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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 09:21

 

J’ai dû faire une IRM.

Je ne sais pas si vous avez déjà fait ça, mais je suis sûre que cette chose a été conçue pour mettre les gens mal à l’aise.

Déjà, comme pour une radio, ça commence par la personne qui fait marcher l’engin : elle te fait entrer dans une cabine et te dit un peu vite tout ce que tu dois faire avant qu’elle revienne te chercher. En général, ça se résume à « mettez-vous à poil je vous reprends de l’autre côté » (en tout bien tout honneur), mais comme souvent elle précise ce que « à poil » recouvre exactement comme trucs à enlever (« vous pouvez gardez vos chaussettes ») et qu’il peut lui arriver de glisser des questions saugrenues (« vous n’êtes pas enceinte ? vous ne portez pas de pile cardiaque ? ») au milieu de sa litanie, il y a toujours ce moment de doute, quand tu te retrouves seule dans ta cabine, où tu demandes si tu aurais l’air plus con en ayant enlevé ta culotte alors qu’il fallait la garder, ou au contraire en l’ayant gardée alors que « à poil », c’est pourtant clair, non ? Et, pendant que tu doutes, tu essaies quand même de te désaper assez rapidement, parce que tu sais que la personne qui t’a donné les consignes et qui va incessamment te reprendre de l’autre côté aura sûrement ce petit sourire légèrement agacé si tu n’es pas exactement comme tu dois être au moment où elle ouvre la porte. Pire : elle pourrait ouvrir au moment où, une jambe en l’air et en appui instable contre le mur, tu te bats avec ce foutu pantalon trop serré pour essayer de lui faire passer le talon sans te vautrer et là, au doute s’ajoute immanquablement la gêne d’avoir été vue non seulement dans une position forcément pas avantageuse, mais en plus à moitié nue – voire plus qu’à moitié si t’étais déjà bien avancée par ailleurs dans l’application des consignes.

Faire une radio, une IRM ou quoi que ce soit de la famille des images incompréhensibles que les médecins regardent d’un air pénétré en disant des trucs comme « ah oui, là, on voit bien gnin gnin gnin » alors que toi tu ne vois strictement rien du tout, c’est avant tout une négation de ton intimité et souvent, en plus, le bon moment pour t’asseoir sur ton amour propre.

Il suffit de le savoir avant d’y aller… histoire de ne pas tomber de trop haut.

Après, il y a l’examen lui-même. Une radio, déjà, c’est super sympa : tu es là, à poil ou quasi, avec quelqu’un caché derrière une vitre qui te donne des consignes que tu entends mal puisque, donc, il y a une vitre, mais en plus les machines font du bruit, alors tu sais jamais trop si tu dois respirer ou pas, tourner à droite – la sienne ou la tienne ? – ou à gauche – même question – bref : c’est pas le truc qui met le plus à l’aise au monde. Quant à l’IRM… Bon : on te demande avant si tu n’es pas claustrophobe. C’est sage. Mais j’imagine assez facilement que des tas de gens peuvent très bien découvrir justement à cette occasion qu’ils le sont, parce que bon : dans la vie de tous les jours, à part dans un cercueil, t’es quand même rarement confiné dans un si petit espace… Et soyons clair : s’il n’y avait que le manque d’espace ! Mais non : on t’allonge là, dans une position pas nécessairement confortable – et tu as très bien vu à la télé dans « Docteur House » qu’il ne faut AB-SO-LU-MENT pas bouger dans la machine à IRM – et te voilà figée dans un tuyau, avec comme un genre de marteau piqueur dans les oreilles pendant un bon quart d’heure ! Et quand je dis marteau piqueur, c’est pour donner une idée du volume, mais c’est bien plus inquiétant que ça : tantôt tu as l’impression d’être effectivement sur un chantier, tantôt tu as l’impression que l’alarme incendie est branchée directement dans tes tympans… mais il NE FAUT PAS BOUGER, alors tu ne bouges pas, en espérant que s’ils évacuent les lieux ils penseront à te sortir du tuyau avant que la machine elle-même soit dévorée par les feux de l’enfer.

Bref : l’IRM est somme toute assez anxiogène. Moi-même qui suis d’une sérénité à toute épreuve, j’ai trouvé ça un tout petit peu inconfortable, alors j’imagine assez bien de grandes scènes truculentes : des femmes se lacérant le visage, des hommes essayant de creuser un tunnel, les uns ou les autres s’extirpant du bidule en se tortillant et se carapatant, à poil, hurlant dans les couloirs… Moi, je me suis plutôt bien tenue et, à la fin, la personne qui m’a libérée m’a dit d’aller me rhabiller et que le médecin viendrait me voir.

Bon.

