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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 11:58


Petite nouvelle en deux épisodes écrites avec une contrainte de genre (Polar) et un thème : Pigeons voyageurs.


 

J’étais pas trop sûr que c’était une si bonne idée d’aller voir le vieux Sam en prison. Y aurait une trace de ma venue et j’étais prêt à parier que ce qu’il avait de si important à me demander allait être du genre à flirter avec l’illégalité. Mais j’étais toujours plus ou moins en dette avec lui depuis qu’il avait sauvé ma licence de privé.

-         Ah ! JJ ! Tu es venu !

Je détestais qu’il m’appelle JJ. Mon nom c’était Jérôme et j’avais aucun besoin d’un surnom aussi ridicule. JJ… ça faisait « Ginette ». J’aurais pu le tuer rien que pour ça. Sauf qu’on tue pas le vieux Sam quand on veut pas mourir soi-même. Alors je me suis contenté de lui sourire poliment.

-         Bien sûr que je suis venu, Sam. Alors, comment ça se passe, ici ?

-         Oh… ça va, ça va. Tu sais, à mon âge, hein, j’attends juste que le temps passe.

Je sais pas si c’est pour moi qu’il disait ça ou pour les oreilles qui traînaient, mais il était de notoriété publique qu’il dirigeait toujours la plupart de ses affaires depuis sa cellule.

-         Alors Sam, dis-moi, qu’est-ce que j’peux faire pour toi ?

-         Ah, JJ… c’est mon gendre…

-         Celui qui t’a balancé ?

-         Ce fils de pute, oui.

-         T’aurais pas dû menacer d’le tuer !

-         Mais il savait bien que je l’aurais pas fait ! Ma Nina est folle de ce couillon !

-         Mouais… passons. Alors, qu’est-ce qui lui arrive ?

-         Il a disparu.

-         Et t’as quelque chose à voir là-dedans ?

-         Non ! Que veux-tu que je fasse, d’ici, mon pauvre… Et à mon âge en plus…

Il recommençait son numéro. Il devait s’entraîner souvent, il était bon. J’ai poursuivi :

-         Ben qu’est-ce que ça peut t’faire alors ?

-         C’est ma Nina. Elle m’a appelé en larmes… Ah ! ça m’a crevé le cœur, JJ, tu sais ? Ma pauvre Nina… Elle veut que je l’aide à le retrouver, son couillon.

-         Elle a pas prévenu la police ?

-         Si, mais tu les connais, hein… Ils disent que pour un homme adulte et quelques pigeons crevés ils vont pas ouvrir une enquête.

-         Ouais, en même temps… il a pas pu juste se tailler ?

-         Il aurait pu laisser sa femme, mais pas ses pigeons.

-         C’est quoi c’t’histoire de pigeons ?

-         Ce couillon est colombophile.

-         Hein ?

-         Colombophile.

-         Ça veut dire qu’il est sexuellement attiré par Columbo ? Hé hé…

-         T’es con. Il élève des pigeons.

-        

-         Ben oui, me regarde pas comme ça ! C’est pas moi qui l’ai épousé, hein, et Dieu sait si j’ai essayé d’la dissuader, ma Nina !

-         Des pigeons ?

-         Des pigeons.

-         Et il leur apprend à éviter les bus ?

-         Mais non, c’est des pigeons voyageurs.

-         Tu déconnes ?

-         Même pas !

Je regrettais pas d’être allé le voir, le vieux Sam, finalement. D’une, son affaire était a priori complètement légale – même si l’argent avec lequel il proposait de me payer était tout ce qu’il y a de plus sale – et de deux j’étais pas opposé à l’idée de travailler pour les beaux yeux de Nina. Le fait de la savoir mariée à un colombo-machin-chose la rendait bien un peu moins sexy, mais on a tous nos petits défauts.

Le gendre, le vieux Sam le détestait. Il prétendait que c’était parce qu’il était stupide – ce qui était vrai – mais je pense que c’était surtout parce qu’il était honnête et avait toujours refusé de mouiller dans les combines du beau-père. Il n’avait dû son salut qu’à l’amour incompréhensible que lui portait Nina et celui que vouait Sam à sa fille.

Nina. Même les yeux rougis et gonflés par les pleurs, elle était jolie. Elle m’est littéralement tombée dans les bras quand elle m’a reconnu. En larmes, à se lamenter sur son pauvre couillon de colombo-truc qu’avait disparu. A elle aussi j’ai demandé s’il avait pas simplement pu partir, mais elle a répondu comme son paternel :

-         Il aurait pu me laisser moi, mais pas ses pigeons ! Et viens voir un peu si ça te fait penser à un mari volage…

Je l’ai suivie sur le toit et j’ai découvert là-haut un spectacle aussi surprenant qu’écœurant. Des dizaines de pigeons étaient disséminés ici et là, par terre et dans les cages restées ouvertes et le sol était couvert de sang.

-         Ça saigne tant que ça un pigeon ?

J’ai compris ma maladresse quand elle s’est remise à sangloter en criant :

-         Tu veux dire qu’ils l’ont… ils l’ont…

-         Non, non ! Je veux rien dire du tout.

J’en profitai pour la serrer de nouveau dans mes bras, ses seins lourds contre ma poitrine, et c’est à ce moment là que je me suis aperçu qu’il manquait une patte à tous les pigeons. Et nulle part je ne voyais de pattes orphelines. Elles avaient disparu. Envolées, si j’puis dire. J’ai pensé à un genre de rite vaudou ou un truc comme ça, mais en me souvenant de la tronche du gendre et de sa colombophilie, je m’suis dit que ça collait pas. J’ai demandé à Nina si elle avait une idée de ce que ça pouvait signifier et elle m’a expliqué que chaque pigeon avait à la patte une bague avec l’adresse et le téléphone de son propriétaire, au cas où quelqu’un en trouverait un égaré. C’était les pattes baguées qui avaient été coupées. Je voyais pas bien ce que le tueur de pigeons pourrait faire de dizaines de bagues avec les coordonnées du couillon, mais ça rendait l’affaire effectivement louche.

J’ai proposé à Nina de l’aider à nettoyer le merdier – le fientier ? – ce qui me donnerait un peu de temps pour réfléchir à la meilleure façon de démarrer cette enquête.



                                                                                              La suite, ici.


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Published by poupoune - dans JJ
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commentaires

stipe 30/10/2009 09:31


ah zut, j'étais persuadé que le colombophile était attiré par le tourisme sexuel au Sri Lanka...


poupoune 30/10/2009 14:59


ou par le ragoût de porc... en fait c'est un gars qu'encule des colombes, mais dans le milieu on appelle ça élever des pigeons voyageurs.


Cacoune 29/10/2009 17:39


Quoi ? Tu nous donnes du grain à picorer comme ça et tu retires la mangeoire en plein milieu, coça ! ça va pas bien dans ta tête à toi !!!
La suiuiuiuiuiuiiiiiiiitttttttttteeee !


poupoune 29/10/2009 18:50


hé hé... pigeon affamé voyage plus loin (proverbe pounien).


C'est Qui ?

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  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
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