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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 17:46

 

C’était la traditionnelle promenade dans les bois de quand il fait assez beau et sec pour ne pas s’y embourber, mais pas assez pour sortir les maillots de bain et aller plutôt se baigner. On était toutes les trois, ma mère, ma fille et moi, et la petite gambadait joyeusement en ramassant une fleur par-ci, un bout de bois par là, jusqu’à ce qu’un gros mot lui échappe et que je sois obligée de lui faire les gros yeux. L’ambiance était plus à la détente bucolique qu’à la leçon de bonne conduite en société, alors je n’ai été que très modérément sévère, mais ça a suffi à contrarier ma délicate descendance qui, bien que bercée par le calme de la campagne et gorgée d’air pur depuis quelques jours, n’en était pas moins particulièrement boudeuse et irascible ces derniers temps. Elle a donc décidé de cesser d’avancer. Après avoir brièvement parlementé pour qu’elle nous suive, on lui a fait savoir que nous, on rentrait à la maison. Ma mère lui a même dit « à demain, on repassera peut-être », à quoi ma fille a répondu sans s’émouvoir « à demain ».

On a donc continué de marcher en espérant qu’elle finirait bien par avoir peur et par nous suivre, mais ça a pris un bon moment.

-          Tu vois pas qu’elle croie vraiment qu’on l’a abandonnée et qu’on la retrouve pendue à une branche ?

Je m’en voulais un peu de ne pas avoir eu l’idée moi-même, mais je pensais déjà à la façon dont j’allais pouvoir écrire cette histoire en rentrant.

Tant qu’elle nous voyait, ma fille est restée figée, les bras croisés et la mine renfrognée, et même une fois que le chemin a tourné et qu’elle nous a perdues de vue, elle a mis un moment à se décider. On l’observait discrètement pour être sûres qu’elle n’envisageait pas une fugue précoce – et accessoirement qu’elle ne se faisait pas enlever par un vieux pervers – mais elle a fini par avancer. A mesure qu’elle approchait, on devinait qu’elle n’était pas fière, là, toute seule dans les bois, et qu’elle commençait à avoir un peu la trouille. Elle serait peut-être un peu moins capricieuse et susceptible la prochaine fois.

-          Viens, on se cache et on lui fait peur quand elle arrive !

Ma mère détestait qu’on lui fasse ce genre de blagues, mais elle ne ratait pas une occasion de les faire… on s’est reculées un peu derrière un arbre et quand ma fille est arrivée à notre hauteur, ma mère a surgi en criant. Ma fille s’est raidie, a serré les poings et a crié « même pas peur ! » avant de repartir en sens inverse aussi sec à pas rapides et décidés.

J’ai ri du résultat de la blague, en constatant que ma fille était maintenant encore plus loin qu’on ne l’avait laissée le premier coup. On n’était pas beaucoup plus avancées. Je m’apprêtais à aller la chercher quand elle a déboulé en courant comme une dératée, le visage tellement rouge qu’on l’aurait cru en pleine combustion, déformé par ce qui paraissait être un mélange de rage et de haine, un grand bâton à la main et la bave aux lèvres.

Je n’ai pas réagi, j’étais à la fois interloquée et, j’avoue, un peu amusée de la voir ainsi. Toute cette fureur sur un si joli petit visage qui m’avait si souvent dit « je t’aime maman », c’était tellement incongru que c’en était presque drôle. Mais quand je l’ai vue se précipiter en hurlant sur sa grand-mère et lui planter avec une violence inimaginable pour un si petit corps son bâton dans le ventre, avec une telle force que sa grand-mère s’est retrouvée littéralement plantée dans l’arbre derrière elle, j’ai cessé de rire.

Ma fille s’est alors tournée vers moi, son petit visage d’ange baigné de larmes, toute trace de fureur effacée de son regard désormais triste et suppliant, et m’a dit dans un gémissement déchirant :

-          C’était débile comme blague ! J’avais déjà peur d’être perdue, alors…

La fin de sa phrase s’est perdue dans un sanglot à vous fendre l’âme. Qu’est-ce qu’il aurait fallu que je fasse, hein ? J’ai pris ma douce enfant dans mes bras, je l’ai consolée, j’ai caché le corps et on est rentrées se remettre de ces émotions en mangeant le chocolat de ma mère devant un bon film.

 

 

 

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Published by poupoune - dans inspirationS
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commentaires

boubou 29/04/2011 10:42


Hé hé, la version de Maman était + soft :-)


poupoune 29/04/2011 18:34



ouais, ça se terminait par le suicide d'une enfant de six ans... moins sanglant, mais plus soft ???


;o)



Adrienne 25/04/2011 08:05


alors on chante:
"nous n'irons plus au bois
mémé est empalée"


poupoune 25/04/2011 11:18



hé hé...


"à la belle saison


nous l'irons enterrer"



Walrus 24/04/2011 19:44


Y en a une qui s'est plantée !


poupoune 25/04/2011 11:16



mauvaise appréhension de son public.



Berthoise 24/04/2011 18:16


C'est bien, les vacances. Ça permet aux différentes générations de se connaître.


poupoune 25/04/2011 11:16



oui, ça cimente le noyau familial...



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