris le parti de raconter cette truculente anecdote de mon point de vue, l’ensemble de l’action ainsi que les figurants ont une fâcheuse tendance à avoir l’air de tourner autour de ma petite personne. Mais ce n’est pas le sujet et, surtout, c’est moi qui raconte, alors je fais ce que je veux, cessez de m’interrompre. Merci).

J’étais, donc, en train de lire dans le métro, d’une humeur exécrable (moi, pas le métro qui, encore moins que le chien, n’a d’humeur) quand je me suis rendue compte qu’une nuisance sonore perturbait ma lecture, aussi futile fut-elle. (J’aime bien ce « futile fut-elle »… non ?)

Vous me direz, une nuisance sonore dans le métro, merci d’être passée, revenez quand vous voulez nous parler d’une nuisance olfactive dans un charnier… Mais c’est un peu comme la voisine qui se met à arpenter son parquet au-dessus de votre tête sur ses hauts talons, en plus du bruit des avions de l’aéroport voisin… Trop, c’est trop, mais il ne vous viendrait pas à l’idée d’aller faire le pied de grue devant un avion pour l’empêcher de décoller, et vous allez plutôt vous en prendre aux pieds de la grue (ha ha ha).

Donc, mon nuisible du moment fut rapidement identifié comme étant un jeune au look indescriptible, à base de pantalon bas de cul, caleçon apparent, sweat-shirt épais à capuche, regard bovin et casque sur les oreilles et la nuisance venait justement de ce casque, dont la fonction première devait être de l’isoler, lui, du bruit extérieur et non d’éviter à l’extérieur de subir son bruit à lui.

Il n’était même pas assis à côté de moi, mais j’entendais néanmoins distinctement ce qu’il écoutait. Il y était question de filles faciles et d’argent sale - à moins que ce ne fût le contraire ? - sur  fond de boum boum régulier et entêtant. Bon nombre d’autres usagers montraient des signes évidents d’agacement - ce qui me permettait de me dire que OK, j’ai l’air un peu d’une vieille conne à me plaindre de la musique d’un jeune, mais je ne suis pas la seule et j’en vois de pires que moi parce que moi, au moins, je n’en laisse rien paraître - mais personne n’osait pour autant demander au jeune de baisser le volume. Non pas par respect pour l’insouciance précieuse de ses vingt ans, mais plutôt par crainte des représailles. Il faut dire que le jeune, malgré ses vingt ans, était d’une stature fort avantageuse qui, ajoutée à l’absence d’intelligence de son regard, laissait entrevoir la possibilité d’une réaction disproportionnée et potentiellement douloureuse à une éventuelle remarque, même polie, d’un voyageur incommodé.

Son boum boum m’agaçait malgré tout assez vivement et j’ai essayé de me concentrer sur à peu près n’importe quoi d’autre, pour éviter de m’énerver et de me mettre à détester en bloc et sans motif valable les jeunes, le rap, le métro et les sweat-shirts à capuche. Et c’est là que je me suis aperçue que la gamine assise en face de moi, sous sa capuche rose et ses couettes blondes, reniflait à s’en remplir le cerveau de morve.

Ni une ni deux, je lui ai collé une baffe et je l’ai mouchée dans la manche du manteau de sa mère, avant de descendre du métro en gueulant que les gosses avaient plus d’éducation de nos jours.

 

Au moins, je ne suis pas passée pour une vieille conne avec l’autre crétin de jeune et sa musique de bourrin.

 

 

 

Par poupoune - Publié dans : Brèves de métro - Communauté : L'Essaim d'Esprits
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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 00:44

 

J’avais repéré le mec avant d’entrer dans le métro. Ou plutôt j’avais repéré qu’il m’avait repérée, compte tenu des efforts qu’il avait déployés pour que ses regards appuyés ne puissent en aucun cas m’échapper. J’avais pour ma part probablement déployé autant d’efforts, sinon plus, pour lui signifier mon indifférence. Outre le fait que je ne suis jamais intéressée par les mecs qui te font les yeux doux quand t’es en jupe et qui s’attaquent à la jupe suivante si d’aventure tu n’es pas réceptive à leurs œillades, j’étais avec ma fille, une enfant, donc, et quel genre d’homme faut-il être pour penser qu’une maman accompagnée de sa fille pourra accepter… quoi, d’ailleurs ? Un verre ? Un coup vite fait dans une ruelle ?

