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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 14:40

 

Au début de cette histoire, armée de la silhouette de mes vingt ans et de mon teint de jeune fille, j’avais cette arrogance naturelle de celles qui se savent jolies et j’étais comme j’étais, à prendre ou laisser. Et il m’a prise.

La fermeté de mon cul me garantissait un seuil de tolérance élevé aux égarements caractériels auxquels il pouvait m’arriver de me laisser aller et j’étais l’anti-compromis personnifié. Une femme entière, intègre, incorruptible.

Et puis j’ai vieilli.

De jolie fille, je ne suis pas devenue belle femme, mais femme qui a été belle, ce qui n’a rien à voir. Mes fesses ont ramolli, mon teint a fané et mes seins ont commencé à moins faire les malins. J’étais toujours à prendre ou à laisser, mais de moins en moins sûre qu’il ne me laisserait pas si je ne changeais pas rapidement.

- Je vais me mettre au régime.

- Mais non, ne change rien, tu es parfaite !

Il a dit ça sans me regarder, comme s’il avait peur que son mensonge me saute aux yeux s’il posait les siens sur mes rondeurs nouvelles. Je le trouvais gentil, quoiqu’un peu hypocrite. Et je me suis mise au régime quand même.

- Je vais me mettre au sport, histoire de raffermir tout ça.

- Mais non, ne change rien, tu es parfaite !

Il a dit ça en passant sa main dans mon dos, probablement la seule partie de mon anatomie qui n’avait pas souffert de l’affaissement général, comme si me toucher ailleurs risquait de constituer un flagrant délit de mensonge. Encore une fois, j’ai trouvé l’attention louable, bien que peu crédible, et je me suis mise au sport.

- Je vais prendre un peu plus soin de moi : me maquiller, aller plus souvent chez le coiffeur…

- Mais non, ne change rien, tu es parfaite !

Il a dit ça en éteignant la lumière, sans doute pour ne pas risquer que son regard s’attarde malgré lui avec trop d’insistance sur mes cernes sombres ou ma tignasse en pagaille. Cette fois, j’étais quand même à la limite de le trouver trop gentil pour être honnête. Ça m’a empêchée de dormir et dès le lendemain matin, j’avais décidé d’enterrer pour de bon la belle jeune femme sûre d’elle que je fus, pour laisser place à la mégère aigrie et soupçonneuse que je devenais : j’ai commencé à épier ses moindres faits et gestes, certaine qu’il cachait forcément des secrets honteux. J’avais sans doute été bien naïve… m’aimer à ce point comme j’étais alors que je ne ressemblais déjà plus que de très loin à celle que j’avais été, ça ne pouvait pas ne rien cacher.

Je me suis vite persuadée qu’il s’envoyait sûrement en l’air avec cette petite garce d’assistante qui lui apportait son café au bureau. Ou avec la fille (facile) de son patron qu’il prenait en stage tous les étés depuis environ dix ans, soi-disant pour ne pas froisser son père. Ou encore avec la pétasse de prof de yoga de son club de gym. Ou bien… Bon sang ! Bien sûr qu’il ne voulait pas que je change ! Il avait une infinité de possibilités, toutes plus tentantes les unes que les autres, pour se consoler de mes fesses molles et de ma peau qui plisse entre de jeunes bras accueillants et des cuisses fermes ! J’étais en rage… Contre elles, contre lui, contre moi-même.

J’ai d’abord hésité à défigurer chacune de ses poules à l’acide ou à coups de rasoir. J’ai ensuite pensé qu’il serait plus juste de m’en prendre à lui et de l’émasculer. Finalement, j’ai opté pour une vengeance plus subtile : j’ai arrêté le régime, annulé mon abonnement à la salle de sport et avorté dans l’œuf mes velléités de soins divers. En trois mois, j’ai pris vingt-deux kilos de graisse flasque. Mes cheveux n’ont plus vu un peigne ni senti l’odeur du shampoing depuis aussi longtemps. Ma peau est l’exact reflet des mauvais traitements que je m’inflige : elle est devenue plus grasse et boutonneuse qu’elle ne l’a jamais été aux pires heures de mon adolescence. Et, bien sûr, j’ai du poil aux pattes, sous les bras et je ne vous parle même pas de ce qui déborde de mon string.

Parallèlement, j’ai feint d’avoir des appétits sexuels décuplés : je le sollicite matin et soir, parfois même plusieurs fois dans la nuit et le week-end, c’est fête : je veux du sexe toute la journée. Il m’a tant et tant répété que je ne devais pas changer qu’il n’ose plus rien me dire. Et je l’épuise tellement que toutes les jeunettes qu’il a pu séduire ont dû se lasser de ses prouesses devenues mollassonnes.

Je suis sûre qu’il n’a plus que moi. Aussi laide à l’extérieur que lui à l’intérieur, insatiable et cruellement amoureuse.

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème « Ne change rien ! »

 

 

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Published by poupoune - dans Les impromptus
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commentaires

Cacoune 01/12/2012 20:56

Étonnante vengeance... ça me laisse sans voix...

Walrus 16/11/2012 16:50

Ne change surtout rien !

poupoune 16/11/2012 23:36



bon, bon... d'accord ;o)



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