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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 00:37

 

Ça avait été une véritable révélation.

Lui, le père que ses deux enfants de moins de dix ans battaient aux jeux vidéo, le père qui respectait les limitations de vitesse dans son break familial, le père qui ne connaissait aucune star, n’était ni pompier ni policier, lui le père qui n’était ni fort comme Hercule ni l’homme le plus grand du monde, il avait enfin trouvé le moyen de briller aux yeux de ses enfants et, mieux encore, aux yeux des copains de ses enfants.

Son fils était devenu celui chez qui les copains voulaient aller jouer. Sa fille était celle dont le papa faisait rêver les petites copines. Il était devenu l’homme à abattre aux yeux des pères de l’école, inexplicablement sexy auprès des mères et surtout incroyablement populaire auprès de tous les enfants. Et le secret de ce succès lui avait coûté 14,95 € au supermarché : il avait fait l’acquisition d’un coffret de magie pour son fils.

Qui eut cru que l’épanouissement et l’ascension sociale de ses enfants pouvaient tenir dans cette petite boîte à 14,95€ ?

Et pourtant.

Le tour était simple et même lui, avec ses deux mains gauches, était capable de le réaliser. Lorsqu’il l’avait montré à son fils la première fois, il avait failli pleurer devant l’admiration béate qu’il lisait dans le regard de son garçon. Plus expansive, sa fille avait salué sa prestation de ce hurlement strident qu’elle réservait habituellement aux cadeaux de Noël vraiment, vraiment extraordinaires. C’est d’une seule voix que ses deux enfants avaient réclamé en trépignant de revoir le tour encore et encore. Et c’est sans hésitation et sans surprise qu’ils ont tous deux demandé à leur père de le faire à leurs fêtes d’anniversaire. Les petits copains étaient ébahis. Les petites copines incrédules. Tous se mirent d’un coup à admirer sans réserve ce papa merveilleux qu’il était devenu. Les petites filles voulaient se marier avec lui et les petits garçons demandaient à changer de papa.

14,95 €.

Le tour pouvait se décliner à l’infini : une carte, choisie par les enfants, un peu d’esbroufe et de mise en scène, et la carte en question réapparaissait à peu près n’importe où. Il avait d’abord réalisé le tour très sobrement, faisant réapparaître simplement la carte dans la poche de sa veste. Puis dans les poches des enfants. Il avait peaufiné sa mise en scène en jetant le jeu complet contre la porte-fenêtre fermée pour que la carte choisie se retrouve, par magie, seule sur le balcon. Puis il avait diversifié : envolée du jeu vers la télévision et réapparition de la carte dans le lecteur DVD. Envolée vers le placard, réapparition dans un paquet de biscuits. Envolée vers un bouquet de ballons de baudruche, réapparition dans un des ballons – avec en prime le plaisir de faire exploser le ballon. Ce papa hier ordinaire ne manquait jamais d’idée pour renouveler son tour et continuer d’enchanter tout ce qui mesurait moins d’1m40 dans le voisinage. Tant et si bien qu’il finit par être plébiscité par l’ensemble des mamans et même quelques papas – le pompier, le basketteur, l’éboueur et le motard, qui ne craignaient que peu la concurrence – pour animer la fête de l’école.

Quinze ans de travail, douze  ans de mariage, dix ans de paternité, des efforts, des sacrifices même, et son accomplissement en tant que père, mais aussi en tant qu’homme, lui avait coûté 14,95€ au supermarché. Mais il ne bouderait pas son plaisir ! Il accepta et se mit aussitôt en quête d’idées neuves pour ce qui devrait être sa consécration. Il prépara sa représentation unique dans le plus grand secret pour choisir avec soin dans quoi faire réapparaître la fameuse carte.

Le grand jour arriva et il était difficile de dire qui, des enfants ou du père, était le plus excité. Même sa femme le regardait avec de grands yeux amoureux qu’il ne lui avait plus connus depuis des années. Tous les enfants de l’école étaient présents. Tous étaient accompagnés de leurs frères et sœurs. Certains étaient même venus avec des cousins ou des copains. L’école n’avait jamais accueilli autant d’enfants en une seule fois. A tel point que, bondée, la salle ne fut pas accessible aux parents qui attendirent dehors.

Quand les premiers gosses sont sortis en pleurant, personne ne s’est inquiété. En revanche quand la petite Chiara est sortie blafarde et tachée de sang, un début de panique a saisi l’assemblée. Les parents sont alors entrés dans la salle, pour découvrir que la petite Lisa  avait éventré un lapin nain pour y retrouver la carte qu’elle avait choisie. Ils arrivèrent juste à temps pour arrêter le petit Antoine qui commençait à ouvrir Kevin pour y chercher sa carte.

 

 

 

 

 

D’après une histoire et une idée intégralement empruntées à Fréro, avec son aimable autorisation et pour pas un rond. Merci !!!

 

 

 

 

 

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Published by poupoune - dans inspirationS
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commentaires

Mrs D 26/06/2010 15:00


quelle famille!


poupoune 27/06/2010 14:02



t'imagines les parents...



Joe Krapov 24/06/2010 22:38


En quelque sorte, c'est le mariage de la carte et du lapin.


poupoune 24/06/2010 23:16



mais le divorce du lapin et du magicien.



marotte 22/06/2010 17:02


je crois comprendre, tu vises mal ! :o))


poupoune 22/06/2010 18:26



aussi, oui.



Fréro 22/06/2010 15:41


Excellent ! Je vois très bien comment amener la réapparition d'un as de coeur, justement dans le coeur du lapin nain, en accessoirisant un peu avec un gros mixer par exemple.
Par contre, comment insérer une carte dans le petit Kevin à son insu ?... Je crois que je vais m'en tenir à la télé et aux ballons finalement.


poupoune 22/06/2010 18:25



Comment insérer une carte dans Kevin ? Hm... en la roulant et en la lui carrant dans... mouais, non, t'as raison : les ballons, ça fait toujours rire les enfants.



marotte 22/06/2010 14:41


En passant : Tu ne révolvérises pas souvent, tu trouves cela trop propre ? :o))


poupoune 22/06/2010 18:24



propre ? à moins d'utiliser un petit calibre qui ne ressort pas du corps, ça en fout partout ! C'est plutôt que la possession d'une arme à feu présuppose l'appartenance à un certain milieu, ou
une préméditation ou, enfin, un manque de goût pour la mort lente et douloureuse... ;o)



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