Bref.

Je l’ai donc soigneusement ignoré, mais il n’a jugé ni courtois, ni malin d’en rester là et il m’a suivie dans le métro. Il a dû se croire futé quand il m’a doublée, feignant d’étudier le plan devant moi le temps de savoir dans quelle direction j’allais. Mais j’ai moi aussi fait semblant de chercher mon chemin, du coup il a bien dû finir par descendre sur un quai. Manque de bol, c’était le même que moi. Et il est resté en bas des escaliers le temps de s’assurer que j’allais bien le suivre, ce que j’ai donc fini par faire.

Je suis passée devant lui en marquant mon désintérêt avec autant d’insistance qu’il en mettait à marquer son intérêt sans la moindre gêne, tandis que je commençais quant à moi à me sentir de moins en moins à l’aise. D’abord, se faire reluquer pareillement quand on n’est pas déguisée en pute, qu’on n’encourage pas l’importun et qu’on tient la main de son enfant, ça a quelque chose d’affreusement dérangeant. Ensuite, il y a entre un homme de stature normal et une femme seule avec un enfant un rapport de forces qui, manifestement, conférait au malotru une parfaite assurance dans la façon dont il appuyait ses regards d’un sourire en coin indécent.

Je suis allée à l’autre bout du quai, il m’a suivie. A l’arrivée du métro, j’ai tenté de monter dans une autre voiture que lui, sans succès. Il a poussé jusqu’à venir s’asseoir exactement en face de moi, m’obligeant à un effort pour ne pas le voir et croiser son regard. Effort que j’ai fait à chaque fois que j’ai relevé la tête, mais qui n’a servi à rien. D’évidence, il lui fallait un message plus clair pour comprendre que non seulement il ne m’intéressait pas, mais qu’en plus il m’importunait sérieusement.

Mais de quel droit ce genre de connard se permet-il de mettre ainsi mal à l’aise les femmes dans le métro ? Du droit du plus fort ? Du droit qu’il se doutait que je ne ferais pas un scandale en présence de ma fille ? Du droit qu’il savait que si d’aventure j’envisageais malgré tout l’option esclandre, il pourrait toujours jouer les étonnés en me traitant d’hystérique et que ça suffirait à le dédouaner ?

Plus il s’efforçait de faire semblant de ne pas remarquer que je faisais semblant de ne pas le remarquer, plus il m’agaçait. J’étais plus énervée que paniquée, mais il ne devait pas ignorer, il ne pouvait pas ignorer que suivre ainsi une maman et sa petite fille la nuit dans le métro était de nature à leur faire peur. Je suppose même qu’il comptait là-dessus pour se garantir une relative docilité de ma part. Ce qui ne faisait que m’irriter plus encore.

Au moment de ma correspondance, j’ai de nouveau fait semblant de chercher mon chemin, mais cette pauvre manœuvre ne l’a toujours pas convaincu qu’il était temps de nous lâcher la grappe : au contraire, il a attendu sans aucune discrétion que je me décide à choisir mon chemin pour reprendre sa filature, toujours souriant et toujours dans mon champ de vision pour m’empêcher de l’ignorer vraiment. Du coup, je commençais presque à m’inquiéter, quand même. J’ai accéléré le pas et au moment où j’ai bifurqué vers mon quai, il a renoncé. Ce qu’il espérait ne méritait apparemment pas de me suivre n’importe où. Il s’était amusé à me mettre mal à l’aise, à me faire flipper et à faire peser ce que je devais nécessairement percevoir comme une menace sur ma fille et moi et maintenant que je n’allais pas où il voulait, il se cassait.

