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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 11:51

 

J’ai eu la chance – mais était-ce vraiment de la chance ? peut-être aurais-je été mieux préparée à ce que me réservait l’avenir si les choses en avaient été autrement ? – disons que j’avais jusque là toujours pensé que j’avais eu la chance de ne devoir affronter que relativement tardivement l’impitoyable univers de la cantine. Qu’elle soit scolaire ou d’entreprise n’y change rien, ou si peu… les pâtes y sont trop cuites, froides et souvent graisseuses (dans le meilleur des cas, parce qu’elles forment un bloc compact quand elles ne le sont pas et c’est bien pire), les légumes ont tous le même goût insipide qui s’apparente plutôt à une absence de goût – sauf les brocolis qui ont un goût… de brocolis, et il est pas né celui qui m’en fera remanger un jour et… bref : la cantine c’est pas bon. Sauf, parfois, les frites. Mais pas toujours. Et encore faut-il qu’il y en ait. Et puis il y a tout ce monde… Ceux qui font du bruit, ceux qui piquent dans ton assiette, ceux qui mangent des trucs pas bons qui puent, genre brocolis, juste là sous ton nez, ceux qui prennent le dernier Kiri au moment même où, l’ayant repéré, tu te disais que bon, tout n’était pas perdu, le Kiri au moins serait bon… Non, vraiment, la cantine, ça craint.

Donc oui, jusqu’alors j’avais toujours considéré comme une vraie chance d’avoir pu manger à la maison la bonne cuisine de maman jusqu’à un âge bien plus avancé que la plupart de mes petits camarades. Et ce, malgré l’insistance de ma mère pour nous imposer une cuisine variée et équilibrée. Et donc des brocolis. C’est d’ailleurs sans doute uniquement les jours de brocolis que j’enviais les copains, qui eux avaient la chance de manger… bon, j’ignorais totalement ce qu’ils mangeaient à la cantine – je pense que le plus souvent, eux aussi – mais je ne pouvais pas imaginer qu’un endroit où des enfants mangeaient sans maman était susceptible de proposer des brocolis. Ce n’est que bien plus tard que j’ai découvert les horreurs qu’on pouvait trouver dans une cantine.

Tout ça pour dire, donc, qu’aujourd’hui encore, je considère la cantine comme un lieu peu fréquentable, voire carrément dangereux – et qu’on l’appelle restaurant d’entreprise n’y change rien – mais il va sans dire qu’à l’âge que j’ai, je ne suis plus obligée d’y aller, à la cantine, et si je veux, je sèche. Je peux même aller manger dehors, j’ai carrément le droit de sortir même si ma mère m’a pas fait un mot et autant dire que je ne m’en prive pas ! J’ai ma carte de fidélité dans toutes les sandwicheries à proximité du bureau et je suis devenue pote avec les serveurs des trois brasseries et de la pizzeria du quartier. En revanche, j’ai résilié mon abonnement chez mon diététicien, mais là n’est pas le propos. Cette petite introduction (ha ha, oui, c’était juste la mise en bouche !) pour vous dire que je ne fréquente pas tout à fait assidument la cantine et que je ne suis pas exactement rompue aux pratiques qui y ont cours. Alors l’autre jour, quand, m’étant laissée convaincre par une copine que les frites ne seraient pas immangeables et que ce serait toujours moins cher qu’au restaurant (manquerait plus que ça !) je n’étais pas du tout préparée à ce qui allait m’arriver.

Il y avait cette queue gigantesque aux frites (et par « queue », je veux dire « file d’attente ») alors au lieu de manger vingt-cinq minutes après ma copine qui, elle, avait pris poisson et courgettes (vous savez que des adultes choisissent courgettes de leur plein gré alors que leur maman est même pas là pour les forcer ?!) (je ne sais pas comment je choisis mes copines mais je devrais me méfier), j’ai opté pour un compromis et j’ai pris nouilles : il y avait évidemment plus de monde qu’aux courgettes, mais bien moins qu’aux frites et j’ai pu m’asseoir à table avant que ma copine ait fini son plat. Mais bien entendu, à ce moment-là, mes nouilles étaient froides. Et le broc vide. Alors je suis allée mettre mon assiette dans le micro-onde et pendant qu’elle tournait j’ai rempli le broc. Mais à peine avais-je tourné le dos qu’un gros connard a viré mon assiette du four pour y mettre la sienne.

Alors, armée de mon broc (plein cette fois), je me suis postée devant lui, regardant tour à tour mon assiette (toujours froide, donc) et sa face de con, de l’air le plus menaçant que je pouvais, histoire de lui montrer que je l’avais vu piquer ma place avec une impolitesse rare et qu’il ne s’en tirerait pas comme ça! Mais lui, avec sa tronche de demeuré arrogant, n'a pas eu l'air gêné pour deux sous d'avoir été pris en flagrant délit de muflerie manifeste, pas plus d'ailleurs qu'il n'a fait mine de me narguer : il m'a purement et simplement ignorée. Comme si mon broc et moi n'étions pas là, prêts à l'arroser en représailles. Comme si mon assiette n'avait pas été délogée du micro-onde, bien avant d'avoir eu le temps de commencer à se réchauffer, par ce malappris minable et sans éducation. Comme si, dans le fond, il n'avait rien fait que de très naturel. A tel point que j'ai fini par douter du bien-fondé de mon indignation et qu'au lieu de lui vider mon broc sur la tronche, j'ai essayé d'imaginer les explications possibles et acceptables de sa goujaterie. Sans en trouver. Et il a fini par récupérer son assiette (chaude) et partir, toujours sans un mot et sans un regard pour moi, mon broc toujours plein et mon assiette toujours froide.

J'étais doublement énervée. Par son comportement d'une part, par le mien d'autre part. M'être laissée  ainsi flouer par un blaireau à tête de nœud sans réagir me mettait hors de moi et, tandis que mon assiette tournait (enfin) dans le four, j'étais assaillie d'images toutes plus réjouissantes les unes que les autres, à base de tête (de nœud) dans le four, de nouilles dans tous ses orifices et j’entrevoyais même quelques délicieux sévices à base de courgettes, mais j’avais, hélas, laissé passer le moment propice de la juste vengeance. Lui écraser mon assiette de pâtes dans sa face de rat après coup me ferait immanquablement passer pour une frapadingue hystérique et je n’aurais plus rien à y gagner, à part une déplorable réputation. En plus je déteste gaspiller des nouilles.

Alors je n’ai rien fait. Et comme souvent quand ma légitime indignation ne trouve pas réparation, j’ai vite commencé à déprimer. Mais comme toujours quand je déprime, j’ai finalement trouvé consolation dans les nouilles et… la courgette.

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Published by poupoune - dans poupouf
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commentaires

Cécile 25/02/2013 16:33

Mais oui! le broc dans la figure enfin! ça ne se réfléchit même pas, ça!

poupoune 25/02/2013 18:24



Oh lala, oui, je sais ! je ne m'explique toujours pas ce qui s'est passé !



rosaannoma 24/02/2013 15:10

Et voilà pourquoi on fréquente les petits restos un peu chic près du bureau...

poupoune 25/02/2013 13:48



Un bon moyen de faire fortune dans la restauration : proposer du mangeable dans un quartier de bureaux !



Walrus 24/02/2013 12:17

Mais qu'est-ce qu'elle nous fait, là ? On ne la reconnaît plus. Avant, elle lui aurait au moins rafraîchi la courgette en lui vidant le broc dans la pantalon...

poupoune 25/02/2013 13:46



Ah, mon pauvre Walrus, que veux-tu : je vieillis !



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