Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 01:02

 

Ils me sont tombés dessus sans que j’aie le temps de comprendre d’où ils sortaient. C’est allé très vite. Ils m’ont cognée juste assez pour me terroriser et m’ont traînée sous un porche. Après, c’est un peu flou, j’étais sonnée… Je me souviens avoir vraiment retrouvé mes esprits en frissonnant de froid. Le sol était humide et l’obscurité complète. J’ai attendu que mes yeux s’accoutument, mais je ne voyais toujours rien. J’ai tendu l’oreille en quête de bruits, j’espérais entendre des voix ou des pas, mais rien non plus. Je crois que c’est là que j’ai commencé à paniquer vraiment. A prendre conscience qu’en plus des coups, j’avais été enlevée et que j’étais maintenant enfermée dans un endroit suffisamment isolé pour n’y percevoir ni son ni lumière. Je n’avais déjà plus aucune idée du temps qui avait pu s’écouler depuis qu’ils m’avaient tabassée dans la rue. Je ne savais pas si j’avais perdu connaissance et si oui, combien de temps. Je me suis forcée à respirer lentement pour essayer de me calmer un peu et c’est là que j’ai remarqué l’odeur. Humidité, moisissure… mais il y avait autre chose, que je n’arrivais pas à identifier. J’étais à peu près redevenue maîtresse de mes nerfs, alors j’ai commencé à explorer ma prison à tâtons. Je suis vite arrivée à un mur. J’ai senti… des rats, sans doute, qui s’écartaient de moi dans un bruissement. J’ai suivi le mur pour faire le tour de la pièce, à la recherche d’une porte ou d’un tuyau pour taper dessus et peut-être me faire entendre, mais juste après le premier coin j’ai senti du tissu sous mes mains. Puis des cheveux et un visage et je n’ai pas pu retenir un cri avant de littéralement bondir en arrière pour m’éloigner de ma découverte macabre. J’ai trébuché et je me suis cogné la tête au mur derrière moi et… j’ai peut-être bien perdu connaissance, je ne sais pas trop. C’était comme si j’étais dans un caisson hermétique et si je n’avais pas eu si froid j’aurais été privée de toutes mes sensations, alors j’étais un peu comme à demi inconsciente en permanence. En tout cas, j’ai l’impression d’être restée immobile une éternité après avoir trouvé le corps. J’entendais les rats aller et venir furtivement… et j’ai hurlé, pendant ce qui m’a à nouveau semblé être une éternité. J’ai hurlé jusqu’à l’épuisement. La tête me tournait, j’avais la voix complètement éraillée et je n’ai arrêté que quand plus un son ne sortait de ma bouche. Alors j’ai pleuré. Et puis je crois… je crois que j’ai dormi. Que je suis tombée de sommeil, plus exactement. J’ai été réveillée par une sensation étrange sur mes jambes accompagnée d’une odeur âcre et j’ai compris que je m’étais pissé dessus. Je me suis remise à pleurer. Combien de temps faut-il au désespoir pour vous donner l’énergie d’œuvrer pour votre salut ? Un frisson m’a secouée et je me suis aperçue que j’avais les doigts complètement engourdis par le froid. J’ai eu le réflexe de les presser contre mon urine encore tiède pour les réchauffer un peu. Tout cela était pire que mon pire cauchemar. Je sentais la panique me gagner une nouvelle fois et je me suis efforcée de me calmer en m’adossant au mur, les yeux fermés pour me concentrer sur ma respiration. Je me suis obligée ensuite à bouger pour ne pas mourir de froid. Je ne savais toujours pas depuis combien de temps j’étais là. J’étais effrayée, transie, j’avais soif et tôt ou tard j’aurais faim. Les ténèbres et le silence donnaient une illusion d’infini, mais l’odeur et le mur glacé dans mon dos me rappelaient que j’étais captive. J’ai essayé de réfléchir. Au temps qu’il faudrait à mes collègues ou ma famille pour s’inquiéter de mon absence. Au temps qu’il leur faudrait ensuite pour alerter la police. Au temps que ça leur prendrait de me retrouver. Au temps qu’il me restait à vivre dans ces conditions. On pouvait survivre un moment sans manger, mais pas sans boire. Et ce froid me tuerait peut-être avant. Je me suis demandé depuis combien de temps le… la personne était… là. Depuis combien de temps on la recherchait. Peut-être qu’elle, on la retrouverait bientôt et moi avec. C’est peut-être d’elle que viendrait mon salut. Mais je ne pouvais pas me contenter d’attendre. J’ai repris mon exploration de la pièce en suivant le mur, dans l’autre sens cette fois. J’ai fini par tomber sur une surface qui me paraissait métallique. Sans doute la porte. J’ai tapé dessus comme une forcenée, mais le faible son que mes coups émettaient était mat et sourd et pas un seul tremblement ne l’a secouée. J’avais les pieds et les poings endoloris pour poursuivre mes recherches. Et je n’ai rien trouvé d’autre avant de retomber sur le corps, dont je me suis de nouveau vite éloignée. Avant de revenir près de lui. J’avais froid. Lui non. L’idée me révulsait, mais je devais le faire… J’ai enlevé la veste et le pull qu’il portait et je les ai enfilés. Je me suis tout de suite sentie mieux. Coupable et horrifiée, mais moins frigorifiée. La pièce était petite. Le plafond était trop haut pour que je puisse l’atteindre sur la pointe des pieds, mais je pouvais le toucher en sautant. Tout ça ne me menait à rien, mais cette inspection me donnait l’impression d’agir. J’essayais de deviner si la pièce était hermétique ou non, si l’air viendrait à manquer ou pas… j’ai supposé que la présence des rats indiquait que non. Je l’ai espéré très fort, avant d’espérer le contraire pour mourir plus vite et quitter cet enfer. J’ai pleuré et perdu connaissance encore une fois. J’ai été réveillée par une douleur aigue, que j’ai identifiée comme étant une morsure de rat quand j’ai senti la bestiole se carapater. Je ne saurais dire combien de fois j’ai ainsi sursauté, pleuré, crié, avant de sombrer à nouveau dans un état d’inconscience plus ou moins profond. Jusqu’à ce qu’une évidence s’impose à moi. Je devais impérativement me nourrir. Je pense que j’ai retourné la question pendant des heures. Je crois même être tombée plusieurs fois dans les pommes rien qu’en y pensant. Et j’ai essayé vainement, environ un millier de fois, d’attraper un de ces foutus rats, mais j’étais pour ainsi dire aveugle, affaiblie et engourdie et eux… non. Impossible d’en choper un, tandis que je pissais le sang tellement ils s’en donnaient à cœur joie en me mordant avant de filer. Ma chasse inutile m’épuisait et j’étais à bout de forces. L’odeur de ma propre pisse et de mon sang mêlée à ce qui devait être l’odeur de la mort m’entêtait et me rendait folle. J’aurais donné le peu d’énergie qui me restait rien que pour savoir depuis combien de temps j’étais là. Combien de temps il me restait. Combien de temps avant que quelqu’un vienne. Mais je l’ai employée à ramper vers le corps et à planter mes dents dans ce qui devait être une cuisse humaine. Je me faisais l’effet d’une bête enragée, alors que je n’étais qu’une créature désespérée. J’ai croqué et arraché la chair sans réfléchir et je me suis évanouie. D’horreur et de dégoût probablement.