Putain, faut bien être un homme pour croire qu’on peut en toute impunité jouer avec les nerfs d’une femme comme ça, juste pour son bon plaisir… Sans compter qu’après ça, qui va devoir se demander à chacune de ses sorties un peu tardives si c’est bien prudent, si elle ne ferait pas mieux d’éviter de se mettre en jupe et si ce ne serait pas plus sage de rester devant la télé ? J’étais hors de moi… du coup, c’est moi qui l’ai suivi. Pas pour lui rendre la pareille, il aurait pris ça pour une invitation, lui, sans le moindre doute… Non : je l’ai suivi discrètement. J’ai attendu qu’il monte dans son métro, j’y suis montée aussi et avant qu’il s’aperçoive que c’était moi, j’ai attrapé sa main pour me la coller sur les fesses et la maintenir assez fermement le temps de hurler au pervers à pleins poumons. Avec sa main si bien calée sur mon cul, personne n’a douté une seconde que j’étais bien la victime et pas une de ses fameuses et nombreuses prétendues hystériques. Les femmes se sont mises à hurler à leur tour et les hommes se sont sentis investis d’une mission de mâles protecteurs et sont venus jouer des biscotos et chahuter mon goujat.

Au moment où ça commençait à dégénérer un peu, je les ai laissés à leur juste cause et j’ai quitté le métro pour aller reprendre mon chemin.

 

 

Par poupoune - Publié dans : Brèves de métro - Communauté : L'Essaim d'Esprits
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Mercredi 23 novembre 2011 3 23 /11 /Nov /2011 21:56

 

La fille assise en face de moi était parfaite.

Pas le genre beauté fatale, look époustouflant ou plastique sculpturale, non. Pour tout dire elle était même physiquement plutôt ordinaire. La nana dont tu te dis immanquablement en la croisant que tu l’as déjà vue quelque part. Et elle accentuait son côté passe-partout avec un choix vestimentaire totalement insipide. Pour autant, je n’avais pas pu m’empêcher de remarquer, derrière l’apparence d’une discrétion confinant à l’insignifiance, cette indéniable perfection qui émanait d’elle.

Ses traits étaient symétriques à un point que je n’imaginais pas possible. Sa peau était lisse et son teint joliment hâlé, mais je jurerais qu’elle n’était ni assez jeune ni assez maquillée pour que ce ne soit pas étonnant. Ses cheveux paraissaient négligemment retenus par une pince, mais pas une mèche n’avait l’air d’être ailleurs qu’exactement là où elle devait être. Ses ongles étaient évidemment propres, aucun n’était cassé ou, simplement, légèrement plus court que les autres en raison d’une cassure récente et le vernis, discret, était néanmoins impeccable.

Il va sans dire que l’étiquette du manteau ne dépassait pas, le pantalon ne remontait pas malencontreusement trop haut sur la cheville, le bas ne plissait pas, la chaussure n’était pas crottée et, bien entendu, quand mademoiselle parfaite a répondu au téléphone, personne n’avait été dérangé par la sonnerie inaudible et nul ne pouvait deviner qu’elle conversait, tant elle prenait garde à ne pas parler trop fort. Moi-même je ne m’en serais sans doute pas rendu compte si je n’avais été en train de l’observer minutieusement, à la recherche de l’imperfection qui la rendrait humaine.

Ça faisait bien cinq stations que je la détaillais de la tête aux pieds, quand j’ai finalement trouvé, là, au pli du coude, sur son manteau, sans l’ombre d’un doute, oui : une peluche ! Oh, trois fois rien, en toute honnêteté j’avais dû la manquer au moins deux fois déjà alors que mon regard passait dessus et il m’avait fallu un examen approfondi pour la remarquer enfin, mais c’était indéniable, son manteau peluchait. Du moins, il y avait une peluche sur son manteau. Ha ha ! Sans réfléchir, ni une ni deux, j’ai jailli de mon siège pour m’en emparer – peut-être avais-je dans l’idée de la brandir victorieusement devant les yeux ébahis de mes covoyageurs de hasard, à moins que je n’aie simplement songé en aviser discrètement la donzelle afin de lui éviter l’embarras d’une immanquable humiliation publique – mais sans que j’aie pu faire moi-même la lumière sur mes intentions réelles, avant que ma main atteigne son bras, la belliqueuse madame Il-est-pas-né-celui-qui-trouvera-à-redire-à-ma-mise-irréprochable m’avait collé une droite, tout en attrapant de la gauche une bombe lacrymogène, qu’elle m’avait vidée en pleine tronche avant que j’aie eu le temps de vérifier la taille de la peluche.

