Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 01:01

 

Je ne l’avais pas remarqué avant qu’un autre ouvrier ne vienne à côté de lui et ne m’oblige à les contourner. Quand je suis arrivée à sa hauteur, il s’est tourné et là, je l’ai vraiment remarqué. Il était d’une beauté stupéfiante. Très exactement le genre de type dont je me dis qu’il n’aurait qu’à demander, je dirais oui. Quoi qu’il demande. C’est pas parce qu’on a un cerveau qu’on est toujours obligé de s’en servir.

Je me suis arrêtée, incapable de détacher mon regard de sa plastique parfaite et, alors qu’il poursuivait son mouvement en conversant avec son acolyte, ses yeux sont venus se planter droit au fond des miens. J’avais l’impression que tout s’était ralenti autour de nous et qu’un violon venait couvrir le vacarme de la rue et du chantier. Je suis sûre qu’en tendant la main j’aurais pu toucher ce lien invisible qui d’un seul regard venait de sceller mon sort au sien.

Et puis la magie de l’instant s’est évanouie. Il a rejoint son échafaudage, moi mon bureau, la vie est ainsi faite… Sauf que je n’ai pas été foutue d’additionner deux chiffres ou d’aligner trois mots de toute la journée. Je n’ai pensé qu’à lui. Lui, sa belle gueule, son regard plongé dans le mien et toutes les promesses que j’y avais lues.

Alors en quittant le bureau, je suis retournée là où je l’avais vu, mais l’échafaudage n’y était plus. Le destin est parfois capricieux, la vie est ainsi faite… Sauf que je n’arrivais plus à chasser ses yeux de mon esprit. On ne regarde pas une femme comme ça pour s’en remettre aux caprices du destin. J’ai donc décidé de le retrouver.

 

J’ai d’abord essayé avec méthode en cherchant l’entreprise qui avait effectué les travaux et en interrogeant les employés que je trouvais, mais on a cru que j’étais de l’inspection du travail et personne ne connaissait plus personne. Alors j’ai joué franc jeu en expliquant que ce n’était rien moins que l’homme de ma vie que je recherchais, mais là on s’est copieusement foutu de ma gueule et j’ai cessé d’être méthodique pour me contenter d’être obstinée : j’ai arpenté tous les trottoirs de la ville et d’un paquet de banlieues, en quête de travaux et d’ouvriers.

Je ne saurais dire combien de kilomètres j’ai parcourus, combien d’ouvriers j’ai dévisagés avec beaucoup trop d’insistance, combien de maçons, peintres, électriciens j’ai interrogés… mais ce que je sais, c’est que je peux localiser avec précision 322 chantiers et que je connais désormais tous les corps de métier du bâtiment. En tout bien tout honneur.

Et parce que la persévérance finit toujours par payer, j’ai fini par le retrouver. Je commençais à ne plus vraiment y croire et je ne continuais plus que parce que je perdais déjà un peu la raison et que cette quête stupide tournait inéluctablement à l’obsession, mais contre toute attente je l’ai retrouvé. J’arrivais à proximité d’un échafaudage au bas duquel deux ouvriers discutaient, de dos, et en m’approchant d’eux j’ai repensé à ma grande scène au ralenti avec violon et regards foudroyants, qui avait commencé comme ça, avec deux ouvriers de dos, et j’étais en train de me dire que ce serait amusant que justement ça se repasse de la même façon et qu’il se retourne et que ce soit lui et… c’est à ce moment-là qu’il s’est retourné et c’était lui. Je me suis figée, émerveillée par la beauté de la vie, un sourire que je sentais béat aux lèvres et mes yeux, déjà soulignés par la brillance de mes premières larmes de joie, résolument braqués sur son visage, attendant d’accrocher son regard.

Il m’a vue, m’a regardée un instant, à peine, un de ses vrais instants qui ne sont qu’un très court laps de temps entre deux autres instants sans rapport, pas du tout un instant d’éternité empreint d’une douce magie, et il a poursuivi son chemin. Comme ça.

 

J’ai d’abord voulu mourir. De chagrin, de honte, au choix… Et puis le bruit m’a fait lever la tête et je l’ai vu, là, sur son échafaudage, en train de faire comme si j’existais pas avec ses potes, comme si ça faisait pas des semaines que je ne vivais que pour lui… et j’ai décidé de lui montrer que j’existais.

Il y avait un genre de gros marteau qui traînait, je l’ai pris et j’ai commencé à cogner dans l’échafaudage. Mon bellâtre et ses potes ont tout de suite moins fait les malins. Y en a un qu’était pas encore très haut et qu’a sauté pour essayer de m’arrêter, je lui ai explosé le crâne d’un seul coup. Ça ricanait moins dans les hauteurs. J’ai continué à taper et il s’est littéralement mis à pleuvoir des hommes… Hallelujah ! Ha ha ! Ceux qui tombaient et qu’avaient l’air encore vaillants, boum ! Un coup de masse. Ça pleurait comme des fillettes, même l’ouvrier des Village People avait l’air plus viril. Quant au, mien, je l’ai vu qu’était encore accroché au-dessus de ma tête, il s’était chié dessus et putain, il était carrément plus sexy du tout… Tout ce temps perdu pour un blaireau agrippé désespérément à une gouttière le cul merdeux ! Ça m’a encore plus énervée et j’ai redonné un grand coup qu’a foutu par terre tout ce qui restait de pauvres types accrochés en l’air. Le mien est tombé direct à mes pieds. Je lui ai fracassé sa belle gueule jusqu’à ce qu’il n’en reste rien qu’ait l’air humain.

 

Après, c’est un peu flou. Les sirènes, les menottes, les cris, tout ça… Je ne suis pas trop sûre de ce qui s’est passé, mais à un moment il y a eu ce type, là, qui a pris mes empreintes… la façon dont il a pris mes doigts dans les siens… Et ce regard, quand il m’a tendu un mouchoir pour essuyer ma main…

 

 

 

 

 

* Carole Bouquet à Michel Blanc dans « Grosse fatigue », une de mes répliques préférées du cinéma français.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by poupoune - dans poupouf
commenter cet article

commentaires

marotte 09/03/2011 11:05


Et voilà où conduit la frustration !Les Village People ? Moi c'était les Compagnons de la Chanson ! :o))) Question de génération, sans doute....


Walrus 02/03/2011 11:48


N'a plus qu'à changer de commissariat, le mec !


poupoune 02/03/2011 20:26



c'est accorder bien peu de crédit à mes charmes... ;o)



Jérôme a.k.a. Seltzer 02/03/2011 10:35


http://www.youtube.com/watch?v=lhq-6CyT2nI&feature=player_embedded


poupoune 02/03/2011 20:25



eeeeeeet ouais : un truc de filles, universel et intemporel !



stipe 02/03/2011 10:08


ah ouais, l'ouvrier, le flic... Donc tu veux vraiment tous te les faire, les Village People.


poupoune 02/03/2011 20:23



mouef... j'ai eu des fantasmes plus virils, quand même. A moins que... tous en même temps ? humpf...



Mrs D 02/03/2011 09:29


Ca s'est passé comment en prison? comme ça, juste pour savoir...


poupoune 02/03/2011 20:22



hé hé... je vais y réfléchir, pour un prochain post peut-être...



C'est Qui ?

  • poupoune
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.

En version longue

   couv3-copie-1

Recherche

J'y Passe Du (Bon) Temps