 

Je me suis réveillée sur un brancard. A intervalle régulier, des lumières au néon au-dessus de ma tête. De temps en temps, un visage bienveillant se penchait vers moi. Je me suis sentie submergée de bonheur. Le bonheur inouï d’être simplement en vie. Et libre. J’avais l’impression de flotter dans les airs. Dans un nuage de coton, plus exactement.

J’en suis vite descendue quand j’ai appris que la personne enfermée avec moi n’était morte qu’une heure ou deux avant que la police ne nous retrouve.

J’ai voulu mourir quand j’ai su que la cause de sa mort était l’hémorragie consécutive à la morsure que je lui avais infligée.

La honte et le désir absolu de ne pas survivre à cette monstruosité m’ont terrassée quand ils m’ont dit qu’il ne s’était pas écoulé quarante-huit heures entre mon enlèvement et leur arrivée.

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by poupoune - dans Les impromptus
commenter cet article

commentaires

stipe 04/04/2011 11:39


ah merde, si t'avais su t'aurais pu la violer !


poupoune 06/04/2011 00:09



c'est sur des détails qu'on rate de grandes opportunités.



Mrs D 02/04/2011 09:36


Comme je suis contente de ne jamais avoir fait de soirée pyjama avec toi, t'as dû en plomber des ambiances en terrorisant tes copines! (ou alors, c'est mini poune qui s'en chargera avec les siennes
d'ici quelques temps?)


poupoune 03/04/2011 01:52



Je peux pas te dire : aucune n'a survécu à la 1ère.



Le Raimb' 31/03/2011 10:37


Remake de "La cave sert un beef" ?

Qu'est-ce qui est réel ? La réalité elle-même, ou ce qu'on en perçoit ?


poupoune 31/03/2011 20:58



euh... tu veux pas vraiment que je réponde, hein ?



Walrus 31/03/2011 09:10


Il me revient une histoire d'"agneau des Carpathes" de Jean Ray. Un brin douceâtre la chair humaine quand même...


poupoune 31/03/2011 20:50



Douceâtre ? Je sais pas... j'ai jamais goûté, à part celle de mon ancienne chef, mais elle n'était pas vraiment humaine.



C'est Qui ?

  • poupoune
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.

En version longue

   couv3-copie-1

Recherche

J'y Passe Du (Bon) Temps