Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 07:28

 

Il avait le cheveu rare et d’une couleur indéfinissable. Les quelques mèches éparses qui ornaient le dessus de son crâne étaient d’un genre de blond-roux pâlichon. Les longs poils raides qui lui chatouillaient la nuque étaient plutôt bruns, mais tiraient sur quelque chose d’un peu verdâtre selon l’éclairage.

Il avait les yeux vairons : le gauche était marron et le droit était de verre. Et vert. Parce qu’il était aussi daltonien. Le regard bicolore peut dégager parfois un charme troublant, mais rarement quand s’y ajoutent un strabisme aigu et des lunettes à foyers multiples, posées sur une excroissance nasale croche et disproportionnée.

Sa bouche aux lèvres trop minces s’étirait bizarrement sur toute la largeur de son visage, comme pour souligner l’incongruité disharmonieuse de l’ensemble. Son menton sur lequel poussait une verrue à trois poils se perdait dans un cou trop large posé sur des épaules trop étroites et de guingois.

Il avait la poitrine glabre et le dos velu. Ses bras étaient d’une longueur normale à eux deux, mais le gauche était trop court et le droit trop long. Tous deux en revanche se terminaient par une main épaisse aux doigts boudinés. Ses jambes étaient arquées et il avait un pied-bot.

Par chance la nature l’avait également doté d’un esprit simple et il n’avait commencé à prendre conscience de sa disgrâce et à en souffrir que tardivement. Ce n’est qu’à l’approche de la trentaine qu’il commença à se sentir un peu seul et se mit en quête de compagnie. Et c’est tout naturellement qu’après cinq ans d’échecs et de déceptions il décida d’avoir recours aux petites annonces et sites de rencontres.

Hélas, les rares femmes qui ne lui avaient pas demandé de photo et n’avaient pas été rebutées par sa bêtise singulière avaient fait semblant de ne pas le reconnaître avant de fuir le lieu du rendez-vous qu’elles avaient par mégarde accepté. Il sentait poindre le désespoir et commençait à envisager l’adoption d’un animal de compagnie quand il était enfin tombé sur LA petite annonce faite pour lui. Il était sûr d’être exactement l’homme de la situation et avait apporté un soin tout particulier à la rédaction de sa réponse : il n’était pas question de rater cette occasion. Et il ne l’avait pas ratée. Il avait obtenu un rendez-vous deux jours plus tard.

Quand elle était entrée dans le bar, il avait tout de suite senti que c’était elle et son ventre s’était noué à l’idée de la voir détourner le regard et prendre ses jambes à son cou sitôt qu’elle l’aurait reconnu, mais elle n’en fit rien. Au contraire son visage s’éclaira dès qu’elle le vit. Il se dit que quelles que soient les motivations de cette femme, il était heureux d’avoir bien précisé dans sa lettre « très gros patrimoine ». La généticienne était radieuse en s’asseyant à sa table.

 

 

 

Ecrit pour le Défi du samedi sur le thème « Patrimoine ».

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by poupoune - dans Défi du samedi
commenter cet article

commentaires

Cacoune 11/09/2010 19:50


La bête a trouvé son docteur :)


poupoune 12/09/2010 23:17



Il n'imagine pas le risque qu'il prend s'il lui offre son coeur...



Marcus K7 11/09/2010 12:06


Ça promet une belle partie de jambes en l'air, de bras en l'air, de foie en l'air...(les yeux en l'air ? la semelle battant la poussière ?)


poupoune 12/09/2010 23:16



Tête en l'air, A-MOU-REUX...



C'est Qui ?

  • poupoune
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.

En version longue

   couv3-copie-1

Recherche

J'y Passe Du (Bon) Temps