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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 00:41

 

Quand je suis passée à côté du brancard je me suis figée un instant. A la façon dont sa peau trop pâle collait à ses os, j’ai d’abord cru que la vieille femme allongée là était morte. Et puis j’ai vu que sa poitrine, bien qu’irrégulièrement, se soulevait très légèrement.

Elle était là, au milieu du couloir, seulement vêtue d’une de ces blouses d’hôpital informe. Un drap fin semblait avoir été jeté sur elle, ne la recouvrant que partiellement et laissant voir une de ses cuisses maigre et blanche.

Chaque fois qu’un médecin ou un infirmier passait, il poussait le brancard et la vieille, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, pour dégager le passage. Sans brusquerie, mais sans lui prêter vraiment attention non plus. Parfois elle semblait entrouvrir les yeux ou remuer vaguement la tête. Le plus souvent elle ne réagissait pas.

Elle avait, posée sur son ventre, une poche en plastique remplie d’un liquide jaunâtre. Elle était là, au milieu du passage, une cuisse à l’air et son sac à pisse exposé à la vue de tous.

Et puis elle a eu… je ne sais pas. Un éclair de lucidité, peut-être. Un sursaut de dignité. Ou simplement un réflexe. Sa main a esquissé un geste tremblant et incertain. Elle tâtonnait, mais n’arrivait pas à relever sa tête pour regarder ce qu’elle faisait. Elle a fini par saisir le coin du drap, sans réussir vraiment à le tirer. Et puis sa main est retombée et son corps tout entier a semblé s’enfoncer, rétrécir encore un peu, sans que son effort ait servi à quoi que ce soit.

Je me suis approchée d’elle et j’ai remonté le drap pour cacher sa poche à urine. Elle a ouvert les yeux, un court instant, et a posé sur moi un regard que j’aurais voulu trouver reconnaissant ou indigné, mais qui ne disait rien. J’ai passé une main dans ses cheveux jaunes pour remettre ses quelques fines mèches en ordre, vérifié que le drap couvrait aussi sa cuisse, et j’ai posé doucement mes doigts autour de son cou. Elle était si frêle, si menue…

Il m’a semblé sentir son souffle et les battements de son cœur ralentir, comme apaisés.

Alors j’ai serré.

 

 

 

 

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Published by poupoune - dans inspirationS
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commentaires

stipe 05/04/2011 10:26


t'avais aussi la solution plus originale et plus atroce (car plus lente...) de presser sur sa poche à urine.


poupoune 06/04/2011 00:13



Parfois je me demande quel esprit malfaisant habite certains lecteurs de ce blog... c'est troublant.



Mrs D 05/04/2011 10:06


Tu crois qu'ils ont vu la différence?


poupoune 06/04/2011 00:12



Au bout d'un moment, ouais. L'odeur...



Walrus 05/04/2011 10:06


Bon, je vais demander qu'on m'installe dans le couloir. J'espère que tu passeras par là !


poupoune 06/04/2011 00:12



Tant que t'es encore en état de demander, tu peux te passer de mes se(r)vices !



Le Raimb' 05/04/2011 08:02


Faites un geste pour les caisses de retraite : tuez un vieux


poupoune 06/04/2011 00:11



Un geste vert en passant ? branlez-le avant.


(pfffff)



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