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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 00:38

 

mickey.jpgOn ne peut pas être un bon parent, quand on n’est ni pauvre ni domicilié à plus de 100 kilomètres de Disneyland, si on n’y emmène pas sa progéniture au moins une fois. Du moins pas si la progéniture en question en a fait la demande, les yeux pleins de cet espoir teinté d’angoisse qui fend le cœur de toute personne qui en est pourvue (d’un cœur). J’entends déjà s’élever les objections, mais non. N’essayez pas de vous trouver des excuses dont vous savez très bien qu’elles ne vous rachètent même pas à vos propres yeux. Reconnaître ses manquements éducatifs est le premier pas vers une parentalité moins négligente.

Bien.

Je passe rapidement sur les étoiles dans les yeux de ma propre descendance, que j’avais cru élever au rang d’intellectuelle cultivée et raffinée, ainsi que sur les quelques répliques d’une banalité hélas affligeante qu’elle m’a assénées (« mais c’est un rêve, dis-moi que je rêve », « c’est la plus belle journée de toute ma vie »).

Je ne m’appesantirai pas non plus sur ma légère déception – la mienne, oui oui – en découvrant un chapelier fou qui ne ressemblait pas du tout à Johnny Depp. Même pas le chapeau. Rien.

Enfin, je ne dirai pas un mot de la façon dont j’ai, dans les boutiques, cédé à trois reprises au regard ci-dessus cité, le fameux « maman-dis-pas-non-tu-peux-pas-faire-ça-regarde-ma-lèvre-tremble-et-mes-yeux-mouillent ».

Non.

En revanche, il faut que je vous parle des belges. Pas des belges en général, avec leur meilleure bière du monde, leur plat pays et leurs velléités séparatistes. Non, bien sûr. Seulement des belges que j’ai croisés aujourd’hui chez Mickey. Et encore, même pas tous. Juste ceux qui attendaient à côté de moi l’arrivée de la parade.

Parce que oui, j’ai attendu la parade, mais si vous aviez vu ce regard brillant d’émotion et de reconnaissance qu’a eu ma fille après que la quasi-totalité des princesses a passé près d’elle en lui souriant, vous la ramèneriez moins.

Mes belges, donc.

Sincèrement, j’aurais préféré qu’ils soient suisses ou alsaciens. J’ai une tendresse particulière pour la Belgique – et je ne dis pas ça (que) pour les quelques wallons et flamands qui arrivent à cohabiter ici et me font l’honneur de me lire. Mais hélas le beauf est apatride et bien que ça me désole cet échantillon était belge.

Un couple, trois enfants, une grand-mère.

Les enfants avaient un comportement normal d’enfants attendant une parade chez Mickey. Rien à dire.

Les parents… Les parents.

Lui, pas gros : énorme. Mais anormalement énorme. Comme un type corpulent, mais sans plus, avec une chambre à air de tracteur autour du ventre. Un truc qui semble bouger indépendamment du reste du corps. Comme une excroissance vivante et autonome.

Elle, grosse. Sans doute très grosse, mais à côté de lui, bof.

Vous me direz qu’il ne faut pas juger sur le physique et je vous dirai que vous avez raison, mais quand le physique est tellement raccord avec le comportement, est-ce vraiment mal d’en parler ? Et puis là, je ne juge pas : je décris, hein…

La grand-mère… comme une grand-mère. Je ne sais pas de quel gros elle était la mère, mais celui qui était sorti un jour de son ventre pouvait désormais la contenir deux fois.   

Tout ce petit monde a passé la vingtaine de minutes pendant lesquelles je me tenais à proximité à brailler sur les gosses qui, je le rappelle, se comportaient très normalement – et pourtant, après plus de six heures déjà au pays du bonheur sans partage au milieu de hordes d’enfants excités, je peux être rapidement agacée par le comportement déviant de quelque moufflet agité, mais là, non – et, entre deux éructations, les gros et la vieille devisaient avec sérieux et animation au sujet de leurs improbables colliers de pin’s. Oui. J’ai bien dit « colliers de pin’s ».

Le pin’s… Vous vous souvenez ? Et bien ils en avaient des colliers – que dis-je : des guirlandes entières autour du cou. Des pin’s Mickey, bien sûr. Toute la collection, piquée sur un genre de gros ruban épais. Et ils comparaient, échangeaient, les retournaient pour lire derrière (?), sortaient les autres du sac (les autres !!! Ils en avaient d’autres – des guirlandes de pin’s – pour offrir !) et ils arboraient ces décorations (en vente, donc, je suppose, au moins dans le monde merveilleux de Mickey) autour de leurs cous. Leurs cous. Pas ceux des enfants sur qui ils beuglaient à intervalles réguliers.

Entre une considération sur le pin’s « château de la belle au bois dormant » et quelques slurps avec leurs pailles dans leurs sodas, ils balançaient des horreurs aux gosses. Bon : je dis des horreurs, mais c’est parce qu’on était au pays des gens heureux en train d’attendre la parade féérique des rêves merveilleux et que ça grouillait bien évidemment d’enfants aux yeux brillants (se reporter ci-dessus pour la description dudit regard), alors dans ce contexte le moindre « ta gueule » passe pour une monstruosité sans nom, mais même dans le métro près des stations qui tutoient la banlieue ça me chagrine toujours un peu. Bon, c’est une image, hein : vous ne me verrez jamais aussi près du périph’, que ce soit en métro ou autrement, mais vous voyez l’idée.