Retour dans ma petite cabine, rhabillage ultra-rapide (je ne me fais jamais surprendre une patte en l’air deux fois dans la même journée) et là, de nouveau, le doute : le médecin, je l’attends dans ma petite cabine, ou je sors et je l’attends… ailleurs ? Pour de ne pas prendre de décision trop hâtive, j’ai un peu lambiné, histoire de laisser au médecin le temps d’arriver s’il devait venir dans la cabine et, je n’aurai pas tout raté, c’est bien dans la cabine qu’il est venu ! Là au moins, j’avais bon. En plus j’étais habillée, debout, je n’avais ni patte ni fesse en l’air, rien, j’étais carrément présentable ! Et cerise sur le gâteau : il a frappé avant d’ouvrir. Bon : il n’a pas attendu que je lui dise d’entrer – d’ailleurs, c’eut été un peu osé de ma part de l’y inviter, la cabine étant un peu trop exigüe pour recevoir sans fatalement créer un malaise immédiat – mais quand même : il avait frappé ! Je l’aimais déjà. Et encore plus quand il a ouvert la porte. Il était beau. Beau comme un médecin de série américaine. Presque trop pour être crédible en tant que médecin, mais au diable les préjugés : j’étais conquise et s’il avait voulu m’opérer là, dans la cabine, sans anesthésie, je l’aurais probablement laissé faire… Mais je me suis vite reprise : vous, je ne sais pas, mais il se trouve que moi, généralement, quand je fais ce type d’examens, je n’ai rien. Et je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les radiologues, quand vous n’avez rien, ils vous le disent toujours un peu sur un air de reproche, comme si c’était pas une bonne nouvelle que tout aille bien et que ce qui les aurait vraiment réjouis aurait été que t’aies un truc tellement énorme que ta vie peut commencer à défiler devant tes yeux, là, dans ta petite cabine… J’imagine que leur boulot est évidemment plus intéressant quand ils trouvent un truc totalement fou à l’intérieur des gens que quand ils n’y trouvent rien, mais cette impression qu’il faudrait m’excuser d’aller bien me fait toujours un effet… mitigé. Alors j’ai cessé de fantasmer sur le beau docteur (même pas en blouse : il était tout cool, genre je fais un bien beau métier mais je reste simple), et j’ai attendu de me faire engueuler de pas devoir repartir en fauteuil roulant, mais noooooon !!!!!! J’avais quelque chose ! Pour la première fois de ma vie, et c’est tombé sur LE beau docteur trop cool ! Elle est pas belle la vie ? Pour parfaire le tableau, il m’a expliqué tout ça avec un sourire craquant et un brin d’humour, alors ni une ni deux, je suis tombée amoureuse !

Quelques secondes.

Avant de repenser à la position dans laquelle je me trouvais quelques instants auparavant.

Certes, la grosse machine stressante permet de voir à travers la peau, la chair, la cellulite et les vingt ans de plus que quand j’avais vingt ans, et j’imagine qu’ainsi vues de l’intérieur, sauf à être toute de traviole, on est toutes à peu près aussi jolies (ou moches, question de point de vue), mais s’il m’avait vue aussi à la sortie de l’engin ? A ce moment magique où, étourdie par la machine, mes cuisses – pourvues cette fois de leur peau, leur chair, leur cellulite et leur vingt ans de plus que quand j’avais vingt ans – écrasées mollement sur le cousin qu’on m’avait collé dessous, paraissaient plus grosses encore que d’habitude, ce moment où, d’un geste forcément malgracieux je suis descendue, à moitié à poil dans ma culotte ridicule (oui : il se trouve que je n’ai pour ainsi que des culottes ridicules, ne me demandez pas pourquoi, ce point mériterait peut-être qu’on s’y attarde, mais… non, en fait, on s’en fout) et si, donc, le joli médecin souriant et drôle m’avait vue à ce moment fâcheux où je devais être la personnification du ridicule et du laid réuni ? Si ce sourire charmeur n’était en fait qu’un sourire moqueur ? A quoi bon ses politesses et ses traits d’esprit s’il avait effectivement vue cette foutue culotte que même ma fille n’accepterait pas de porter, sur mes fesses que ma fille n’aurait sûrement pas la force de porter ? Pourquoi ce numéro de charme, sinon pour se gausser et ajouter l’humiliation au doute et à la gêne ? Si ça se trouve, en vrai je n’avais rien, il avait tout inventé juste pour pouvoir venir me narguer un peu, avec son petit regard narquois de « celui qui a vu » et qui fait le beau en se donnant l’air de rien, pendant que ses copains se tordent de rire planqués dans la cabine d’à côté, en voyant la grosse dame à la culotte la plus risible du monde se laisser séduire par cet enculé qui devait juste essayer de gagner un pari…

Les hommes peuvent être tellement mesquins quelquefois !

