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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 22:23

 

Ecrit pour ce monsieur après la lecture de ce texte.


 

 

Je ne sais pas combien de temps il est resté sans bouger. Ou s’il a bougé, c’était tout doucement, parce que moi je suis restée un temps infini derrière la porte et je n’ai rien entendu.

Je m’étais levée comme d’habitude et j’avais préparé le café, mais je ne sais pas… en mettant les draps dans la machine je me suis dit qu’on ne les avait pas tant salis et j’ai pensé que c’était sans doute un signe. Je lui avais fait promettre, au début, dans un de ces moments de passion sublime qui font qu’on se sent héroïne romantique, de me quitter immédiatement s’il ne m’aimait plus. Dès les prémices du désamour. Il a promis sans hésitation et sans réserve, sans doute parce que lui aussi sentait que le moment se prêtait aux déclarations chevaleresques. Ou peut-être parce qu’il bandait comme un taureau. Mais le moment était beau et la promesse le magnifiait. Une promesse comme on n’en fait que quand l’alcool et la proximité de l’orgasme portent à croire qu’on vit une passion inextinguible.

On a vécu six mois l’un pour l’autre et pour personne d’autre. Evidemment ça ne pouvait pas durer comme ça éternellement, mais je suis sûre qu’il n’aurait pas tenu sa promesse. Du moins pas tout de suite. D’ailleurs je suis presque sûre qu’il m’aimait toujours. Seulement, il ne me regardait plus comme si j’étais la plus belle chose du monde. Ce matin-là, quand j’ai passé la main sur sa joue, il m’a seulement rendu mon sourire, alors que pas si longtemps avant, ce simple geste aurait suffi à lui donner envie de me renverser sur la table ou de me plaquer contre un mur, comme le jour de cette foutue promesse… Alors avant qu’il ne commence vraiment à me désaimer, avant d’être obligée de voir dans son regard qu’il aurait dû me quitter, j’ai préféré partir. Avec encore un soupçon de fierté. Avec l’espoir que ce geste théâtral lui laisserait de moi le souvenir d’une femme plus belle que je n’ai jamais été.

J’ai passé la main sur sa joue. J’aurais dû, peut-être… je ne sais pas. Me coller contre lui, lui manger la bouche, lui pétrir la queue, lui griffer le dos, le chevaucher avec brusquerie, lui… oui. J’aurais dû. Peut-être. Un sursaut. Un sursis. Au lieu de ça… Je ne sais pas combien de temps j’ai passé derrière cette porte, à guetter ses moindres mouvements. Je n’ai rien entendu. J’aurais aimé peut-être qu’il essaie de me retenir, mais je suis sûre que c’est moi qui l’aurais moins aimé s’il l’avait fait. Je me le rappelle stoïque et fier. Je nous ai offert à chacun un souvenir sans doute un peu meilleur que ce que nous avons réellement été. Oui… j’ai eu raison de partir. Et puis les souvenirs, c’est bien pour vieillir. Surtout quand on vieillit seul.

J’espère qu’il a rencontré une autre femme, à qui il a peut-être fait faire cette promesse à son tour… Non. Bien sûr que non, je ne l’espère pas. Je l’aimais et depuis ma bravade il ne se passe pas une journée sans que je chérisse son souvenir, alors évidemment que je n’espère pas qu’il a trouvé une salope pour se consoler de mon départ ! Mais c’est sûrement arrivé… Il était beau. Fougueux. Tendre aussi. Et simple. Et drôle. Et romantique, à sa façon. Il avait cette tristesse au fond des yeux qui ne le quittait jamais vraiment, mais qui rendait l’éclat du plaisir infiniment doux quand il s’y allumait. Il avait… il était… l’homme de ma vie sans doute. Mais une promesse est une promesse et je lui en aurais sans doute voulu de ne pas la tenir. Les femmes ont ce don tout particulier pour compliquer et dramatiser les choses simples.

Je ne sais pas combien de temps il est resté sans bouger. Mais chaque soir en m’endormant je revois son beau visage. Ce visage que j’ai caressé une dernière fois avant d’aller attendre derrière cette porte qu’il… qu’il… Rien. Rien qui ne m’aurait déçue. Et qui n’aurait terni le souvenir de son regard un peu triste sur ma valise et mon cul, sans doute aussi, quand je suis partie. C’est à ce regard que je vais penser ce soir encore, en terminant cette bouteille et ces comprimés. Qu’il veille sur moi pour l’éternité.

 

 

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Published by poupoune - dans inspirationS
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commentaires

Mrs D 24/08/2010 15:16


Elle a pris quoi?


poupoune 29/08/2010 15:36



ah ben je sais pas, moi, hein... c'est pas ma spécialité, le suicide médicamenteux...



boubou 23/08/2010 13:52


Vos deux textes sont magnifiques. Bravo Monsieur Marcus, bravo Madame Poune


poupoune 29/08/2010 15:20



Merci. Et je tiens pour ma part effectivement à remercier Marcus, sans qui rien de tout cela...



mony 22/08/2010 23:01


Si c'était lui qui avait mis les draps dans la machine,cette histoire n'aurait-elle pas duré plus longtemps?


poupoune 29/08/2010 15:18



Non : il se serait vanté des semaines de cette contribution aux tâches ménagères, ça l'aurait énervée et elle serait partie aussi. Donc bref sursis, mais sans plus.



marotte 22/08/2010 11:33


Oh, lala ! Je rentre de vacances et je lis ça ! Moi qui viens de rompre (enfin) avec l'autre ( réflexion faite, je mets une majuscule à Autre) Pff !


poupoune 29/08/2010 15:15



nan, mais j'ai écrit ça pour faire ma maline. Il n'existe pas de rupture qui ne soit pleinement justifiée !



Chris de Neyr 22/08/2010 02:40


Il a raison Marcus, vous les traitez avec beaucoup de douceur vos personnages (et ça vous va bien au teint)


poupoune 29/08/2010 15:14



vi, ben même réponse qu'à mui alors ! (merci)



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