Elle a prétendu avec ingénuité qu’elle était sûre que j’avais voulu lui piquer son sac. Pour ma part je n’étais plus en état de prétendre quoi que ce soit : je chialais ma mère en essayant de m’arracher les yeux, sous ce qui me semblait être les huées vindicatives d’une foule que je qualifierais d’hostile. Tout ça pour une pauvre peluche sur le manteau parfait de madame parfaite.

A la réflexion, je me demande d’ailleurs si c’était vraiment une peluche, vu le zèle et l’agressivité qu’elle a déployés pour m’empêcher d’en dévoiler l’existence – et pire : la présence incongrue sur sa manche – à la face du monde.

Les gens ont quand même parfois de ces coquetteries…




Par poupoune - Publié dans : Brèves de métro - Communauté : L'Essaim d'Esprits
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Mardi 1 novembre 2011 2 01 /11 /Nov /2011 13:32

 

Je ne sais pas si c’était un hasard ou une particularité de cette ligne que je ne prenais que rarement, toujours est-il qu’en à peine dix minutes, trois quémandeurs s’étaient succédé dans la voiture. Le premier agressif, la deuxième (trop ?) discrète et le dernier musicien. Enfin… gratouilleur de guitare mal accordée, pour être exacte et sans méchanceté aucune : lui-même semblait s’amuser de ses nombreux couacs et dissonances. Et quand il s’est mis à chanter, encore plus faux qu’il jouait, j’ai guetté la réaction de mes voisines : la pseudo-bourgeoise engoncée dans une veste à moumoute et camouflée derrière une immense paire de lunettes à dorure et, à côté d’elle, la grosse dame rougeaude, aussi mal coiffée qu’elle était mal fagotée. La première avait brillamment ignoré, non sans marquer son mépris, les deux précédents quêteurs et la seconde les avait regardés passer en bougonnant, alors j’étais curieuse de voir comment elles allaient recevoir le braillard. Et à ma grande surprise, alors que je m’attendais à les voir quitter le métro en gueulant ou s’en prendre à l’importun pour qu’il cesse, elles ont échangé un regard que j’oserais qualifier de complice, avant de pouffer comme deux gamines en essayant de ne pas se faire remarquer, ce qui n’a rendu leur hilarité que plus irrésistible encore. Elles pleuraient toutes les deux, l’une essayant d’empêcher son maquillage de couler, l’autre de plus en plus rouge, quand l’objet de leur fou rire est passé demander de l’argent. Face à ce riant duo si mal assorti qu’il n’en était que plus drôle encore, l’aspirant musicien à la voix de casserole grailleuse s’est mis à rire lui aussi. Face à cet élan d’autodérision, elles se sont laissées aller à un vrai bon éclat de rire sonore, avant de se calmer devant la manifeste perplexité du chanteur :

-          Mais… qu’est-ce qui vous fait rire ?

A leur expression toujours amusée, mais désormais également un peu gênée, il a dû comprendre et il a vaguement émis un « Ah », brisé par un sanglot déchirant. Ce qui avait ressemblé à de l’autodérision était en fait une attitude aimable, adoptée afin de se rendre sympathique aux yeux des usagers. Mais toute amabilité avait d’un coup disparu de son visage, où ne transparaissait plus qu’un insondable et indicible chagrin. Les rires ont cessé aussi sec pour laisser place à de plates excuses, accompagnées de gestes empressés pour chercher une pièce, puis deux, et finalement un billet « allez excusez-nous monsieur on voulait pas pardon tenez merci pardon ».

Il a empoché probablement plus avec les deux rigolardes qu’en toute une semaine habituellement. Et à peine l’argent disparu au fond de ses poches, il leur a adressé un vrai beau sourire d’où avait disparu toute tristesse avant de leur dire, avec un clin d’œil :

-          Vous savez ce que je préfère à Paris ? Les pigeons !

Il a salué et bien bas et a quitté le métro avant que les deux pigeonnes du jour n’aient vraiment compris ce qui venait de se passer.

Cette fois, c’est moi qui ai ri sans pouvoir m’arrêter, malgré les regards courroucés de mes infortunées voisines. Elles auront au moins appris que c’est pas joli joli de se moquer.




Par poupoune - Publié dans : Brèves de métro - Communauté : L'Essaim d'Esprits
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c'est qui ?

merci

pour la bannière à Jérôme, l'homme aux mille talents !

J'y passe du (bon) temps

c'est pas moi qui le dis...

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