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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 03:05

   

C’est l’histoire d’une graine, une toute petite graine, devenue bien malgré moi la chose la plus importante de mon existence. Une véritable obsession, au point de ne vivre plus que pour ça. Une quête. Un sacerdoce.

Je devais réussir à faire germer cette satanée graine. Il m’arrivait même parfois d’en perdre de vue le but ultime tant cette seule première condition était devenue tout ce qui importait. Je n’avais pas imaginé que ce serait si difficile.

Après avoir longuement et vainement essayé à peu près tous les procédés ordinaires ainsi que les trucs et astuces de grand-mère, j’ai dû me rendre à l’évidence : il allait me falloir envisager des solutions plus complexes et délicates.

Je me suis lancée dans cette entreprise avec une relative insouciance, sans mesurer pleinement ce que ça allait impliquer. Et quand j’ai commencé à me rendre compte de l’ampleur de la tâche et des sacrifices qu’elle nécessitait, il était trop tard pour faire marche arrière, j’étais corps et âme dévouée à ce seul et unique objectif que je m’étais fixé. Et il est des rêves auxquels aucune femme ne saurait renoncer sans y perdre un peu de son âme.

 

Au début, je n’étais pas particulièrement regardante sur le donneur. D’une part je ne pensais pas que ça revêtait une réelle importance, d’autre part je n’imaginais pas qu’il me serait possible de faire la fine bouche. Je ramassais donc qui voulait me suivre dans les bars et les discothèques et je faisais mon affaire aussi vite que possible pour ne pas risquer de dévoiler mes intentions à ces types, dont je ne voulais rien moins que les voir se poser des questions ou, pire, s’attacher. Je ne pouvais pas me permettre de m’encombrer de tels désagréments, le temps m’était compté. Au bout d’un moment, on a l’horloge biologique qui s’agite…

Je me suis cependant assez vite aperçue qu’un minimum d’organisation et de précautions s’imposait. Déjà, lever un type dans un bar étant infiniment plus simple que ce que j’avais imaginé, je me suis autorisée à faire la difficile et à sélectionner mes candidats sur des critères aussi futiles que réjouissants. Ensuite, j’ai diversifié autant que possible mes terrains de chasse, puisque c’est finalement bien de cela qu’il s’agissait.

Il n’était en effet pas question de créer des habitudes ou quoi que ce soit qui aurait pu me mettre un tant soit peu dans l’embarras. Je ne pouvais pas me permettre de courir le risque que mes plans puissent être contrariés par simple négligence. Alors je continuais d’écumer bars et boites, mais en n’allant jamais deux fois de suite au même endroit, et surtout j’ai commencé à prospecter et emballer du coté des supermarchés, des boutiques de fringues pour hommes et des magasins de surgelés. De véritables mines d’hommes faciles !

Trop faciles peut-être. Ça ne marchait pas. Je prenais pourtant bien soin de concentrer mon activité sur les périodes propices – tellement courtes hélas ! – et je faisais tout conformément aux usages préconisés, mais ça ne voulait pas prendre.

Je n’avais guère de temps pour le découragement et chaque échec était l’occasion d’un regain d’énergie pour élaborer de nouvelles stratégies et méthodes en vue de la tentative suivante. Je sentais bien toutefois, à mesure que le temps passait, que tout ça générait beaucoup de stress et de fatigue et que, ne serait-ce que physiquement, je risquais de plus pouvoir tenir le rythme très longtemps. Je réfléchissais aux solutions qui s’offraient à moi, mais n’en voyais guère. La semence idéale ne tomberait pas du ciel. Pas d’aussi haut, non. C’était bien à moi d’aller la chercher et d’en faire bon usage.

