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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 00:40

 

On avait déjà une gosse à la morgue et une autre introuvable. Pas l’ombre d’un indice et encore moins de preuve. Les mômes avaient disparu ensemble trois jours plus tôt et on avait retrouvé la première ce matin. Tant qu’on n’avait pas le corps de la seconde, il fallait partir du principe qu’elle était vivante, mais plus le temps passait plus le risque de la retrouver dans le même état que sa copine grandissait.

Tout le monde turbinait et personne ne ménageait ses efforts, mais au final on brassait beaucoup d’air et on n’avançait pas. Quand le type est entré, j’ai su.

Je n’avais toujours pas bien compris ni qui il était, ni ce qu’il foutait là, mais depuis la disparition des gamines j’avais l’impression de le voir partout.

-          Dubuze !

-          Ouais ?

-          Le type qui vient d’entrer, là, qui parle au brigadier…

-          Hm… ?

-          C’est pas toi qui lui as parlé l’autre jour ?

-          Ah ouais, si, t’as raison. Pendant l’enquête de voisinage.

-          Il habite dans le coin où les filles ont disparu ?

Dubuze a sorti son calepin et parcouru ses notes rapidement.

-          Non. Non… je sais plus pourquoi il était là, mais il avait vu les filles avant qu’elles disparaissent et… Qu’est-ce qu’il y a ?

-          Rien… File-moi les photos de la scène de crime de ce matin... Bingo ! Tiens, il est là. Va montrer sa tronche aux parents des mômes et demande-leur s’ils savent qui c’est. Moi je vais voir ce qu’il veut.

J’avais ce genre d’intuitions que j’aime autant que je les redoute. De celles qui peuvent te résoudre une affaire d’un claquement de doigts, tout comme elles peuvent t’obséder et te faire foirer une enquête dans les grandes largeurs quand elles sont mauvaises. Pour autant, pas question d’en laisser passer une. Je suis allée trouver le gars qui m’a dit qu’il pouvait peut-être aider pour l’enquête. Je l’ai installé dans une salle d’interrogatoire en lui disant qu’il y avait du monde dans mon bureau, ce qui était vrai, mais surtout il serait moins à l’aise ici.

-          Installez-vous monsieur… ?

-          Francisse.

-          Monsieur Francisse. Je vais fermer, il y aura moins de bruit.

Je suis retournée vers la porte et je me suis arrangée pour qu’il me voie bien la verrouiller. J’ai également fait en sorte qu’il voie mon arme. Un peu d’intimidation ne nuit pas aux aveux. J’ai horreur des méthodes de brute et je déteste me torcher avec le règlement - par principe mais aussi parce que c’est le meilleur moyen de te retrouver dans la merde avec un coupable en liberté – mais là… si mon intuition était bonne, je n’avais pas le temps de mettre les formes. Mon gars avait déjà l’air moins serein et si c’était vraiment lui qui s’en était pris aux gamines, une femme de ma stature, armée et forte en gueule devrait rapidement le faire chier dans son froc.

-          Alors… qu’est-ce qu’elles vous avaient fait, ces petites garces ?

-          Pardon ?

-          Les gamines, là… elles vous avaient fait quoi ?

-          Je… euh…

-          Allez ! Y a que nous, là ! Dites-moi tout… Les mômes, de nos jours, ça a plus d’éducation… elles se sont moquées de vous ?

-          Ben… enfin…

-          Eh !

J’ai frappé du poing sur la table. Il a eu la trouille. Il suait déjà. Evidemment, un innocent enfermé avec une folle armée aurait forcément peur aussi… mais je devais continuer.

-          Me fais pas perdre mon temps, mec ! T’as dit que tu pouvais m’aider, je peux t’aider aussi… moi j’ai besoin de retrouver l’autre gosse. Toi t’auras besoin de moi pour qu’on t’évite de te faire enculer en prison. Alors me fais pas perdre mon temps et raconte-moi ce qui s’est passé !

-          Mais je…

-          T’es con. Je suis sûrement ta seule alliée. Les autres là-dehors, ils attendent qu’une chose : que je te laisse sortir pour pouvoir te faire payer c’que t’as fait. Et le patron, ici, c’est moi. Alors le choix est simple : moi, ou eux. Ils sont nombreux et pas malins. Moi je peux sauver tes miches.

-         

J’avais sans doute bien fait de miser sur la trouille – un tueur de mômes ne peut pas être un courageux – mais pour le moment la peur semblait surtout le paralyser. Il n’allait pas falloir longtemps avant qu’on vienne voir ce que je foutais enfermée là alors je devais le secouer rapidement. Mon téléphone a sonné.

-          Quoi ?

-          C’est Dubuze. Les parents le connaissent pas le gars. Ils l’ont vu, mais ils croyaient que c’était quelqu’un de chez nous.

Oui, ça collait.

-          On a retrouvé l’autre petite. T’es une vraie enflure de l’avoir déposée si près de chez ses parents !

-          Hein ?

-          T’aurais pu leur épargner ça…

-          Mais non ! Je l’ai pas tuée !

-          T’en as fait quoi alors ?

Il est resté un peu interloqué, sans trop savoir s’il venait de se faire avoir ou s’il pouvait encore s’en tirer. Je ne savais pas trop non plus, alors j’ai coupé court à ses réflexions en lui collant mon flingue sur la tempe.

 

Je suis sortie en trombe et j’ai rameuté mes gars pour foncer à l’adresse qu’il m’avait donnée, en croisant les doigts pour ne pas m’être fait avoir et pour que la gamine soit encore en vie. J’ai fait venir une ambulance et Dubuze nous a retrouvés sur les lieux. On a défoncé les portes de toutes les caves de l’immeuble et on a fini par trouver la gosse. En mauvais état mais bien vivante.

 

Le gars que j’avais malmené et laissé sans surveillance s’est tiré et pendu sous un pont. Il aurait pu mettre un terme à ma carrière et sans doute poursuivre un peu la sienne avant d’être vraiment inquiété, tellement j’avais fait n’importe quoi. Bien sûr on avait sauvé la gosse. Mais je l’avais sans doute tué, lui. Et j’allais devoir vivre avec ça.


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Published by poupoune - dans Perso
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commentaires

stipe 11/01/2010 15:55


un pont sus-pendu, sûrement...

règle n°1 pour un tueur : ne jamais revenir sur les lieux du crime
règle n°2 pour un tueur : ne jamais faire un crime sur des lieux, c'est des coups à y revenir...


poupoune 11/01/2010 18:29


sucer un pendu ? t'es dégueu!!!

règle n°1 : m'enfin, ça coule de source!
règle n°2 : ben oui, c'est mieux, hein...


Mrs D 11/01/2010 14:19


Ca va reviendre bientot (mercredi m'dame)
Mais bon, c'est une reprise vite fait, faudra être indulgente et pas sortir le hachoir


poupoune 11/01/2010 18:27


bon, ben je surveille, hein, mercredi sans faute, hm?
quant à l'indulgence, ce serait malvenu de ma part d'en manquer!!


Mrs D 11/01/2010 11:51


Je trouve que tout ça se construit de mieux en mieux je trouve. Bon début d'année donc!


poupoune 11/01/2010 14:14


merci merci... mais moi je trouve qu'il ne se passe pas grand chose par chez vous, hm?
;o)


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