Et ne venez pas me dire « meeeeeu non, penses-tu, c’est un médecin ! Il ne voit pas des gros culs, des gros seins ou des culottes moches ! Il voit des patients ! Que vas-tu imaginer ?! », parce que moi aussi j’ai un métier ! Certes il n’y défile pas de gens à poil – ou alors j’étais absente ce jour-là – mais il s’y passe aussi des choses ordinaires de mon quotidien à moi, dont je vous assure que je pourrais faire un roman, voire une encyclopédie à la fois poilante et d’un cynisme mordant, si je n’étais pas farouchement opposée à l’idée de ramener du boulot à la maison… Alors ne venez pas m’endormir avec vos histoires de médecins qui ne remarqueraient soit disant même pas la culotte affreuse sur la culotte de cheval, sous prétexte que la fonction dépasse l’homme ! Même le docteur Green – vous vous souvenez du docteur Green ? – même lui, donc, aurait ri de me voir dans l’état et la tenue où j’étais dans cette foutue machine. Et ne parlons pas du docteur House ! Lui et sa clique, d’ailleurs, je serais prête à parier qu’ils ne sont même devenus médecins que pour ça et OUI, JE SAIS, c’est pas des vrais médecins, mais j’illustre mon propos, ok ?

Bref. Le joli médecin souriant avait réussi à me mettre dans une colère noire et je commençais déjà à imaginer les sévices qui me rendraient mon calme… je le voyais, nu comme un ver, ligoté à son affreuse machine, photographié sous toutes les coutures intérieures, ma culotte tellement risible profondément enfoncée dans son gosier… Mais au lieu de ça, je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai confronté l’image de ce bellâtre humilié qui me trottait dans la tête à celle de ce bel homme, définitivement charmant, qui me parlait gentiment et avec drôlerie, et ma soif de vengeance a fondu comme neige au soleil – ou comme midinette devant un sourire trop craquant – et au lieu d’attraper la chaise et d’essayer de l’assommer avec, je me suis approchée de lui pour l’embrasser. Une impulsion. Mais comme je ne m’étais pas préalablement armée de la chaise et que la cabine était toujours aussi étroite, je me suis pris les pieds dans ceux de la chaise et je me suis rétamée comme une bouse, même pas de façon assez spectaculaire pour finir dans les bras du joli docteur, juste assez pour me retrouver dans la position du scarabée – celui qui, sur le dos, ne peut que battre des pattes en l’air en espérant qu’une main secourable ou un coup de vent viendra le remettre dans le bon sens, pas celui des arts martiaux… Et cette fois, je suis sûre qu’il a ri, ce connard de toubib prétentieux ! Alors j’ai dédaigné la main qu’il me tendait pour me relever et je suis partie avant que la situation ne dégénère plus encore.

 

Je ne sais toujours pas ce que j’ai, mais je sais comment démarrer le traitement : acheter une ou deux culottes correctes et trouver un docteur moche.

 

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Published by poupoune - dans poupouf
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commentaires

caro 29/03/2013 17:05

Loi j'aime les beaux docteurs gentil en plus. J'en garde qqs un comme ça et puis sinon quand on est en bonne santé, on peut se rabattre sur grey's anatomy...

poupoune 29/03/2013 18:40



Oui, l'option "série médicale" est toujours préférable !



Oncle Dan 26/03/2013 11:17

A moi aussi, on m'a proposé de faire une IRM, une IRM du cerveau, histoire de contrôler si j'étais aussi intelligent que je le prétendais. Nan, j'déconne, là-dessus y a plus de doute. C'était suite
à un ictus amnésique. Un truc que je ne savais pas que ça existait avant, un truc auquel les médecins, qu'ils soient moches ou beaux, ne comprennent rien. Un truc qui dure entre quelques minutes et
un jour et qui part comme il est venu. (pour les détails, voir google) Enfin, valait mieux contrôler, alors j'ai contrôlé. Pour le cerveau, pas besoin de se mettre à poil. Avant, je ne me
considérais pas claustrophobe. A présent, je sais que je le suis !!! Le sourire narquois et ironique des médecins après, je confirme.

poupoune 28/03/2013 11:10



Je suis sûre néanmoins qu'un beau médecin comme le mien aurait eu le sourire plus charmeur que narquois. Ce qui n'aurait rien changé ni aux soins éventuels, ni à la claustrophobie, mais c'est
tout de même plus agréable, n'est-ce pas ?



rosaannoma 25/03/2013 10:22

Non non, mais la mocheté comme garante de la maîtrise de nos pulsions, j'adore.

poupoune 28/03/2013 11:06



C'est plus sûr que compter sur la raison !



rosaannoma 24/03/2013 16:34

Oh oui ! Un docteur moche. (Je hurle de rire)

poupoune 25/03/2013 08:14



Il n'y a donc que moi que l'idée du docteur moche déprime ??!!



Phil 22/03/2013 13:37

Je n'écoute pas IRM. Je préfère France Inter. C'est comme ça. D'ailleurs je n'aime pas les histoires de toubibs.

poupoune 22/03/2013 19:46



Comme je te comprends ;o)



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  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
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