Bref.

Tout ça pour dire que malgré la jolie musique diffusée en boucle depuis 10 heures du matin, malgré les douces teintes acidulées de cet univers mirifique, malgré les sourires un peu figés, mais tellement affables du personnel, malgré les étoiles dans les yeux des enfants (voir ci-dessus), malgré Mickey, Minnie et tous leurs formidables amis, malgré tous les efforts déployés par tout le monde pour que règnent en ce lieu paix, joie, harmonie et douceur de vivre, j’ai bien eu envie de lui crever sa bouée ventrale à coups de pin’s, au gros. Et d’étrangler sa grosse avec sa guirlande. La vieille ? Je l’aurais étouffée sous les corps des deux autres.

Une chance : à l’instant précis où je me levais pour commencer ma plantation de pin’s dans la bedaine du gros, le regard de ma fille s’est éclairé un peu plus encore (voir plus haut) en voyant apparaître au loin le premier char de la parade magique des rêves fabuleux et enchanteurs. S’en est fallu de peu que je leur salope tout leur bonheur sans partage en y collant des bouts de wallon éviscéré.

Merci Mickey, Minnie, Tic, Tac, Blanche-neige, Dingo, Cendrillon et tous vos amis merveilleux.

 

 

 

 

 

Et pour ceux qui en veulent encore, je recommande vivement la lecture du témoignage poignant de Marcus K7 qui partage avec émotion et sensibilité son propre souvenir ici. Merci à lui.

 

 

 

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Published by poupoune - dans poupouf
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commentaires

Mrs D 25/06/2010 19:10


J'ai compris!!!! je sais pourquoi les pin's!!!! Chez carrefour Belgique, il y a un jeu concours pour gagner des séjours à eurodisney!! et devine comment on peut les gagner? En trouvant un pin's en
or et et devinant combien pèse la collection entière de pin's disney produite par la chaine de magasins...


poupoune 25/06/2010 19:17



se payer le cadeau pour essayer de le gagner : ça c'est un concept !!! Mais merci en tout cas : j'aime que les choses aient une explication rationnelle. Disons une explication.



Mrs D 23/06/2010 20:36


Bruxellois?Liégeois? Ardennais? Carolos?


poupoune 23/06/2010 20:53



ah là tu m'en demandes trop ! (Carolos ???!!!)


Ma belgitude n'est pas si pointue...



Mrs D 23/06/2010 10:37


Ah ben oui mais je me raccrocherai à ton "le beauf est apatride" tellement j'ai honte d'avoir croisé des belges comme ça par chez moi. On les appelle les barakis...


poupoune 23/06/2010 20:28



ouais, ça m'a fait chier qu'ils soient belges, mais l'accent ne laissait hélas aucune place au doute! (en même temps, encore une fois : le beauf ne connait pas de frontières!)



Oncle Dan 20/06/2010 23:34


C'est un fait : les gros aiment Mickey et réciproquement. Je l'ai constaté à Disney World en Floride. j'y ai vu des monstres encore plus gros que ça. Des poussahs poussifs. Des bouddhas bouddhinés.
Des bibendums surgonflés. Des baleines à bosses pachydermiques. Des bombes à retardement. Des boulimiques qui n’ont plus que leurs ticheurtes Mickey pour se donner encore une apparence humaine.
Quant ils l’ôtent (mais l’ôtent-ils ?) toute leur graisse doit s’éparpiller autour d’eux, en tas. Pour la transporter, ils l’installent sur un fauteuil roulant, et font toutes les attractions
ainsi.


La première fois que vous en apercevez un, ça vous fout un sacré coup. Comme un direct à l’estomac qui vous coupe le souffle. Ca fige les cellules, ça coagule la pensée, ça meurtrit la rétine, ça
ulcère les centres nerveux, ça perturbe le métabolisme, ça liquéfie les glandes, ça ébranle le système circulatoire, ça traumatise, ça fissure, ça rompt, ça corrompt les coronaires ... On se sent
petit, médiocre, faillible et provisoire tout à coup.

Puis avec la quantité, on s’habitue progressivement, mais jamais complètement car ces pauvres mastodontes empestent. Ils ne peuvent plus se laver. Lorsqu’ils sont dans une baignoire, c’est eux ou
l’eau. Il n’y a pas d’autre alternative.


poupoune 20/06/2010 23:50



!!!!!!!!!


Merci pour ce témoignage à charge savoureux !!!



gballand 20/06/2010 08:01


Amusant votre texte. J'aime beaucoup cette citation qui restera dans les annales ; "le beauf est apatride ". Sans parler de votre : je ne juge pas, je décris.
Votre humour est décapant, à quand l'écriture de sketches ?


poupoune 20/06/2010 22:19



merci beaucoup ! mais je ne suis pas là sur mon terrain de prédilection... ;o)



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