Peut-être était-ce bien dans le choix des hommes que j’étais trop négligente. Peut-être fallait-il procéder à une sélection infiniment plus stricte et moins fantaisiste que celle à laquelle je m’amusais plus que je ne réfléchissais véritablement Mais quels critères retenir, alors ? Sur ce point la littérature, de la plus sérieuse à la plus douteuse, était tout ce qu’il y a de plus pauvre. J’ai relu tout ce que j’avais accumulé de documentation sur le sujet pour m’assurer que je n’avais vraiment rien négligé jusqu’alors et, ne trouvant aucune faille dans ma façon de faire, j’ai donc effectivement opté pour l’élaboration d’une liste raisonnable des qualités indispensables que devraient avoir désormais les hommes que j’utiliserais.

J’ai mis de coté les critères purement esthétiques, convaincue depuis le début qu’un physique avantageux ne présentait aucune garantie de transmission. Même chose avec l’esprit, l’intellect, les aptitudes diverses à l’art ou au sport. A la limite, les plus stupides et les moins corpulents présentaient bien évidemment des avantages indéniables. Pour autant j’avais quand même un fond d’amour propre et je me suis réservé le droit de ne pas ramener l’idiot du village ou un gnome. On a beau être en détresse, on a tout de même sa fierté.

Mais avec tout ça ma liste des critères impératifs se réduisait à peau de chagrin. Qu’est-ce qui pourrait bien faire la différence ? Quand j’ai fini par trouver, je me suis sentie bête de ne pas y avoir songé plus tôt. C’était d’une telle évidence ! J’avais pourtant pensé à tout, mais pas au plus simple : j’ai décidé dès lors de ne plus me servir que de ceux dont la fertilité était avérée. Evidemment, ça nécessitait de les garder quelque temps et de créer, conséquemment, ce relatif attachement que je souhaitais éviter. Entre autres inconforts, je me mettais également en situation d’avoir à jongler avec plusieurs partenaires en même temps. Il me fallait par ailleurs être aussi rigoureuse que possible, non seulement pour ne pas en perdre un, mais aussi pour bien m’assurer que j’attribuais la fertilité au bon donneur.

Mon affaire devenait complexe et épuisante, sans compter que les grossesses me faisaient perdre un temps fou. Je perdais en vigilance ce que je gagnais en âge et en fatigue. Et ce qui devait arriver arriva. Un jour, la police a débarqué et ils ont tout découvert.

 

***

 

-         Nous n’avons pas encore fini de retourner votre jardin, mais nous avons déjà trouvé 12 corps.

-         …

-         Vous m’avez entendu ?

-         Oui oui.

-         On risque d’en trouver encore beaucoup ?

-         Oh la la… c’est que j’ai perdu le compte depuis longtemps, vous savez ?

-         Bien… vous reconnaissez donc les avoir tués ?

-         Ah ? Vous étiez pas sûrs ? Mince…

-         Ne faites pas la maligne, on a déjà un paquet de preuves et je suis sûr qu’on en trouvera encore beaucoup. Alors ?

-         Quoi ?

-         Vous n’avez rien à dire ?

-         Ben je sais pas moi… qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ?

-         Comment vous les avez tués, par exemple.

-         Pendus.

-         Pardon ?

-         Je les ai pendus.

-         Où ça ?

-         Vous avez vu le fil à linge, au-dessus du potager ?

-         Euh… peut-être bien, oui.

-         Si vous regardez bien, c’est un gibet. Un peu transformé pour pas faire peur aux gosses du quartier.

-         Quelle gentille attention !

-         Vous vous moquez ?

-         …

-         Vous vous moquez.

-         Bon. Qui sont les victimes ?

-         Quoi ?

-         Qui sont les…

-         Oui, j’ai entendu ! Mais vous plaisantez ?

-         Comment ça ?

-         Ben j’en ai pas la moindre idée !

-         …

-         Un coup sur deux je savais même pas leur nom au moment où je les rencontrais, alors maintenant… vous pensez bien que j’en sais rien !

-         …

-         Ben me regardez pas comme ça ! Vous vous souvenez du nom de toutes les femmes que vous avez ramenées chez vous, vous ?

-         Vous voulez dire que ce ne sont que des hommes ?

-         Ah ben oui, hein…

-         Vous jouiez les mantes religieuses ?

-         Les amantes religieuses, vous voulez dire ? Hin hin…

-         Vous trouvez vraiment que l’heure est à la plaisanterie ?

-         Oh, foutue pour foutue, je n’ai plus rien à perdre, maintenant.

-         Et vos enfants ?

-         hm ?

-         …

-         …

-         Bon. Reprenons. Vous ne savez donc ni combien d’hommes vous avez tués, ni qui ils sont ? C’est bien ça ?

-         Oui.

-         De parfaits inconnus ?

-         Oui. Enfin non : pas les plus récents. Ceux-là je couchais avec et je les gardais un peu plus longtemps histoire de voir s’ils fonctionnaient ou non. Alors j’ai peut-être encore un ou deux numéros de téléphone.

-         S’ils « fonctionnaient » ?

-         Oui.

-         C’est-à-dire ?

-         Ben… si leur semence était efficace.

-         Leur semence ?

-         Oui, quoi d’autre ?

-         Tout ça pour… ça ?

-         Vous êtes un homme, vous ne pouvez pas comprendre.

-         Non, faut croire. Mais pourquoi ne vous êtes-vous pas arrêtée quand…

-         M’arrêter ? Tout mon fric déboursé dans ces foutues graines et ma vie entière consacrée à essayer de faire pousser cette putain de mandragore, et vous auriez voulu que j’abandonne comme ça, pour rien et sans avoir eu le moindre résultat ?

-         Faire pousser… quoi ?

-         De la mandragore.

-         De la mandragore ?

-         Oui ! Le sol bien riche, le semis à l’automne, la semence de pendu… la mandragore, quoi !

-         Mais pourquoi faire ?

-         Hein ?

-         Pourquoi faire, de la mandragore ?

-         Mais enfin, pour ma fécondité !

-         Votre… fécondité ?

-         Oui, quoi d’autre ? Je ne suis pas vénale et de toute façon je n’ai jamais cru à cette histoire de fortune et de prospérité….

-         Mais…

-         Vous ne comprenez donc rien aux femmes ?

-         Non. Si. Mais…

-         Mais quoi ?

-         Vos enfants ?!

-         Hm ?

-         …

-         …

-         Qu’est-ce ça veut dire exactement, pour vous, « fécondité » ?

 

 

 

 

 

 

Ecrit avec pour contraintes le titre et l’incipit « C’est l’histoire d’une graine, une toute petite graine… ».

 

 


  

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Published by poupoune - dans nouvelles
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commentaires

henriette 17/11/2009 10:32


Ca me plait beaucoup ça !


poupoune 17/11/2009 13:40


ça m'étonne  pas, tiens !
;o)


Mrs D 16/11/2009 14:44


Un seul, pas sure de continuer, en fait..


poupoune 16/11/2009 14:47


moi je voulais 5 enfants de couleurs différentes et pas d'homme. Résultat : 1 seule pitchoune et... pas d'homme : ça, c'est le + facile !!


Mrs D 16/11/2009 12:09


Et dire qu'on me prenait pour une dingue quand à 18 ans,j'affirmai que j'aurai 3 enfants de 3 papas différents..


poupoune 16/11/2009 14:42


et t'en es à combien ???
;o)


Cacoune 15/11/2009 18:41


Je suis une femme (enfin je crois) et je ne suis pas sûre de comprendre... En même teps, je n'ai jamais pensé à enterrer mon mari dans le jardin donc je ne sais pas si ça fonctionne...
En même temps, je ne suis pas sûre d'avoir tout compris...


poupoune 15/11/2009 20:22


j't'expliquerai... les rites & croyances du temps joyeux du moyen-âge ;o))


Latil 12/11/2009 20:05


Alors, comme je comprends tu as cassé du mec comme certains cassent de la bagnole.Je ne risque pas de me présenter, car je crains de ne pas avoir tous les critéres nessécaires.
Bonne soirée Latil


poupoune 13/11/2009 02:04


oh, le jeu n'en vaut pas la chandelle de toute façon, elle est un peu instable !


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  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.

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